Changement climatique : Les assurances paramétriques en Belgique sans évaluation des dégâts ?
Lata Solanki a souscrit à une assurance paramétrique qui octroie une indemnité automatiquement dès que la température dépasse les 43,72 degrés pendant deux jours consécutifs. Actuellement, les agriculteurs en Belgique peuvent profiter du système de calamité agricole, un fonds à enveloppe fermée, qui n’est plus adapté aux besoins du secteur selon la Fédération Wallonne de l’Agriculture.
Lata Solanki a souscrit à une assurance paramétrique, une police anti-chaleur qui lui permet de recevoir une indemnité dès que la température dépasse 43,72 degrés pendant deux jours consécutifs.
Contrairement aux assurances traditionnelles, les assurances paramétriques n’exigent pas d’évaluation d’un éventuel dommage. Une indemnité est versée dès que des paramètres, comme la température ou la quantité de pluie, franchissent un certain seuil durant une période déterminée.
« Au moins on se sent un peu soutenue », déclare la vendeuse. « Avec la chaleur, le ventilateur fonctionne jour et nuit et la facture d’électricité grimpe », ajoute-t-elle.
### Pas d’application en Belgique
En Belgique, ce type d’assurance n’existe pas, comme le confirme Assuralia, l’organisme représentant le secteur des assurances. Selon AXA, « le niveau de couverture est déjà relativement élevé, notamment grâce aux assurances incendie qui intègrent en partie les catastrophes naturelles. » L’assureur précise également que « des mécanismes publics de solidarité existent déjà, via des fonds d’indemnisation en cas de sinistre ».
AXA indique proposer des assurances paramétriques dans certains pays, là où « la population n’est pas assurée et où les autorités publiques souhaitent renforcer la protection face aux événements climatiques. » Ethias confirme également ne pas offrir d’assurance paramétrique, tant pour les particuliers que pour les professionnels.
Les deux compagnies d’assurances, en revanche, ne ferment pas la porte à cette possibilité pour l’avenir, qui pourrait être marqué par de nouvelles catastrophes liées au changement climatique, comme les inondations de 2021 qui ont touché la Belgique.
Le cabinet de David Clarinval, ministre en charge du secteur, mentionne qu’un groupe de travail examine actuellement les catastrophes climatiques en Belgique. Le ministre de l’Économie rappelle que les compagnies d’assurances « sont libres de proposer des produits de type assurances paramétriques ».
### La construction et l’agriculture : des secteurs en demande ?
Différents secteurs en Belgique considèrent ces assurances, qui versent des indemnités suite aux conséquences du changement climatique sans évaluation de dégâts, comme intéressantes.
Embuild, la fédération de la construction, soutient que « pour de grands projets de construction, les travaux d’infrastructures et les projets offshore, ce type d’assurance peut être utile ». Cependant, l’organisme note que « les périodes de précipitations prolongées ou de forte chaleur restent limitées dans notre pays ».
Lucie Darms, de la Fédération Wallonne de l’Agriculture, déclare avoir « très envie » d’un tel système. Actuellement, en cas de conditions météorologiques majeures, les agriculteurs et agricultrices peuvent se tourner vers un système de calamité agricole, qui est perçu comme ne représentant plus la réalité climatique ni les besoins du secteur. Ils peuvent aussi souscrire à une assurance pour couvrir les dégâts causés par des événements comme la grêle.
La conseillère en environnement de la FWA souligne que l’organisation soutient actuellement les assurances multirisques climatiques. Ces assurances « couvrent quatorze aléas différents comme la sécheresse, l’excès d’eau, le gel, la grêle, la tempête, les coups de chaleur, etc. C’est intéressant car une année, il y a une sécheresse, puis l’année d’après, beaucoup de pluie. Ce package évite de multiplier les assurances ».
Cependant, ces assurances multirisques nécessitent toujours une évaluation des dégâts. Lucie Darms admet qu’ils n’avaient pas envisagé un système sans évaluation, trouvant cela trop idéal. Elle conclut que les assurances forment un filet de sécurité, mais que cela ne suffira pas face au changement climatique, insistant sur la nécessité « de travailler sur l’innovation, la transition et l’accompagnement des agriculteurs face aux aléas climatiques ».

