France

Quatre militaires jugés pour lynchage de policiers : « Vous êtes le bras armé de l’État ! »

Sept hommes, dont quatre militaires et tous la vingtaine, comparaissent ce jeudi pour avoir commis des violences volontaires aggravées par l’état d’ivresse et la réunion. Le procureur a demandé au tribunal de condamner tous les prévenus à des peines allant de dix mois de prison dont cinq avec sursis jusqu’à douze mois dont six avec sursis.


C’est un groupe de prévenus qui occupe les bancs de la 10e chambre, spécialisée dans les affaires militaires. Provenant de Grenoble, Limoges ou Toulouse, tous font face aux mêmes accusations. Ces sept hommes, dont quatre militaires, tous dans la vingtaine, comparaissent ce jeudi pour des violences volontaires aggravées par deux facteurs : l’état d’ivresse (sauf pour deux d’entre eux) et la réunion.

Le 2 novembre 2025, aux alentours de 10 heures du matin, après une soirée manifestement arrosée (jusqu’à 0,95 mg d’alcool par litre d’air expiré), un groupe a agressé des joggeurs. Les victimes, deux hommes de carrures imposantes – Vincent G., la quarantaine, et Adrien M., la trentaine -, sont tous deux policiers.

**Une « pluie de violence »**

Ce jour-là, alors qu’ils effectuent leur jogging dominical en civil, ils croisent un grand nombre de jeunes alcoolisés dans le quartier de la Villette à Paris. Cette bande d’environ quinze individus sort d’une soirée au club Movida, un rassemblement de la communauté kanak. La situation devient floue, des coups sont échangés. Un individu saute à pieds joints sur l’un des hommes au sol, et une balayette cause la fracture du péroné d’Adrien M. « On n’a rien demandé à personne et on a pris une pluie de violence », témoigne le gardien de la paix.

Une femme a tenté de s’interposer, mais a fini avec un bras cassé. Un troisième joggeur qui a tenté de secourir les victimes a également été frappé. La scène, qui dure quelques minutes, ne prend fin que lorsque des militaires de l’opération Sentinelle, alertés par le major, interviennent. Huit personnes ont été identifiées par Adrien M. et interpellées, alors que son collègue était immobilisé par la douleur.

**Les hommes derrière les uniformes**

Outre la « rare violence » et « gratuite » des actes, relève le major, ce qui interpelle, c’est que quatre des accusés sont militaires au moment des faits. L’un d’eux, Claude M., était même en service pour l’opération Sentinelle et a été déployé au Mali ou au Maroc. « On espère que vous saurez vous maîtriser quand vous aurez une arme de guerre entre les mains », déclare le procureur, manifestement « indigné » par un tel comportement de membres de l’armée française.

« Vous avez dans les mains des objets sensibles. Vous représentez l’Etat, ce n’est pas anodin ! Vous ne pensez pas que cela vous impose des obligations ? », questionne aussi la présidente, soulagée d’apprendre que l’un des militaires a été exclu de l’armée « suite à l’histoire ».

**Des états de très grande ivresse**

Malgré l’insistance de la présidente sur le taux d’alcool atteint par le groupe, les prévenus semblent ne pas prendre conscience du problème. La majorité d’entre eux ont été informés de leurs droits plusieurs heures après leur interpellation en raison de leur état d’ivresse. Pourtant, tous se rappellent n’avoir rien fait, n’avoir rien vu, ou n’être intervenus que pour « calmer les frères ».

Seul Iwan T. admet réellement sa participation. L’artilleur a promis à son chef de régiment de dire toute la vérité et de s’excuser, condition pour conserver son uniforme en plus de 33 jours de détention. Le jeune calédonien de 22 ans affirme être à l’origine du « lynchage ». Tout aurait débuté lorsque son épaule a été heurtée par l’un des policiers. Ce dernier est persuadé qu’un autre membre de la bande l’a poussé ; il est « formel » en identifiant Steve K. avec « ce regard » et « ces yeux rouges ».

**Des peines de prison requises, avec sursis**

Le procureur n’a pas remis en cause la culpabilité des prévenus, dont aucun n’était défendu par un avocat. Il a demandé des peines allant de dix mois de prison dont cinq avec sursis à douze mois dont six avec sursis pour tous les prévenus, à l’exception de celui qui était absent, pour lequel il demande douze mois de prison ferme avec mandat de dépôt.

S’il affirme que « c’est crucial de savoir que les militaires sur le terrain sont capables de se maîtriser », il ne requiert pas l’interdiction de port d’arme pour les prévenus concernés. Le tribunal rendra sa décision le 18 juin.