Belgique

Paul Magnette dénonce ‘une profonde trahison’ du gouvernement belge

Le vote de la loi-programme est reporté et devrait avoir lieu la semaine prochaine. Paul Magnette estime que les travailleurs et les pensionnés verront leur pouvoir d’achat diminuer à cause de mesures qui « ne contiennent que des mauvaises choses ».


Le vote de la loi-programme a de nouveau été reporté et devrait se tenir la semaine prochaine. Paul Magnette, président du Parti Socialiste, défend la stratégie d’obstruction parlementaire adoptée par l’opposition, affirmant : « Nous, on ne bloque pas pour le plaisir de bloquer« . Selon lui, ce texte ne contient « que des mauvaises choses« , ainsi que « des mesures qui vont diminuer le pouvoir d’achat des travailleurs et des pensionnés« .

Magnette évoque une opposition « constructive« , mentionnant que son parti a réussi à obtenir des concessions du gouvernement sur des sujets tels que « le statut d’artiste, les aidants proches » ou « les personnes travaillant à temps partiel« . Il souligne : « Je viens toujours avec des contre-propositions« .

### Paul Magnette affirme être « extrêmement inquiet »

Les critiques des socialistes se concentrent sur le plafonnement de l’indexation des salaires et allocations. Paul Magnette qualifie cela de « saut d’index« .

Ils disent que ce n’est pas un saut d’index, c’est deux demi-sauts d’index. Mais moi, à l’école, on m’a appris que deux demis, ça faisait un.

Le président du PS prend l’exemple d’un enseignant du secondaire, qui, selon lui, « va perdre 500 euros par an« . Il accuse le gouvernement de renier ses promesses. « Son mot d’ordre depuis le début, c’était de dire qu’on va récompenser le travail. En réalité, les travailleurs auront plutôt 500 euros en moins« , déclare-t-il.

Magnette estime que cette réforme montre un décalage entre les promesses électorales de la majorité et les mesures mises en œuvre, parlant même d’ »une profonde trahison » envers les travailleurs et les classes moyennes, qui voient leur pouvoir d’achat diminuer malgré les engagements pris.

La Belgique est en train de devenir le pire élève de la classe européenne, et c’est les Belges qui en font les frais.

Inquiet de la situation économique en Belgique, Paul Magnette déclare être « extrêmement inquiet« . Il énumère : « Le pouvoir d’achat se dégrade« , « le déficit explose« , « les faillites sont à foison » et « le taux de chômage repart à la hausse« . Il conclut : « La Belgique est en train de devenir le pire élève de la classe européenne, et c’est les Belges qui en font les frais« .

Le président socialiste affirme que l’effort budgétaire est principalement supporté par « les travailleurs, les classes moyennes et les pensionnés« , tandis que « les grandes fortunes » et « les très hauts salaires » sont épargnés.

### La réforme des pensions, « c’est un choix politique »

Concernant la réforme des pensions, Paul Magnette rejette l’idée d’un système devenu insoutenable, qualifiant cela de « choix politique« . Il insiste sur l’importance d’investir dans les pensions afin que ceux ayant travaillé durant 40 à 45 ans puissent bénéficier d’une pension décente.

Il accuse le gouvernement de vouloir réaliser « quatre milliards d’économies sur le dos des pensionnés« , ce qui représenterait une perte de « 1000 euros » pour les retraités.

Ils ont cotisé toute leur vie. C’est leur argent qu’on leur prend. Il y a vraiment là quelque chose qui est une rupture de contrat.

Bien qu’il n’ait plus de doutes sur l’âge légal de la retraite, fixé à 67 ans, Magnette plaide pour une prise en compte des métiers pénibles. Il pose la question : « Vous pensez qu’un pompier peut monter en haut de l’échelle avec une lance d’incendie à passer 60 ans ?« . Il propose une retraite possible « entre 60 et 67 ans » selon la pénibilité du travail et la durée de carrière.

Il souligne également un contraste entre les économies demandées aux pensionnés et les investissements dans la défense. « Quand ils ont décidé qu’il fallait trouver de l’argent pour l’armement, comme ça, en quelques jours, ils ont trouvé 35 milliards« , fait-il remarquer, en citant l’achat de F-35 américains.

### Enseignants en colère

À propos des actions des enseignants en amont des examens, Paul Magnette exprime son soutien au mouvement, affirmant : « Je ne connais pas un enseignant qui ne va pas veiller à ce que ses examens se passent bien pour ses élèves« .

Les enseignants vont devoir travailler plus pour un plus petit salaire. Ils vont devoir travailler plus longtemps pour une plus petite pension.

Selon lui, les enseignants subissent des mesures « terribles« . Il dénonce « un mépris incroyable pour le monde de l’école de la part du gouvernement et de la ministre« , affirmant qu’il n’y a « zéro concertation« .

Concernant la situation financière de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Magnette admet qu’il est nécessaire de faire des économies, mais critique les choix du gouvernement MR-Engagés, notamment l’augmentation des salaires des « top managers« . Il défend des investissements dans « l’école« , « les transports en commun » et « les cantines scolaires gratuites« , soulignant qu’ils représentent un investissement social et économique.

Pour lui, ces cantines garantissent une bonne alimentation pour les enfants, ce qui favorise leur réussite scolaire : « Les enfants mangeront bien, les producteurs seront contents » et « un enfant qui a bien mangé étudie mieux à l’école« .

### Cordon sanitaire

Concernant le cordon sanitaire et ses relations tendues avec le MR, Paul Magnette déplore l’absence de Georges-Louis Bouchez à une réunion sur la « charte de la démocratie« .

« J’ai connu un MR humaniste à l’époque de Louis Michel, qui était en pointe dans la lutte contre le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme« , constate-t-il, opposant cette époque à l’attitude actuelle du président libéral.

Je vois aujourd’hui, et je dois bien le regretter, un président du MR qui accueille des militants d’extrême droite, qui débat avec des dirigeants d’extrême droite.

Il dénonce un président du MR qui, selon lui, « a à de multiples reprises violé le cordon sanitaire » et qui « relaye des propos d’extrême droite« .

Le président du PS a reproché à Georges-Louis Bouchez des propos visant la RTBF : « Il vous a traité, vous les journalistes de la RTBF, de Gestapo. C’est quand même très grave« .

Face aux critiques du MR qui accuse le PS d’avoir une attitude « à géométrie variable » vis-à-vis du PTB, Magnette dément tout double discours, affirmant : « Quiconque tient des propos ou pose des actes qui sont contraires aux droits fondamentaux sera condamné« .

Il ajoute : « Si demain vous avez un élu du PTB qui tient des propos antisémites, il sera condamné exactement de la même manière« .

Magnette estime toutefois que le MR cherche à « abandonner le cordon sanitaire pour pouvoir continuer de courir derrière l’extrême droite » et a interpellé directement Georges-Louis Bouchez par courrier, lui demandant : « Est-ce que vous soutenez encore le cordon sanitaire que vous avez signé en 2022 ? »

Il conclut : « Je pense que les citoyens ont le droit de savoir« .