
Colère des enseignants : l’enseignement flamand connaît-il les mêmes problèmes ?
En communauté flamande, la ministre de l’enseignement, Zuhal Demir (N-VA), est critiquée pour sa politique visant à relever le niveau des élèves et à réformer la formation des enseignants. Sur près de 70 milliards de budget, 17 milliards sont réservés à l’enseignement néerlandophone, ce qui représente plus que l’enseignement francophone, financé à hauteur de 10,65 milliards, soit 70% du budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
En communauté flamande, des enseignants expriment également leur mécontentement face aux réformes de l’éducation, qui suscitent des critiques. Bien que ces contestations n’aient pas conduit à des grèves illimitées, à des examens annulés ou à des manifestations d’envergure, les mesures prises par la ministre flamande de l’éducation, Zuhal Demir (N-VA), sont remises en question.
Zuhal Demir souhaite améliorer le niveau d’éducation des élèves, très dégradé ces dernières années dans les études PISA. Parmi ses objectifs, elle envisage de réformer la formation des enseignants, en les soumettant à un test de néerlandais obligatoire, et de réduire le nombre de journées pédagogiques ainsi que les jours sans cours entre la période des examens et les vacances scolaires. Cette dernière mesure a provoqué une vague de colère chez certains élèves, qui ont adressé des messages violents à la ministre. L’un d’eux l’aurait menacée de devenir le prochain Charlie Kirk, un proche de Trump, assassiné en septembre dernier. Zuhal Demir reconnaît la frustration des élèves et respecte la pétition qui circule, mais elle s’indigne et condamne toute forme de pression sur elle et sa famille.
Le constat d’Ivan De Vadder souligne que les problèmes rencontrés dans le nord du pays ne sont pas seulement économiques. Contrairement au budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles, confronté à des déficits structurels, l’enseignement flamand bénéficie d’une assise plus solide grâce aux réformes institutionnelles antérieures. En 1980, lors de la seconde réforme de l’État, la Flandre a décidé de fusionner sa communauté et sa région, consolidant ainsi les compétences sous un même parlement et gouvernement, alors que ces compétences ont été séparées en Wallonie et à Bruxelles. Cette simplification offre à la Flandre « une autonomie fiscale à l’enseignement parce que tout est mélangé et mis dans un pot financier (commun) », précise le journaliste de la VRT.
Sur près de 70 milliards de budget, 17 milliards sont alloués à l’enseignement néerlandophone, un montant supérieur à celui de l’enseignement francophone, qui est financé à hauteur de 10,65 milliards, représentant 70 % du budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles, avant une réforme prévoyant 500 millions d’économies sur quatre ans dans divers secteurs.
Le mouvement de contestation en Flandre est donc moins marqué en raison du processus d’assainissement budgétaire en Belgique. « Il y a des grèves, mais elles sont liées aux grandes manifestations que nous avons connues avec tous les syndicats (en octobre, novembre et mars derniers, ndlr.). À ce moment-là, l’enseignement a suivi en Flandre », précise Ivan De Vadder. Bien qu’une pétition signée par 1500 directeurs d’école ait été lancée pour appeler la ministre à ralentir le rythme des réformes, et qu’une vingtaine de messages menaçants aient été adressés à Zuhal Demir, « il y a tout de même une grande différence par rapport à tout ce qu’on a vu du côté francophone ».
Bertrand Henne souligne que la question ne peut pas être réduite aux contraintes budgétaires. « Nous sommes bien financés. Si l’on examine les comparaisons internationales, l’enseignement francophone et flamand figurent parmi les mieux financés : au niveau du Canada, un peu plus qu’en Allemagne, un peu plus qu’en France si l’on se base sur la moyenne par élève ».
Il met en lumière une différence chronique dans la cadence des réformes entre le nord et le sud du pays. « C’est un peu un bateau qui va calmement dans l’enseignement flamand », observe le journaliste de la RTBF, tandis que la Fédération Wallonie-Bruxelles enchaîne les réformes, alourdissant la charge de travail des enseignants. Les écoles ont d’abord dû s’adapter au Pacte d’excellence, entraînant de nombreux changements ces dix dernières années, puis sont désormais confrontées à des mesures d’économies. « C’est ce trop-plein, ce sentiment que l’école n’arrête pas de subir des réformes », qui caractérise également la colère des enseignants francophones, à la différence des néerlandophones.
De plus, les efforts budgétaires exigés des établissements scolaires sont « plus importants que ceux demandés lors des grandes grèves des années 90 », compare Bertrand Henne, en se basant sur des projections fournies à La Libre par Nicolas Nerinckx, chercheur en finances publiques à l’UNamur. L’éditorialiste note même : « La plupart des constats qu’on faisait sur l’enseignement francophone dans les années 90 sont encore d’actualité : les problèmes d’organisation entre les réseaux, le fait que les enseignants partent souvent trop tôt à la retraite, et qu’ils passent moins de temps en classe par rapport à la France, l’Allemagne, etc. » En somme, des problématiques qui ont tourmenté l’enseignement francophone pendant des années et qui demeurent sans solution.
Les réformes mises en œuvre en Flandre semblent donc moins contestées par rapport aux établissements francophones. Les véritables sujets de discorde, tels que les heures supplémentaires face à la classe et la fin des nominations, n’auraient probablement pas été acceptés dans le nord du pays. « Obliger les enseignants à travailler deux heures de plus devant la classe de 20 à 22 heures, c’est une mesure que nous avons essayé, mais qui n’a pas fonctionné du côté néerlandophone. Donc nous avons retiré cette réforme », admet Ivan De Vadder.
Cela fait référence, entre autres, à la proposition de Vooruit en 2022 d’harmoniser les horaires des enseignants, du primaire au secondaire supérieur, à 38 heures, avec davantage d’heures de cours et moins de travail hors cours, pour faire face à la pénurie de professeurs, mais qui n’avait pas été acceptée par le gouvernement précédent. Enfin, le statut « reste invariable en Flandre, il ne change pas », précise encore le journaliste de la VRT. « Et donc, oui, je comprends – et nous comprenons – la contestation du côté francophone ».
