82e anniversaire du D-Day : Odon Godart, héros discret d’analyses météo essentielles
Odon Godart se forme aux sciences atmosphériques et météorologiques dans les années 1930 et devient ensuite assistant de Georges Lemaître. Le choix de débarquer le 6 juin 1944 a été décidé collégialement, mais c’est le général Dwight D. Eisenhower qui a pris la décision finale.
Issu d’une époque où la météorologie militaire commençait à se structurer comme discipline stratégique, Odon Godart se forme aux sciences atmosphériques et météorologiques dans les années 1930. Originaire de Farciennes, il poursuit ses études à Charleroi. Par la suite, il devient l’assistant d’un autre Carolo célèbre : Georges Lemaître.
### L’effort de guerre
Odon Godart se distingue par sa rigueur et sa passion pour l’étude du climat et des phénomènes atmosphériques. Cette formation lui permet d’entamer une carrière où l’analyse précise et la prévision deviendront indispensables. Sa passion lui vaudra une bourse pour travailler dans les prestigieuses universités d’Harvard et du M.I.T. (Massachusetts Institute of Technology).
C’est aux États-Unis qu’il se trouve lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate. Malgré l’attrait et le confort de la vie académique américaine, Odon choisit de rejoindre l’Angleterre pour contribuer à l’effort de guerre. Sa spécialité scientifique, loin d’être un simple savoir théorique, devient alors un instrument de lutte contre l’ennemi.
### Des conditions optimales
Après plusieurs péripéties, Odon Godart intègre la Royal Air Force et le Bomber Command où ses compétences en météorologie s’avèrent cruciales. Il délivre des prévisions essentielles à la planification des opérations alliées, principalement pour les bombardements sur l’Allemagne, mais aussi en prévision du débarquement en Normandie en juin 1944. Le succès de cette opération majeure dépend effectivement de conditions météorologiques favorables, que seuls des météorologues expérimentés comme Godart peuvent analyser avec précision. La coordination entre scientifiques et militaires est alors déterminante.
Après de nombreuses hésitations, le débarquement est prévu pour début juin. Il reste à déterminer quel jour les conditions météorologiques seront les plus favorables afin de garantir le succès des opérations. L’idéal se présente entre le 5 et le 7 juin.
### Des doutes
Il est décidé que le débarquement aura lieu le 5 juin. Cependant, les prévisions météo demeurent floues. C’est à ce moment qu’Odon Godart intervient : « J’ai reçu les observations d’un bateau qui montraient que le ciel était bouché au milieu de l’Atlantique. Un front froid devait normalement dégager les côtes de Normandie mais il traînait. Il y a alors eu de grosses discussions au sein du comité et entre les services américains et anglais. Certains voulaient lancer le débarquement à tout prix le 5 juin. Moi j’ai expliqué que pour le 5 ce serait tout à fait impossible », se souvient Odon Godart dans une archive RTBF.
### Le dilemme
Deux options s’offrent alors aux généraux alliés : soit le débarquement est repoussé au lendemain, avec des incertitudes météorologiques, soit il est reporté de 15 jours. Le problème étant que les troupes libératrices sont déjà à bord des navires et que les barges de débarquement sont en mer pour le 5 juin comme prévu. Odon Godart aide l’état-major allié à trancher. « Ce n’est qu’au dernier moment que j’ai reçu un coup de fil me demandant mon avis. J’ai alors dit qu’on pouvait y aller en précisant que les Allemands ne sauraient pas agir mais que nous saurions le faire », raconte le scientifique. Odon Godart espérait une météo clémente sur les côtes, mais défavorable à l’intérieur des terres pour empêcher l’intervention de l’armée de l’air allemande (la Luftwaffe).
Ce coup de fil est mentionné par Odon Godart dans ses « Souvenirs de guerre » (publiés par le Cercle d’histoire et d’archéologie du pays de Genappe). Au bout du fil, l’Air Marshal Arthur Tedder, l’un des principaux généraux des forces alliées. Cet officier soulignera après la guerre l’importance de l’analyse d’Odon Godart dans la décision de débarquer le 6 juin 1944. Un choix qui a contribué au succès de l’opération et a permis de sauver de nombreuses vies humaines.
### Humilité
Odon Godart restera modeste concernant son rôle dans la réussite du débarquement. Cet état d’esprit est partagé par sa famille, qui insiste sur la nature collective de cette décision. « Il faut situer cela dans un contexte global d’une organisation gigantesque avec discipline et hiérarchie militaire. Il y avait des procédures à respecter et mon père n’a sans doute pas été le seul à vouloir reporter le débarquement au 6 juin », explique Paul Godart, l’un de ses enfants, qui vit à Bousval dans le Brabant wallon. C’est justement dans ce village qu’une plaque commémorative honore Odon Godart. Il s’y éteindra en 1996 après avoir enseigné à l’Université catholique de Louvain, devenue l’UCLouvain.
### Hollywood
Le choix de procéder au débarquement le 6 juin reposait bel et bien sur une réflexion collective, la décision finale émanant du général Dwight D. Eisenhower. Cependant, Hollywood sait reconnaître les grandes histoires. Celle d’Odon Godart et des météorologues alliés en fait partie. Le film « Pressure » d’Anthony Maras, déjà sorti aux États-Unis, évoque et rappelle l’importance de ces scientifiques dans la réussite du débarquement de Normandie en mettant en lumière l’action du colonel James Stagg, chef météorologue au quartier général britannique. Ce film sera projeté en Belgique à partir du 9 septembre.

