Transition énergétique : clé de la souveraineté tunisienne nouvelle
La Tunisie fait face à une pression énergétique croissante qui pèse sur ses équilibres macroéconomiques et la production nationale ne couvre plus qu’environ 35 % de ses besoins. Omar Chaâlal souligne que le pays subit une véritable pression énergétique importée, avec un déficit énergétique dépassant les 11 milliards de dinars.

La Tunisie fait face à une pression énergétique croissante qui affecte ses équilibres macroéconomiques. Le pays, confronté à une dépendance à l’importation, un déficit commercial énergétique et des marges budgétaires pays réduites, se trouve devant une contrainte structurelle importante. Pour l’expert Omar Chaâlal, la transition énergétique est désormais une nécessité stratégique, sous réserve d’une réforme en profondeur du modèle actuel.
La Presse — La Tunisie s’enfonce dans une dépendance énergétique onéreuse, ce qui pèse lourdement sur la balance commerciale, fragilise les réserves de devises et limite les marges de manœuvre budgétaires de l’État.
Dans ce cadre, Omar Chaâlal, professeur de génie chimique à l’Université d’Abu Dhabi et expert reconnu dans le domaine des technologies durables, note que le pays subit une pression énergétique due aux importations. Actuellement, la production nationale ne satisfait plus qu’environ 35 % des besoins, plaçant la Tunisie dans une situation de vulnérabilité structurelle critique.
Une dépendance structurelle
À titre d’exemple, lorsque le prix du baril dépasse les 100 dollars alors que le budget de l’État est fondé sur une estimation de 63 dollars, la gestion des finances publiques est plongée dans une dynamique de crise permanente. Cela ne se limite pas à un simple défi comptable, mais entraîne une érosion significative de la capacité d’investissement.
Avec un déficit énergétique dépassant les 11 milliards de dinars, la balance commerciale se détériore fortement et les réserves de change, essentielles pour l’importation de produits vitaux, se réduisent.
De plus, Omar Chaâlal alerte sur une dépendance énergétique qui constitue un véritable plafond de verre. Il affirme que cette situation engendre une incertitude structurelle, freine l’investissement industriel et pénalise la compétitivité.
Il souligne en outre que cette vulnérabilité limite la capacité du pays à envisager des stratégies à long terme, nécessaires pour accompagner un développement économique durable.
Pour renforcer sa résilience, la Tunisie doit absolument décentraliser sa production énergétique. L’expert recommande ainsi de passer d’un modèle de monopole vertical à un écosystème ouvert, permettant au secteur privé de produire et d’injecter de l’énergie de manière fluide.
Une réforme du système de subventions est également nécessaire. Il convient de passer d’un soutien aux produits, parfois générateur de gaspillage, à des aides ciblées pour les ménages vulnérables, afin de restaurer une réalité des prix essentielle à l’efficacité énergétique.
L’accélération de la transition énergétique n’est plus une option, mais une nécessité économique. Cependant, le potentiel naturel du pays est actuellement freiné par des incohérences fiscales.
Il est par exemple difficile de promouvoir les énergies renouvelables tout en maintenant des droits de douane de 30 % sur les équipements solaires, ce qui revient, en réalité, à taxer l’avenir.
Leviers pour accélérer la transformation
Pour réussir ce tournant, plusieurs leviers doivent être actionnés : un cadre réglementaire stable, l’établissement d’un « Golden Permit » pour les grands projets d’investissement, ainsi qu’une modernisation profonde du réseau électrique vers un Smart Grid.
En outre, le développement des énergies renouvelables dépend de capacités de stockage suffisantes (batteries, STEP), indispensables à la stabilité du système électrique.
Parmi les recommandations stratégiques proposées figurent l’instauration d’une neutralité fiscale verte, en supprimant les barrières douanières sur les technologies de transition ; un investissement significatif dans le stockage et les réseaux intelligents ; ainsi que la réalisation d’une interaction eau-hydrogène vert, en rapprochant la production des ressources hydriques et en intégrant le dessalement durable.
L’objectif est de positionner la Tunisie comme un hub exportateur d’énergie propre, en tirant parti de ses ressources naturelles et de son potentiel technologique.
Enfin, au-delà des réformes internes, la stabilisation du contexte géopolitique international reste cruciale. Une réduction des tensions, notamment entre les États-Unis et l’Iran, contribuerait à sécuriser les marchés énergétiques et les routes d’approvisionnement.
Car la transition énergétique ne peut se réaliser que dans un environnement international apaisé, garant d’une souveraineté économique durable, a conclu Omar Chaâlal.

