Sirine Boubaker, artiste visuelle, présente « Mémoires en mouvement ».
Sirine Boubaker est une artiste visuelle qui explore les mouvements migratoires et le droit à la libre circulation, tout en mettant en valeur des lieux historiques et des techniques peu courantes. Elle utilise des procédés photographiques comme la Cyanotype et le collage pour capturer des moments et des lieux marquants, en s’inspirant de son vécu entre la Tunisie et la France.
Il n’y a pas de moments inopinés pour s’engager dans une déambulation artistique, guidée par Sirine Boubaker. L’artiste visuelle développe son savoir-faire autour des mouvements migratoires, du droit fondamental à la libre circulation, tout en explorant des lieux historiques, des civilisations et les richesses méditerranéennes anciennes, en utilisant des techniques peu courantes. Immersion dans un espace de travail et de vie.
La Presse — Situé au cœur de Bhar Lazreg, notre lieu de rencontre se distingue par deux oliviers et un portail blanc, dans une rue animée. Sirine Boubaker prend une pause presque méditative. Son savoir se reflète dans sa création, laissant transparaître un sentiment de satisfaction, mêlé à de l’enthousiasme et de l’excitation. Elle vérifie son emploi du temps pour s’assurer qu’elle est prête à présenter son travail au public. L’adrénaline est à son paroxysme.

L’artiste visuelle trouve son inspiration dans un espace de création, favorable au savoir, sous la direction de la galeriste Yosr ben Ammar. Cette dernière donne l’opportunité à des artistes professionnels de créer dans un environnement urbain particulier, chaotique, fréquenté par de nombreux visiteurs venant de tous horizons. Sirine Boubaker ouvre grand son portail aux curieux.
Profondément ancrée dans cet espace de vie, l’artiste tire également son inspiration de son voisinage et des rencontres, souvent fortuites. Elle reste attentive à son expérience entre la Tunisie et la France. Un va-et-vient maintenu à travers les aléas de l’existence. La question centrale de son art s’est imposée d’elle-même : l’expérience entre deux pays.
Un retour au pays qui remet en question les acquis et éveille les sensibilités. « Chaque fois que je suis revenue en Tunisie, je portais mes racines, mes origines, mais mon identité est devenue instable et évolutive. Elle est sans cesse remise en question. À partir de ce ressenti, mon intérêt a évolué, de manière plus générale, vers la circulation, l’immigration, et la normalisation de ces mouvements humains qui ne devraient pas être aussi compliqués et rigides », déclare l’artiste en présentant soigneusement croquis, photos et créations aux matériaux variés. Une diversité qui ne fait que renforcer son propos principal.
Faire du terrain
À Pompéi, à Rome, à Athènes, à Carthage ou au Bardo, les mouvements de foule ont façonné et défait les civilisations les plus puissantes de la Méditerranée. Sirine Boubaker a exploré ces lieux et les a immortalisés à travers ses photographies. Des sites historiques sont révélés à travers de multiples prises, des projections, et une technique captivante, celle de la Cyanotype et du collage. L’artiste travaille sur des pierres fragmentées, contrôle la lumière, manipule l’air et les matériaux, qu’elle finalise dans son studio, rempli d’installations bleues, et d’expérimentations en Cyanotype.
L’artiste interroge son rapport au temps, utilisant aussi des tissus, du verre et des miroirs. « Je suis ouverte à toutes sortes de matériaux, que je mets au service de l’histoire à travers l’archéologie évoquée, l’effacement, la préservation de la mémoire collective et personnelle. Je laisse libre cours à l’expérimentation avec des créations qui prennent vie et d’autres tentatives vouées à l’échec », déclare l’artiste.
Le procédé photographique fait partie des réalisations de Sirine Boubaker et enrichit son processus créatif. La lumière UV et le rinçage sont maîtrisés avec soin, pour cette artiste nocturne qui privilégie la création de nuit. Le textile, l’impression sur papier et la Cyanotype sont ses maîtres mots.
Sirine Boubaker applique ce savoir pour éveiller la mémoire, raconter les transformations collectives et l’antiquité méditerranéenne tout en faisant éclore l’intime et le personnel à travers son travail. Elle résume sa vision artistique en l’appelant « Archéologie du déplacement et exploration de nombreux territoires ».
L’artiste souligne que la mer est un ancien lieu de circulation, exempt de toute frontière, rempli des traces laissées par les déplacements. Travailler sur la pierre et le marbre évoque la pertinence des marques souvent indélébiles laissées par l’histoire et les ruines. Comme si Sirine Boubaker souhaitait préserver la mémoire des mouvements migratoires et de leur richesse infinie.
