Les lycées pro exposent leurs talents à la Villa Médicis.
La Villa Médicis, construite au XVIe siècle sur le mont Pincio à Rome, a été le lieu d’accueil pour 500 lycéens des filières professionnelles et agricoles du Grand Est et des Hauts-de-France durant la première moitié de mai. Le programme Résidence Pro, imaginé en 2021 par Sam Stourdzé, vise à ouvrir la prestigieuse institution à des publics plus défavorisés socialement et culturellement.
De notre envoyé spécial à la Villa Médicis, à Rome
« À Napoléon le Grand, les arts reconnaissants. » Cette inscription figure sur le fronton du Grand Salon de la Villa Médicis. Cette magnifique construction de la Renaissance, érigée au XVIe siècle sur le mont Pincio, au cœur de Rome, a vu l’empereur y installer en 1803 l’Académie de France pour promouvoir la scène artistique française. Des siècles plus tard, la Villa Médicis continue de vibrer avec la créativité des artistes qu’elle accueille chaque année en résidence.

Ce site exceptionnel a accueilli 500 lycéens des filières professionnelles et agricoles des régions Grand Est et Hauts-de-France durant la première moitié de mai pour leur permettre d’exposer leur savoir-faire et leur talent. Intitulé Résidence Pro, ce programme a été conçu en 2021 par Sam Stourdzé, directeur de la Villa Médicis, qui souhaitait ouvrir cette institution prestigieuse à des publics plus défavorisés sur le plan social et culturel. « Vous êtes ici chez vous et si vous êtes là, c’est parce que vous le valez bien », a-t-il déclaré aux jeunes lors de leur arrivée.
« Il me fallait un métier manuel »
Ce « message de valorisation » contraste avec l’image négative souvent associée aux filières professionnelles. « Elles sont dénigrées et dévalorisées, perçues comme des choix par défaut ou des voies de garage alors que ce sont des filières d’excellence », souligne Isabelle Giordano, déléguée générale de la fondation BNP Paribas, partenaire de cette initiative d’« égalité des chances ». Élève en CAP ferronnier d’art au lycée Joliot Curie d’Oignies (Pas-de-Calais), Sacha témoigne des préjugés dont sa filière est victime. « On entend souvent qu’on est bêtes parce qu’on n’est pas en filière générale, raconte-t-il. Mais moi, je ne voulais pas passer mes journées derrière un ordinateur ; il me fallait un métier manuel. Et le dieu de la forge m’a choisi ! »

Avec ses camarades, il a travaillé toute l’année sur une skyline de Rome en fer forgé représentant les monuments emblématiques de la ville éternelle. Ce long travail de précision a culminé avec la présentation de l’œuvre mercredi devant un public d’institutionnels émerveillés. « Cela fait vraiment plaisir que notre travail soit reconnu car ce n’est pas souvent qu’on est mis en valeur », confie Aaron. « Et puis ça va avoir du poids sur mon CV ! »
« Il y a du taf et plein de débouchés »
Dans le Grand Salon de la villa, chacune des dix créations présentées par les lycéens des Hauts-de-France impressionne le public par la qualité et la précision du travail réalisé. « Cela va les aider à avoir une meilleure image d’eux-mêmes et de leur filière, leur donnant confiance pour l’avenir », se réjouit Isabelle Giordano, ancienne « Madame Cinéma » de Canal+ reconvertie dans le mécénat. Arthur, en formation taille de pierre au lycée professionnel de l’Acheuléen à Amiens (Picardie), ressort de cette « parenthèse enchantée » gonflé à bloc. « On avait un objectif en venant ici et on a réussi ensemble, témoigne-t-il avec fierté. C’est vraiment motivant et ça m’a appris à ne rien lâcher pour la suite. »
Qu’il se rassure, il ne devrait pas rencontrer trop de difficultés à trouver un emploi à l’issue de sa formation. « Il y a du travail et plein de débouchés dans notre filière », abonde sa camarade Lisa. « On peut par exemple travailler pour les monuments historiques, dans les pompes funèbres, faire de la sculpture ou de la gravure sur pierre. » Leur professeur Hervé Vancaelemont, qui les accompagne à Rome, remarque un regain d’intérêt pour sa filière, longtemps délaissée. « Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, qui suscite des craintes chez les jeunes au sujet de leur avenir, on constate que les métiers manuels reprennent de l’attrait, et c’est une bonne chose », assure-t-il.
Un premier voyage à l’étranger pour beaucoup de jeunes
Pour les élèves, la résidence à la Villa Médicis a également été l’occasion de découvrir les nombreux trésors de Rome, véritable musée à ciel ouvert. « Il y a de la pierre partout ici, donc ça vaut vraiment le coup d’avoir mal aux jambes », sourit Antoine. Pour beaucoup de ces jeunes, Résidence Pro est d’ailleurs leur premier voyage à l’étranger. « C’est le cas pour environ 80 % de ces lycéens », confirme Sam Stourdzé. « Et certains n’ont jamais quitté leur région. »
Cheryle, en formation graphisme au lycée Saint-Vincent-de-Paul de Soissons (Aisne), est tombée sous le charme de Rome. « On a l’impression d’être plongé dans un livre d’histoire, c’est vraiment une chance incroyable de découvrir cette ville », indique-t-elle, peu désireuse de repartir. Pour beaucoup de ces lycéens, le retour dans les Hauts-de-France risque d’être difficile, surtout avec les épreuves du baccalauréat qui vont commencer dans quelques jours pour certains. « J’en avais presque oublié que ça arrivait si vite », rigole l’un d’eux. « Mais avec tout ce qu’on a vécu cette semaine, ça va passer crème ! »

