France – Irlande du Nord : « Profiter du talent sans s’oublier » pour Deschamps
Didier Deschamps disputera son dernier match en France en tant que sélectionneur des Bleus face à l’Irlande du Nord ce lundi. Thibaut Prevot, artificier dans la Haute-Marne, explique que « l’un des éléments pour un bouquet final réussi, c’est de cumuler des placements dans le ciel, c’est-à-dire des hauteurs, des largeurs, des gauches, des droites, des angles de tir ».
Tout a été tenté avec Didier Deschamps. Évoquer les souvenirs les plus glorieux, jouer sur la corde sensible de « la dernière », lui faire visionner le mélancolique La vie est belle ou même lui mettre un oignon sous les yeux, rien n’y fait. Pas une larme, pas un yeux embué, pas un reniflement… Non, le sélectionneur de l’équipe de France ne se laisse pas aller à la nostalgie pour parler du temps qui passe et de cette fin imminente.
Après quatorze ans de service à la tête des Bleus, dont il disputera le dernier match en France ce lundi contre l’Irlande du Nord, DD quittera son poste après le Mondial. Mais il est hors de question d’évoquer une quelconque nostalgie. « Je suis un privilégié au service de l’équipe de France, avec une attente forte et des exigences de plus en plus élevées », a-t-il déclaré au début du rassemblement. « Je n’ai pas l’habitude de regarder dans le rétro. Ce qui m’intéresse, c’est aujourd’hui et demain. »
Le bouquet final pour Didier Deschamps
Demain, c’est donc cette Coupe du monde, et quoi de mieux pour conclure son mandat qu’un nouveau trophée ? Peu de choses. Enfin, si : finir avec une troisième étoile, tout en faisant briller les yeux des millions de Français avec le « DD Ball », grâce aux talents à sa disposition (Mbappé, Cherki, Olise, Dembélé, Doué…). Longtemps critiqués pour leur jeu peu enthousiasmant sous Deschamps, les Bleus pourraient clore en beauté le règne de Didier Ier avec des performances séduisantes.
« C’est vrai que comme c’est sa dernière compétition, il est peut-être un peu plus libéré, donc cela se ressent aussi sur les joueurs », estime François Clerc, qui a disputé l’Euro 2008 avec les Bleus. « Nous avons une équipe très talentueuse, avec des individualités fortes qui font partie des meilleurs joueurs au monde. » Oubliez les Blaise Matuidi ailier gauche ou Moussa Sissoko à droite, un milieu à trois aux idées créatives aussi nombreuses que les sélections de Franck Jurietti. Cette fois, pour cette Last Dance, DD va jouer un jeu flamboyant, un véritable feu d’artifice.

Alors, quelles sont les clés pour réussir ce bouquet final et sortir sous les ovations du public ? « L’un des éléments pour un bouquet final réussi, c’est de varier les placements dans le ciel, c’est-à-dire les hauteurs, les largeurs, les gauches, les droites, les angles de tir », explique Thibaut Prevot, artificier dans la Haute-Marne. « C’est à la fois plus dense et plus complexe pour l’œil. »
En d’autres termes, pour notre sélectionneur préféré, cela implique de multiplier les offensives sur le terrain. Olise qui continue d’assaillir les défenses comme depuis le début de la saison avec le Bayern, Dembélé qui presse avec une intensité renouvelée sous Luis Enrique, Tchouameni qui « valverdise » tous les adversaires s’approchant de sa zone, et Mbappé qui revient au service de la République, pour la France…
Comme une dernière saison de série ?
« Pour une dernière saison de série, il faut aussi respecter les attentes du public tout en le surprenant un peu. J’ai l’impression que cela peut être similaire pour la dernière de Didier Deschamps avec les Bleus », compare Hervé Hadmar, réalisateur et scénariste. « L’idéal pour lui serait de gagner la Coupe du monde, mais pas n’importe comment, en prenant peut-être un peu plus de risques, avec cette attaque incroyable qu’il a à sa disposition. »
Celui qui a notamment réalisé Notre-Dame, la part du feu estime même que les critiques du public peuvent influencer la suite des événements :
« C’est impossible de rester hermétique, et en plus, on se rend compte, nous-mêmes, de choses qu’on aurait pu mieux faire. Sur les séries, par exemple, les avis extérieurs peuvent faire évoluer les personnages secondaires. Si un personnage secondaire est vraiment apprécié, peut-être que la saison suivante on va le renforcer pour qu’il devienne plus central dans l’histoire. J’imagine que c’est pareil pour un entraîneur, on a des outils et des moyens humains à notre disposition. »
On peut donc aisément imaginer Didier Deschamps sortir de sa manche la carte Maghnes Akliouche pour inverser le cours d’un match difficile, lui qui avait conquis le public lors d’un match amical face à la Colombie, en mars, et qui ne semble pas, a priori, destiné à bénéficier d’un temps de jeu conséquent lors de cette Coupe du monde.
Prise de risque ou retour aux fondamentaux ?
« Si l’on applique toujours la même recette, cela fonctionne, mais les adversaires, ou les concurrents dans le milieu économique où je suis, s’adaptent et peuvent copier notre approche », illustre notre artificier, déjà prêt avant le 14-Juillet. « Donc, il est nécessaire d’innover. L’innovation est un risque. Mais sur certaines séquences du spectacle, notre côté artistique prend le dessus et nous pensons : « Allez, je vais mélanger des éléments que je n’ai pas l’habitude d’associer, tenter des effets, ajouter une nouvelle bande-son. » C’est ce qui nous distinguera. »
« Nous apprécions les beaux matchs et le spectacle, mais les succès de l’équipe de France ont également reposé sur la solidarité et l’organisation », nuance François Clerc. « Même en 2022, nous jouions bien, mais nous ne dominions pas. Je pense qu’il sera nécessaire de trouver un équilibre entre l’attaque, en tirant parti de notre talent réellement incroyable, tout en restant solide. » Faites entrer Maxence Lacroix. Cela sonne bien comme titre d’une nouvelle série.

