Tunisie

Théâtre : Analyse du suicide dans « Nouma » de Dalila Meftahi

Dalila Meftahi présente sa nouvelle pièce « Nouma » en avant-première au théâtre des jeunes créateurs à la Cité de la culture, abordant le thème du suicide. Le texte signé Donia Mnasriya associe l’état psychique qui conduit au suicide et l’univers latent dans lequel évoluent les personnages, les dialogues étant répétitifs.

Comédienne expérimentée, Dalila Meftahi, familiarisée avec les rouages de la scène, se lance dans la scénographie et la mise en scène de ses créations théâtrales, où elle impose son style et sa vision personnelle sur des thématiques qui lui tiennent à cœur. Dans « Nouma », sa nouvelle pièce présentée en avant-première au théâtre des jeunes créateurs à la Cité de la culture, elle aborde le sujet du suicide.

La Presse L’intrigue débute dans un hôpital psychiatrique, où des patients s’agitent autour d’un infirmier silencieux et d’un médecin psychanalyste qui tentent de les ramener dans leur chambre. Dans un décor neutre, une femme chauve, en détresse, apparaît sur une chaise roulante face au psychanalyste pour une séance thérapeutique. Cette séance est éprouvante tant pour la patiente que pour le médecin, qui s’efforce de comprendre les raisons de sa décision fatale et de la dissuader d’agir.

Au fil des séances, il est révélé que cette patiente est écrivaine et que sa dépression sévère découle du suicide de sa fille. Rongée par la culpabilité, elle s’obstine de plus en plus à rejoindre sa fille. Malgré les nombreuses séances et la prise de médicaments, elle perd son équilibre et développe un comportement hystérique envers son entourage.

Le psy, dépassé par la situation, peine à la dissuader de porter le poids d’un passé lourd. La visite de son mari, enseignant universitaire, complique davantage les choses. Tentant de la convaincre de retrouver des sentiments positifs et de rétablir leur relation, il devient brutal et agressif face à son refus catégorique et son obstination. La rencontre se transforme en affrontement où chacun reproche à l’autre sa négligence et son égoïsme. Cependant, l’irréparable finit par se produire.

Le texte de Donia Mnasriya, puissant, parfois glaçant et lugubre, associe l’état psychologique là conduisant au suicide et l’univers latent et clos des personnages. Ces derniers répètent inlassablement les mêmes dialogues. La mise en scène accentue les éléments sombres et la noirceur des personnages. Avec une musique en adéquation avec le récit, les comédiens intègrent toutes les dimensions de la pièce à leur jeu.

« Nouma » est portée par des acteurs qui parviennent à créer une tension constante durant la représentation. Faouzia Badr, dans le rôle d’une femme et mère en détresse, offre un jeu tendu tout au long de la pièce, Lotfi Turki, en psy accablé, déroute par sa présence légèrement caricaturale, Mohamed Amine Zouaoui incarne avec justesse un mari belliqueux et Kamel Kaâbi, en aide-soignant silencieux, maîtrise parfaitement son rôle.

La question du suicide, traitée dans cette création théâtrale, apparaît comme une échappatoire pour le personnage principal, voire un refuge contre une réalité oppressante, une existence morose dépourvue de sens. La vulnérabilité de l’être humain et la perte de son équilibre mental peuvent le mener à de tels actes dévastateurs qu’aucune thérapie ne peut empêcher cette spirale infernale. « Nouma » est un spectacle à voir et peut-être à apprécier, en dépit de sa noirceur.