Belgique

Les Belges et leur microbiote : une étude participative par le « Nobel belge »

Patrice Cani, chercheur au Wel Research Institute, a remporté le prix Francqui 2026 pour ses recherches sur le microbiote intestinal. L’échantillon du projet BELMICS devrait s’élargir à 5000 personnes issues de toutes catégories socioprofessionnelles.


Avez-vous déjà entendu parler du microbiote intestinal ? C’est un acteur majeur de notre santé physique et mentale. En Belgique, Patrice Cani, chercheur au Wel Research Institute, est un grand spécialiste dans ce domaine. Il vient de remporter le prix Francqui 2026, surnommé le prix Nobel belge, pour ses recherches sur le microbiote intestinal. Il souhaite utiliser la somme obtenue, soit 250.000 euros, pour lancer une vaste étude participative sur le microbiote des Belges.

Avant de discuter de ce projet, il est important de définir ce qu’est le microbiote. « Nous vivons avec 100.000 milliards de bactéries qui sont en permanence dans notre intestin », explique le professeur dans son laboratoire de l’UCLouvain. « Ces micro-organismes contribuent avant tout à maintenir notre santé en nous protégeant d’autres bactéries. Ils protègent votre forteresse, votre intestin, du passage de certaines bactéries potentiellement nuisibles à votre organisme. »

Patrice Cani a découvert que le microbiote dialogue constamment avec nos cellules et nos organes, y compris notre cerveau. Une sensation de faim, de stress ou d’anxiété ? Notre microbiote peut influencer nos ressentis. Cependant, lorsque notre microbiote est affaibli, ce système de communication se dérègle. « Nous avons pu montrer que le cerveau d’animaux obèses ou diabétiques de type 2 n’envoyait plus ces signaux correctement à l’intestin. En d’autres termes, un animal obèse ou diabétique de type 2 n’a pas un cerveau capable de communiquer avec son microbiote. »

L’alimentation exerce un impact significatif sur la composition du microbiote intestinal. Le problème réside dans le fait que notre régime alimentaire actuel ne favorise pas le bon fonctionnement de notre bouclier naturel. « Lorsqu’on adopte une alimentation riche en graisses, principalement saturées, et pauvre en fibres comme les fruits et légumes, notre microbiote s’appauvrit », précise Patrice Cani. « Cet appauvrissement du microbiote entraîne des troubles de santé, fragilise la barrière intestinale, augmente les taux de sucre dans le sang, peut favoriser le développement du foie gras, ainsi que des modifications de l’humeur, stress ou anxiété. »

D’autant plus préoccupant : un microbiote faible augmente les risques de développer des pathologies comme le diabète de type 2 ou des maladies cardiovasculaires. Il est donc crucial de dresser un état des lieux du microbiote et de la santé des Belges. En Flandre, un projet similaire existe déjà : le Flemish Gut Flora Project. En revanche, du côté francophone, les données manquent. Patrice Cani souhaite remédier à ce manque avec son projet BELMICS.

Comprendre la composition du microbiote intestinal de la population de la Fédération Wallonie-Bruxelles représente un réel défi. « Sur un premier échantillon de 300 personnes, nous allons réaliser un bilan complet », explique Matthias Van Hul, maître de recherches à l’UCLouvain et co-créateur du projet. « Nous allons analyser les selles, bien sûr, mais également faire remplir un questionnaire aux participants sur leur alimentation et leur état de santé mentale. Nous souhaitons combiner ces différentes informations pour obtenir un bilan complet. C’est important d’avoir des informations sur le microbiote local, car il varie beaucoup selon le pays. »

À terme, l’échantillon devrait s’élargir à 5000 personnes de toutes catégories socioprofessionnelles. « L’objectif est de pouvoir un jour retourner vers les participants avec des conseils pédagogiques, et de fournir aux pouvoirs locaux ainsi qu’aux spécialistes en santé publique des outils d’intervention », conclut Patrice Cani. « C’est vraiment un projet citoyen qui permet d’inclure la population dans une recherche et, grâce à leur participation, de pouvoir aider les futures générations et les autorités de santé publique. »

En attendant le début de l’enquête qui pourrait démarrer dès l’année prochaine, comment prendre soin de notre microbiote ? La réponse est simple : « Avoir une alimentation équilibrée est essentiel », affirme Patrice Cani. « Consommer des fruits, des légumes, des céréales complètes, des aliments fermentés, et des graisses saines comme les acides gras oméga 3. Il est important de respecter la pyramide alimentaire. »

Quant à prendre des prébiotiques ou probiotiques sans discernement ? Cela est fortement déconseillé par le chercheur. « Il est frustrant pour un scientifique d’imaginer qu’on puisse dire : pour soigner tel problème, prenez un probiotique. C’est comme si je disais : pour soigner telle maladie, prenez un médicament. Mais lequel ? Pour quelle indication ? Il est crucial de remettre cela en question et d’informer le public. »

Ce mardi 2 juin, le spécialiste du microbiote recevra des mains du roi Philippe le Prix Francqui-Collen 2026, l’une des distinctions scientifiques les plus prestigieuses en Belgique.