Le témoignage de la maman de Paolo Falzone nuit à son fils.
Le témoignage des proches de Paolo Falzone a eu lieu pendant l’audience à la cour d’assises pour déterminer les responsabilités dans le décès de 7 personnes. Silvana, la mère de Paolo Falzone, a déclaré que son fils « pleure, il pleure » et qu’il « ne voit que les deux personnes dans la voiture » après l’accident.
C’était un moment anticipé par la cour d’assises : le témoignage des proches de Paolo Falzone. Pour beaucoup, il s’agit de mieux comprendre cet homme de 38 ans dont la passion pour la vitesse a causé le drame de Strépy. Pour son avocat, Me Discepoli, l’objectif est d’humaniser son client, qui, depuis le début du procès, demeure généralement impassible sur sa chaise d’accusé principal dans un procès déterminant les responsabilités dans la mort de sept personnes.
« J’attends, » exprime Frank Discepoli, « qu’enfin, quelqu’un qui connaît vraiment Paolo Falzone, vienne parler de lui. Et pas simplement comme un chauffard, pas simplement comme quelqu’un qui a tué, pas simplement comme le responsable de la peine et du chagrin de plusieurs familles, mais tel qu’il est vraiment, avec ses qualités et ses défauts. La famille parlera avec son cœur de Paolo Falzone. C’est ce que j’attends de leur part. »
Depuis le premier jour des audiences, on sait que Paolo Falzone est très proche de sa famille. Sa mère est couturière, son père travaillait chez Colruyt avant de tomber gravement malade. L’accusé a affirmé, lors des différents interrogatoires, qu’il a reçu une bonne éducation, basée sur le respect. Il se décrit comme étant très, très proche de sa mère, qu’il a appelée juste après l’accident. Ses anciennes compagnes le décrivent comme un jeune homme très attaché à sa mère, qu’il désigne comme hyperprotégée par celle-ci.
« Ce n’est pas parce qu’il ne montre pas ses sentiments qu’il n’en a pas. Il est réservé. Mais il est très respectueux. »
Silvana, 64 ans, accède à la barre par une porte dérobée, évitant le public. Au moment où elle prête serment, des trémolos dans la voix, elle sait que la salle ne lui favorisera pas. « Avant ce drame, j’avais une famille comme tout le monde. Nous étions une famille discrète, appréciée de beaucoup. » La présidente lui demande de parler de son fils : « Ce n’est pas parce qu’il ne montre pas ses sentiments qu’il n’en a pas. Il est taciturne. Mais il est très respectueux. Il a le cœur sur la main. Il nous a toujours respectés. » Elle évoque son parcours scolaire et la situation dans laquelle elle se trouve actuellement : « Depuis que c’est arrivé, je ne peux pas m’arrêter de travailler, car sinon, je pense tout le temps » (elle pleure). « J’ai des pensées suicidaires. » Un tumulte monte dans la salle, parmi les parties civiles, qui montrent clairement qu’elles n’ont aucune intention de laisser passer quoi que ce soit envers la famille Falzone.
Quelques minutes avant l’audience, des avocats des parties civiles ont été entendus essayant de calmer les victimes et leurs proches, dont l’animosité était palpable.
L’interrogatoire se poursuit sur la célèbre BMW qu’il a choisie lui-même, alors qu’elle appartenait à la société de sa mère. « Il la prenait, oui, mais si on en avait besoin, on lui disait de prendre l’autre. Mon mari était malade, je travaillais, c’est lui qui allait aux entretiens. » La présidente interroge sur le rapport de Paolo Falzone à la voiture. « C’était son bébé », affirme-t-elle. « Passer son samedi à laver la voiture, c’était ce qu’il aimait. Il nettoyait les voitures comme personne. »
Elle continue : « J’étais très protectrice. Je lui disais de ne pas boire, de ne pas rouler trop vite. Oui, je savais qu’il roulait la nuit et qu’il aimait bien franchir un peu les limites. » La présidente lui demande ce que cela signifie pour elle, « franchir un peu les limites. » Elle répond : « Je ne sais pas… 80 au lieu de 50. » Martine Baes lui fait remarquer qu’il a eu plusieurs contraventions par le passé. Silvana précise que cela concernait la voiture de son travail, et qu’elle ne voyait pas ses amendes.
Silvana déclare qu’elle ignorait que la puissance de la BMW avait été augmentée. « Mon mari le savait. Moi, je l’ai appris quand la police fédérale est venue. Mon mari a alors dit : ‘À moi, Paolo me l’a demandé, j’ai dit non, mais il l’a fait quand même.' » Elle ajoute : « Je lui en veux de ne pas me l’avoir dit. Je n’aurais jamais accepté. Je ne voulais pas qu’il se mette en danger. »
Martine Baes la questionne sur les conséquences de la conduite de son fils : « Vous ne vouliez pas qu’il se mette en danger ? C’était votre seule préoccupation ? » Elle répond : « Je savais qu’il faisait des petites vidéos avec de la musique. Ma fille le voyait sur Facebook, mais personne ne m’a dit » (que la puissance de la voiture avait été augmentée, ndlr). « Je leur en veux. Si vous me l’aviez dit, cela ne se serait pas passé comme ça. » La présidente intervient : « Mais, à son âge, votre fils ne devrait-il pas le savoir lui-même ? » Elle admet : « Je pense que oui. » Elle affirme que personne ne l’a jamais prévenue de la vitesse excessive de Paolo. Une seule fois, un homme lui a dit l’avoir vu passer « assez vite. » La présidente confronte la mère sur les nombreux témoignages selon lesquels Paolo Falzone roulait fréquemment de manière dangereuse. « Je suis quelqu’un qui n’aime ni les voleurs, ni les menteurs, » dit-elle. Elle persiste : « Ce témoin ment ! » Des réactions se font entendre dans la salle. La présidente rappelle de nouveau les familles des victimes à l’ordre. « J’ai déjà expliqué les règles du procès. Chacun a le droit de s’exprimer, même si c’est difficile à entendre. » En s’adressant aux parties civiles et au public, elle ajoute : « Si vous n’êtes pas en mesure de contenir vos émotions, vous pouvez quitter la salle. Mais le jury doit être en mesure d’apprécier les témoignages librement. Je ne veux donc plus de réactions. »
La maman de Paolo Falzone enchaîne ensuite sur la tristesse de son fils : « Tous les jours, quand on vient le chercher (Paolo, ndlr, qui est sous bracelet électronique), dans la voiture, il pleure. Je m’en veux d’avoir détruit la vie de tous ces gens. Il pleure, il pleure. C’est horrible ce que j’ai fait. Personne ne pourra me pardonner. »
Malgré les contradictions avec son fils, elle veut donner une image favorable de lui : « Je sais que Paolo n’est pas violent. Il n’a jamais fait de mal à personne. Pour moi, ce qui est arrivé, ce n’était pas voulu. »
Silvana raconte son arrivée à la rue des Canadiens, en étant au téléphone avec son fils. « J’ai vu plein de gens. J’avais mon fils au bout du fil. Quand je commence à passer la foule, je vois des gens au sol. Je lui dis : ‘Qu’est-ce qui s’est passé ?’ Mais Paolo, qu’est-ce que c’est, ça ? » Elle crie cette phrase au micro de la cour.
Elle continue : « Tout le long du trajet, je parlais avec mon fils : ‘Mais Paolo, qu’est-ce qui s’est passé ?’ Il pleurait. Il ne voyait que deux personnes dans la voiture. ‘Je suis malheureuse. Je suis triste, maman.’ Je lui ai dit : ‘Il y a même un gars à terre. Qu’est-ce qui s’est passé ?' »
Elle relate ensuite avoir cherché à approcher son fils, qui était dans le véhicule de police.
La mère de Paolo Falzone, qui, rappelons-le, est au téléphone pendant de longues minutes avec son fils juste après les faits, est interrogée par la cour, les avocats et certaines parties civiles. Elle dit que Paolo lui affirme au téléphone « j’ai tué des gens, je vais aller en prison. » Pourtant, lui a toujours déclaré qu’il n’avait pas réalisé ce qui s’était passé, qu’il n’avait pas vu que Frédéric D’Andrea était sur son capot, et qu’il avait seulement aperçu un corps dans l’habitacle, celui de Fifa Ricotta, « qui respirait encore. » Paolo Falzone conteste : « Je n’ai jamais dit ça. » Me David Gelay examine le dossier et ressort l’audition de l’accusé, où cette déclaration a été faite. Réaction de Paolo Falzone : « Je ne sais pas si j’ai dit ça, je ne m’en souviens pas. »
La cour interpelle la mère sur la contradiction entre ses dires et ceux de Paolo. Silvana dit qu’il lui a déclaré au téléphone qu’il y avait deux corps qui avaient traversé le pare-brise et se trouvaient dans l’habitacle, tandis que l’accusé a toujours affirmé n’en avoir vu qu’un.
« Alors, » interroge la présidente, « y avait-il un ou deux corps dans l’habitacle ? » Silvana réplique maladroitement : « Deux personnes ou une, je ne vois pas la différence. » Cette remarque soulève une indignation croissante parmi le public. Même la présidente insiste : « Nous, si. On voir la différence, madame. »
Maître Mayence, qui cherche à établir la préméditation, augmente le ton pour faire passer son message aux jurés : « Ce qu’on va faire ici, c’est décider ‘comment nous allons qualifier la mort de ces gens' » (homicides involontaires, meurtres, assassinats). « Aujourd’hui encore, nous entendons : ‘Je n’ai vu personne, je ne me souviens plus.’ On ne sait toujours pas de qui parle monsieur Falzone quand il dit à sa mère qu’il a tué des gens. » Il poursuit : « Même pour soutenir l’insoutenable, il dit que sa mère ne dit pas la vérité. »
Me Discepoli, pour la défense, conteste : « Il n’a jamais dit que sa mère mentait, il a dit qu’il ne se souvient pas. Mais tout tend à prouver qu’il est conscient d’avoir tué des gens. »
Il est presque 20 heures lorsque Salvatore, le père de Paolo Falzone, prend la parole. Son témoignage est similaire à celui de son épouse. Oui, il savait que Paolo avait amélioré le moteur de la BMW. Interrogé par la présidente sur les conséquences de cette décision, il hoche la tête et finit par dire : « Bah oui, mais c’était fait, c’était fait. Il était trop tard, il avait payé. » La présidente lui fait remarquer que cette opération était réversible.
Il confirme qu’il ignorait que Paolo avait déjà reçu des contraventions à la maison et qu’il n’ouvre pas le courrier de son fils. Et, comme son fils, à certaines questions, « il ne se souvient plus. »
Katia, la sœur de Paolo, apporte une note d’humanité et de sincérité dans son témoignage. Elle pleure et évoque avec plus de tact que sa mère la nuit des faits, décrivant le coup de fil échangé avec sa mère, lorsqu’elle découvre les corps étendus sur le sol. Son émotion semble sincère alors qu’elle parle de la difficulté de vivre avec ce drame en mémoire.
« Mes pensées vont aux familles, aux victimes et à ceux qui souffrent encore aujourd’hui. »
Elle admet s’être tournée vers l’alcool après avoir été témoin de la scène et qu’elle ne s’en remettra jamais. Avec une sincérité que beaucoup ont espéré entendre de l’accusé, elle déclare : « Je sais que ce drame a touché énormément de familles et a laissé des blessures immenses. Mes pensées vont aux familles, aux victimes et à ceux qui souffrent encore aujourd’hui. »
Paolo Falzone est accusé de sept meurtres et 81 tentatives de meurtre. La semaine dernière, l’avocat principal des parties civiles, Me Mayence, a demandé que la question de la préméditation soit posée au jury, alors que la défense soutient que le meurtre (et l’intention homicide) n’est pas prouvé. Malgré toutes les tentatives, personne n’a réussi à faire tomber le masque que Paolo Falzone arbore depuis le premier jour.
Ce jeudi, les parents d’Antonino, le deuxième accusé, viendront témoigner devant la cour d’assises.

