High-tech

Google rémunère discrètement des développeurs Android : l’IA demande plus qu’un web ouvert.

Google chercherait à racheter en secret le code de certains développeurs Android pour entraîner ses IA, dévoilant ainsi qu’il ne se suffit plus du web ouvert. Le programme, qualifié de « confidentiel », invite des développeurs à donner accès à leur code tout en conservant 100 % de leurs droits, mais les montants proposés demeurent secrets.

Google envisagerait d’acheter en secret le code de certains développeurs Android pour entraîner ses intelligences artificielles. Derrière cette offre séduisante se cache un constat : le web ouvert ne suffit plus.
Logo glitché du Google Play Store // Source : Frandroid

Chacun de nous possède sans doute un dossier poussiéreux sur son disque dur, rempli de projets de développement inachevés. Il s’agit souvent de prototypes d’applications, de quelques lignes de code jetées un dimanche soir, puis abandonnées. Et si Google était prêt à vous faire une offre pour tout cela ? C’est en substance ce que la société aurait déjà entrepris auprès d’un petit nombre de développeurs Android.

Le site 404 Media a mis en lumière un programme que Google qualifie de « confidentiel ». Dans un courriel consulté par nos confrères, l’équipe des Partenariats invite certains développeurs triés sur le volet, principalement ceux dont les applications ont été téléchargées des millions de fois, à participer à un pilote. L’objectif : être rémunéré pour donner accès à son code, qu’il s’agisse d’applications en production ou de vieux prototypes archivés. Le développeur conserverait 100 % de ses droits, sous une licence non exclusive, et pourrait continuer à monétiser son code ailleurs. Notons que le terme « IA » n’est pas mentionné dans le message : il faut suivre un lien vers une page Google consacrée aux « partenariats pour améliorer nos produits d’IA » pour saisir la véritable intention derrière l’accès au code.

Quand le web ne suffit plus à nourrir l’IA

Voici le véritable signal. Pendant des années, les géants de l’IA se sont servis dans le web ouvert sans rien demander en retour. Ce réservoir commence à s’épuiser. En 2024, Google aurait déjà dépensé environ 60 millions de dollars par an pour accéder aux données de Reddit, et s’attaquerait désormais au code privé, jamais publié, de développeurs individuels. Le raisonnement demeure significatif : la firme apparaîtrait en retard dans le domaine de l’IA qui programme. L’outil Claude Code d’Anthropic a accompagné une levée de fonds qui a propulsé la start-up devant OpenAI fin mai, à 965 milliards de dollars, et le Copilot de Microsoft s’est imposé auprès des développeurs. Acquérir du « vrai » code de production est une tentative de combler ce retard avec un carburant qui n’est plus disponible gratuitement.

Mais qui est réellement concerné ? Une sélection restreinte de studios et de développeurs disposant de grandes bases de code à succès, à qui Google proposerait une nouvelle source de revenus sans leur ôter la propriété de leur travail. Pour tous les autres, il n’y a rien : l’invitation demeure exclusive. C’est ici que surgissent les zones d’ombre.

Le programme étant « confidentiel », se pose la question de la nécessité de le dissimuler à son employeur, à ses associés, voire aux contributeurs open source qui ont participé à l’élaboration du code. À qui appartient véritablement ce code lorsqu’il a été développé collectivement ? Le montant proposé reste également secret. Par ailleurs, les déclarations de Google sur une IA capable de « détecter les maladies plus tôt » sonnent un peu creux pour un projet dont l’objectif véritable semble être de renforcer un outil d’autocomplétion pour développeurs.

À ce jour, Google n’a pas fait de commentaire public concernant ce programme. Il est donc difficile de connaître les montants offerts aux développeurs, l’étendue géographique du pilote, et si les sommes varient en fonction du nombre de téléchargements ou de la complexité du code.

Vendre du code abandonné contre une rémunération, pourquoi pas. Toutefois, l’enjeu est ailleurs. Lorsque Google, qui explore le web depuis plus de vingt ans, commence à rémunérer les développeurs un par un pour leur code privé, cela signale que l’ère du scraping gratuit touche à sa fin.


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