Nvidia : l’IA ne tue-t-elle pas l’intérêt pour les cartes graphiques de jeu ?
Nvidia a omis de mentionner des chiffres concernant sa division cartes graphiques de jeu et pro dans ses derniers résultats financiers. Les ventes de cartes graphiques ont baissé de 3,3 %, avec des livraisons à 94 % pour Nvidia contre 4 % pour AMD.

Nvidia a encore une fois impressionné les marchés et ses investisseurs avec des résultats records pour le premier trimestre de l’exercice fiscal 2027. Grâce à des avancées de 80 à 90 % par rapport à l’année précédente dans des domaines clés comme les centres de données, Nvidia vise à combler son retard sur le marché des processeurs serveurs grâce à son architecture Vera.
Habituellement, une entreprise comme Nvidia classe ses résultats selon ses différentes unités commerciales, en distinguant le marché entreprise (B2B) du marché consommateur (B2C), ainsi que le cloud, les services, et le matériel.
Ce trimestre, Nvidia n’a fourni aucun chiffre concernant sa division de cartes graphiques, que ce soit pour le jeu ou le secteur professionnel, se contentant d’annoncer le lancement de la Dynamic Multi-Frame Generation avec le DLSS 4.5 et le DLSS 5. Certains analystes ont donc rapidement conclu que Nvidia avait peu d’intérêt pour ce marché devenu minoritaire dans ses comptes.
Effectivement, depuis la montée en puissance de CUDA et surtout de l’intelligence artificielle dans le secteur professionnel, les cartes graphiques ne sont plus la priorité de la firme. En cette période, les investisseurs et actionnaires de Nvidia semblent avoir peu d’intérêt pour les performances financières de cette division désormais secondaire.
Malgré tout, Nvidia maintient encore des investissements considérables dans ce secteur, alors que la concurrence a du mal à se maintenir à flot.
2026, une année blanche pour le secteur des cartes graphiques
Nvidia et AMD ont lancé leur dernière génération de cartes graphiques il y a tout juste un an. Depuis, la dynamique autour de l’IA a conduit les fabricants de mémoire à privilégier les hyperscalers, ces entreprises disposant de centres de données massifs capables de gérer une hausse de la demande en quelques semaines.
La DRAM mondiale est désormais presque entièrement dédiée à la mémoire HBM et à la LPDDRX de ces architectures serveurs. En première ligne, Nvidia priorise logiquement cette demande majoritaire provenant de géants comme OpenAI, Anthropic ou SpaceX.
Les ruptures de stock et les hausses de prix ne sont pas les seules répercussions pour les consommateurs : un véritable bouleversement des plannings de production se constate également. De nombreuses machines annoncées en décembre dernier ne sortent que maintenant, alors que les chaînes d’approvisionnement et de production connaissent une tension sans précédent (comme vu avec la Steam Machine).

Nvidia, qui a traditionnellement lancé des déclinaisons « Super » de ses cartes graphiques RTX, semble avoir fait l’impasse sur ces nouveaux GPU pour se concentrer sur la demande liée à l’IA. Cet choix s’explique par une concurrence finalement peu redoutable de la part d’AMD, qui a cependant lancé l’une des meilleures générations de GPU de son histoire avec RDNA 4.
Les problèmes d’approvisionnement, l’incapacité à vendre des cartes graphiques à leur prix de base conseillé et les maladresses d’AMD ont encore plus terni la réputation d’outsider de la marque rouge. Alors que les ventes de GPU ont chuté de 3,3 %, les livraisons restent massivement en faveur de Nvidia : 94 % contre 4 % pour AMD.
Dans ce cadre, on peut comprendre, certes avec une pointe de cynisme, pourquoi les ventes de cartes graphiques n’apparaissent pas cette année dans les résultats financiers. Elles devraient sans aucun doute revenir l’année prochaine avec la génération à venir basée sur l’architecture Rubin, déjà introduite pour le segment des serveurs et des centres de données.
Nvidia reste omniprésent auprès des joueurs PC
Bien que Nvidia n’ait pas lancé de nouvelle carte graphique depuis un an, l’entreprise n’a pas ralenti sa stratégie d’investissement dans le secteur logiciel. Ainsi, elle a annoncé en début d’année le DLSS 4.5, une version améliorée de sa technologie DLSS avec un nouveau modèle neuronal pour une qualité de rendu encore supérieure.
Lors d’un test à l’aveugle réalisé par le site ComputerBase, les joueurs PC semblent préférer une image DLSS 4.5 à un rendu natif, confirmant ce que la marque affirme depuis des années : le rendu natif appartient à un passé révolu. Quelques mois plus tard, la Dynamic Multi-Frame Generation a été introduite pour les GPU Blackwell, afin d’adapter cette fonctionnalité récente aux écrans à haut taux de rafraîchissement.
Nvidia a également lancé cette année G-Sync Pulsar, une nouvelle technologie d’écran destinée à offrir une clarté de mouvement inégalée sur les dalles LCD compatibles. Ce produit a été testé par de nombreux médias, et la promesse a été respectée, même s’il ne s’adresse qu’aux joueurs les plus exigeants.
Pour aller plus loin
Pourquoi mon prochain écran devra intégrer la technologie G-Sync Pulsar de Nvidia (mais peut-être pas le vôtre)
Par ailleurs, Nvidia a collaboré avec une dizaine de jeux au cours des douze derniers mois pour intégrer des technologies telles que le Ray Tracing et le Path Tracing, ainsi que ses fonctions de génération d’images. Parmi eux figurent Resident Evil : Requiem, Pragmata, Dying Light: The Beast, Directive 8020 ainsi que les très attendus 007 : First Light et Control : Resonant.
Cependant, Nvidia accuse encore un retard sur deux aspects logiciels : l’arrivée de Reflex 2, annoncée au CES 2025 et dont l’absence se fait toujours ressentir, ainsi que l’intégration d’un nouveau modèle pour sa technologie Ray Reconstruction, qui a fait défaut dans le titre Resident Evil : Requiem.

Nvidia pourrait être critiquée pour ses choix stratégiques depuis le lancement de Blackwell : le choix des 8 Go de VRAM sur certains GPU, une RTX 5060 moins performante qu’une RTX 3070, et des performances parfois décevantes sur le milieu de gamme (comme la RTX 5070). Pour l’instant, la marque semble parier davantage sur son offre logicielle, tandis que son concurrent direct, AMD, semble attendre son heure en annonçant presque un an et demi après son lancement le déploiement du FSR 4 sur ses anciennes architectures.
Dans un tel contexte, Nvidia compense l’absence de temps forts commerciaux pour son offre matérielle à travers ses investissements logiciels. Blackwell reste une architecture robuste, qui a su convaincre les indécis du DLSS, ainsi que par ses « fake frames » pour la génération d’images. Cependant, on peut observer Nvidia se reposer progressivement sur ces solutions, alors que l’entreprise semble de moins en moins confiante dans le rendu classique.
Le cas du DLSS 5, présenté il y a quelques mois, n’a pas freiné ses ambitions, malgré une certaine méfiance de la part des joueurs. Selon Nvidia, le rendu neuronal représente l’avenir, mais un avenir qui devra toujours s’appuyer sur la puissance d’une carte graphique (cœurs Tensor ET cœurs CUDA / Shaders) pour que les joueurs puissent profiter des derniers jeux AAA.
Envie de retrouver les meilleurs articles de Frandroid sur Google News ? Vous pouvez suivre Frandroid sur Google News en un clic.

