La société tunisienne à l’heure des « coachs » : popularité remplace compétence.
Les « coachs » en tous genres en Tunisie cumulent parfois des dizaines de milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux, où ils exercent une influence dépassant le cadre virtuel. La multiplication des faux experts soulève des inquiétudes croissantes, rendant essentiel de réhabiliter l’esprit critique face aux contenus diffusés en ligne.
Ils prodiguent des conseils en nutrition, développement personnel, sport, sommeil, relations humaines et réussite professionnelle. En Tunisie, les « coachs » de divers horizons prennent une place de plus en plus importante sur les réseaux sociaux, où ils rassemblent parfois des dizaines de milliers d’abonnés et exercent une influence qui déborde le cadre virtuel.
Mais comment parviennent-ils à convaincre leurs fans inconditionnels et disciples ? À l’ère des influenceurs et des instagrammeurs, ces nouveaux prescripteurs de comportements attirent un public en quête de bien-être, de motivation ou de solutions rapides à des problèmes quotidiens. Un simple extrait vidéo de quelques secondes, un slogan accrocheur ou une transformation physique spectaculaire suffisent souvent à capter l’attention et à installer une forme de crédibilité immédiate.
Cependant, derrière cette popularité croissante, de nombreuses questions se posent : d’où proviennent réellement leurs informations ? Sur quelles études s’appuient-ils ? Quelle est leur formation ? Surtout, comment expliquer une telle notoriété dans une société de plus en plus connectée à l’information scientifique ?
**Le recul des références scientifiques classiques**
Auparavant, les informations concernant la santé, la nutrition ou la psychologie étaient transmises par des revues spécialisées, médecins, universitaires ou journalistes scientifiques, basées sur des études clairement identifiées. Aujourd’hui, ce phénomène semble avoir changé de nature. Les conseils viennent désormais directement des plateformes numériques, souvent sans sources précises ni références scientifiques vérifiables. Certains coachs affirment détenir des méthodes révolutionnaires pour perdre du poids, améliorer son mental ou « transformer sa vie » en quelques semaines. D’autres avancent des recommandations parfois étonnantes, telles que marcher 50 000 pas par jour ou suivre des routines extrêmes, sans jamais justifier l’origine de ces affirmations.
Dans de nombreux cas, la notoriété remplace la compétence. Le nombre d’abonnés devient un argument d’autorité et la visibilité numérique donne l’impression d’une expertise automatique.
**Une fascination pour les solutions miracles rapides**
Les sociologues ayant étudié ce phénomène estiment que cette prolifération des coachs reflète avant tout une transformation profonde des rapports à l’autorité et au savoir. « Nous vivons dans une société où l’image et la rapidité dominent. Les internautes désirent des réponses simples, immédiates et accessibles. Le coach moderne répond parfaitement à cette attente en offrant des solutions prêtes à l’emploi », expliquent-ils. Selon eux, les réseaux sociaux favorisent également une approche plus émotionnelle que rationnelle. « Beaucoup de contenus reposent sur le témoignage personnel, l’apparence physique ou la mise en scène de la réussite. Cela crée une proximité psychologique avec le public, même si les compétences réelles demeurent floues », ajoutent-ils.
Les sociologues soulignent par ailleurs que certains coachs exploitent les vulnérabilités contemporaines. « Ils jouent souvent sur la culpabilité, l’ego ou la peur de l’échec. Ils promettent confiance en soi, succès ou transformation physique en faisant croire qu’il suffit de suivre leurs méthodes pour changer de vie. »
**Entre marketing personnel et quête de reconnaissance**
Le phénomène dépasse aujourd’hui le simple conseil en ligne. Certains coachs monétisent leurs contenus à travers des formations, des consultations privées, des programmes alimentaires ou des abonnements payants. Une économie entière s’est développée autour du développement personnel et du bien-être. Dans cet univers, le marketing personnel prend une place centrale. Les vidéos dynamiques, citations inspirantes et témoignages spectaculaires aident à bâtir une image de réussite qui attire un public toujours plus vaste. La formule « selon le coach d’un magazine féminin » ou « recommandé par un expert des réseaux sociaux » est devenue une référence suffisante pour de nombreux internautes, même lorsque les qualifications des personnes concernées restent difficilement vérifiables.
**Un besoin de vigilance**
Bien que certains professionnels sérieux exercent avec des compétences reconnues, tels que des nutritionnistes diplômés, psychologues ou préparateurs physiques certifiés, la multiplication des faux experts suscite des inquiétudes croissantes. Pour plusieurs observateurs, il devient essentiel de réhabiliter l’esprit critique face aux contenus diffusés en ligne. Vérifier les sources, consulter des professionnels qualifiés et distinguer le conseil scientifique du simple discours marketing sont désormais des réflexes indispensables dans un environnement numérique saturé d’informations. Car, à force de vouloir transformer chaque internaute en expert autoproclamé, les réseaux sociaux brouillent parfois la frontière entre un accompagnement sérieux et une influence surcotée.

