France

Narcotrafic à Nantes : fusillade mortelle, habitants « même plus surpris », ministre « déterminé »

Dans la soirée de jeudi, trois adolescents de 13, 14 et 15 ans ont été visés par des tirs en rafale, entraînant le décès du plus âgé et l’hospitalisation des deux autres, dont les pronostics vitaux ne sont plus engagés. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a détaillé que deux individus « cagoulés […] ont rafalé un peu à l’aveugle » et a confirmé que le motif de cette fusillade était « très probablement lié au trafic ».

« D’habitude, on n’entend ça qu’à la télévision, mais bon, on s’y attendait un peu. » À Nantes, les résidents du quartier Port-Boyer se remettent à peine des événements récents. Dans la soirée de jeudi, trois adolescents âgés de 13, 14 et 15 ans ont été touchés par des tirs en rafale au pied d’un immeuble. L’un d’eux, le plus âgé, a perdu la vie, tandis que les deux autres ont été hospitalisés, mais leurs pronostics vitaux ne sont plus engagés.

« Ce sont des enfants qui ont à peu près l’âge de mes propres fils », confie Fabrice*, un habitant du quartier depuis environ dix ans. L’impact d’une balle est encore visible sur la vitre du hall de son immeuble. « Mon fils a entendu les tirs et m’a demandé : ‘C’est quoi, papa ?’ Que répond-on à ça ? », déclare-t-il, visiblement affecté.

Un règlement de compte lié au narcotrafic

Un « règlement de compte » en rapport avec le trafic de stupéfiants s’est produit quelques étages plus bas, a confirmé le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy, dans la soirée. Fabrice évoque un « sentiment d’insécurité qui perdure depuis quatre ou cinq ans » en raison du trafic de drogue. « Nous ne sommes même plus surpris, ça se passe beaucoup ici, mais ce ne sont jamais les mêmes personnes que l’on voit traîner, » ajoute-t-il.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’est rendu sur place le matin suivant. Il a expliqué que deux individus « cagoulés […] ont tiré un peu à l’aveugle », rappelant que même si « le motif » de cette fusillade était « très probablement lié au trafic, cela ne signifie pas que les jeunes touchés l’étaient également. »

« Ce n’est pas beau à vivre ici »

« Les habitants en ont assez », a souligné le ministre après avoir discuté avec plusieurs personnes. « On a l’habitude, la dernière fois j’ai entendu des tirs de mortiers », se remémore Mélanie. « J’aimerais quitter cet endroit, mais je suis seule avec mes deux enfants, confie-t-elle. Chaque jour, j’ai peur. Ces enfants, je les connaissais de vue, j’ai entendu les tirs, puis les hurlements… »

Jean-Pierre connaissait également les trois adolescents. « Ils ne viennent même pas d’ici, ils étaient juste là pour rendre visite à des amis et ont été pris dans une situation tragique », tente-t-il de raconter. L’émotion est palpable chez lui. « Certains Français ne comprennent pas la gravité de la situation, dit-il. Ce n’est pas beau à vivre ici, la situation devient très compliquée, personne n’est en sécurité et si vous dénoncez (des consommateurs ou des trafiquants), vous risquez d’être abattu. »

Renforcer la lutte contre la criminalité organisée

Les événements à Nantes rappellent la fusillade mortelle survenue à Nice lundi dernier. Ce même jour, un incendie criminel lié au narcotrafic a aussi coûté la vie à trois personnes près de Lyon. « Cela ne fait que renforcer la lutte contre le narcotrafic », a déclaré Laurent Nuñez aux côtés de la maire de Nantes, Johanna Rolland. « Nous allons continuer à démanteler des réseaux […] nous ne perdons pas cette guerre », a-t-il insisté.

Notre dossier sur le narcotrafic

« Je présenterai dès lundi prochain un projet de loi au Sénat comportant des mesures pour intensifier la lutte contre la criminalité organisée […], nous allons mener ce travail avec beaucoup de détermination », a réaffirmé le ministre devant des passants souvent incrédules. « Ça ne va rien changer », a commenté l’un d’eux. « Le problème persistera tant qu’il y aura des consommateurs », a ajouté une voisine.

*Le prénom a été modifié.