Caroline Garcia parle de son dernier Roland-Garros dans un documentaire.
Caroline Garcia a annoncé en 2025 à Amélie Mauresmo, la directrice du tournoi de Roland-Garros, qu’elle mettrait fin à sa carrière en fin de saison. Elle a exprimé sa difficulté à gérer la pression de Roland-Garros et a reconnu avoir eu un regard négatif sur sa carrière en raison de ne pas avoir gagné de Grand Chelem.
« Bonjour Amélie… je voulais te dire que c’est mon dernier Roland-Garros et que j’arrête en fin de saison. » C’est par ces mots que Caroline Garcia a annoncé en 2025 à la directrice du tournoi, Amélie Mauresmo, sa décision de ranger ses raquettes quelques mois plus tard. Cette scène a été immortalisée par les caméras de France Télévisions dans le cadre d’une série consacrée aux coulisses de Roland-Garros 2025, intitulée « Entre les Lignes », diffusée ce jeudi sur France 2.
Dans une interview accordée à *20 Minutes*, l’ancienne numéro 4 mondiale et quart de finaliste des Internationaux de France en 2017 a évoqué son expérience face aux caméras, son adieu au court Philippe Chatrier, son histoire complexe avec Roland-Garros, ainsi que les exigences parfois trop pesantes sur ses épaules.
Dans la série, vous entrez dans le bureau d’Amélie Mauresmo pour lui annoncer que vous disputez votre dernier Roland. Comment cela s’est-il déroulé ?
J’avais arrêté ma décision à la fin de l’année précédente, en me disant que ce serait ma dernière saison. Mais à l’approche de Roland-Garros, j’avais initialement l’intention de ne pas trop l’annoncer pour pouvoir profiter à ma manière. Finalement, quand Roland-Garros est arrivé, je me suis dit que si je commençais à être émue ou à pleurer, je souhaitais que les gens comprennent pourquoi, sans jugements « inappropriés ».
J’ai donc décidé de le dire. Amélie étant la directrice du tournoi, et sachant que je la connaissais depuis longtemps, j’ai pensé qu’il était correct de l’informer. Je lui ai écrit le matin pour lui demander « puis-je passer te voir ? » Et lorsque je suis arrivée à Roland, je lui ai annoncé la nouvelle.
Dans la scène, elle semble surprise.
Elle ne s’y attendait pas vraiment. Mais ayant vécu cela elle-même, elle a compris ma décision. C’était super de pouvoir en discuter ensemble. Nous avons discuté pendant une heure, et au final, ils ont retiré une ou deux phrases de cet échange dans le documentaire. Ces images apportent beaucoup de sens à la partie qui me concerne dans le film.
Vous avez surpris tout le monde avec cette annonce juste avant Roland. Les réalisateurs ont également révélé qu’ils n’en avaient pas été informés…
Parfois, cela m’a placée dans des situations un peu cocasses (rires). Par exemple, lorsque nous avons commencé à faire des interviews pour le documentaire, les intervieweurs ne savaient pas que c’était mon dernier Roland-Garros. Et moi, j’étais tout le temps émue, je pleurais pour le moindre détail. C’était assez surprenant et, en même temps, c’est ce qui rend le documentaire touchant, de pouvoir partager ces émotions avec les fans. Cela a finalement abouti à de belles images.
Êtes-vous satisfaite du résultat ?
J’ai trouvé que ce moment était bien retranscrit. De plus, lorsque l’on donne son accord pour un documentaire, surtout sur Roland-Garros, on s’ouvre souvent sur certains sujets comme je l’ai fait durant les nombreuses interviews avec l’équipe. On accepte d’être vulnérable, d’être honnête sur ses émotions. Si on s’engage dans un tel projet, c’est pour le faire « à fond » et non à moitié. Sinon, cela n’a pas vraiment de sens pour le public.
Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné dans votre histoire avec Roland-Garros, avec un seul quart de finale à votre actif ?
Évidemment, ce n’était pas ma surface préférée, ce qui ne facilitait pas mon style de jeu. Ensuite, je me mettais énormément de pression par rapport au fait que c’était Roland-Garros, un tournoi que je rêvais de gagner quand j’étais petite et où je voulais aller loin. Je jouais en portant ce poids. Les fans et les médias considèrent ce tournoi comme le seul de votre année, alors que vous en avez 25 à jouer, comme une question de vie ou de mort. Lorsque l’on essaie d’aborder le tournoi de manière légère en se disant que c’est un tournoi normal, il y a quelqu’un toutes les cinq minutes pour vous rappeler que ce n’est pas le cas.
Dans la série, vous déclarez : « je ne me considérais pas comme une championne parce que je n’ai pas gagné de Grand Chelem. » Avec du recul, comment réévaluez-vous cela ?
Il y a vraiment eu un chemin à parcourir concernant le regard que je posais sur ma carrière, sur les titres gagnés et ceux manquants. Pendant longtemps, j’ai eu du mal à accepter de n’avoir pas remporté de Grand Chelem, car c’était mon rêve. Cette absence de titre m’a donné une vision négative de ma carrière. Le fait de jouer cette dernière année sur le circuit, en modifiant quelque peu mon état d’esprit, m’a fait du bien. Je suis désormais beaucoup plus positive par rapport à ma carrière.
Qu’est-ce qui a alimenté ce manque de clémence : votre entourage, les critiques des médias, la pression du public ?
Je pense qu’il y avait un peu de tout. J’étais très dure envers moi-même. Mon entourage s’était également montré exigeant, me poussant à rechercher toujours plus grand et plus haut. Avec mon père et mon équipe, il n’était pas toujours facile de savourer les victoires, de les célébrer comme il se doit. À l’inverse, il était difficile d’accepter qu’un jour, un autre joueur ait simplement été meilleur. Gérer cette mentalité 365 jours par an finit par affecter votre personnalité avec le temps.
Avec du recul, quelle est votre opinion sur le schéma parent-coach-joueur, très présent dans le tennis ?
Au départ, c’est nécessaire, car les parents doivent vous accompagner aux matchs, contrairement à d’autres sports où le club s’occupe des déplacements. Toutefois, en grandissant et en devenant plus mature, il est préférable de faire une distinction entre l’environnement familial et l’équipe sportive, avec des personnes qui ont des compétences appropriées.
Le problème avec des exemples comme les sœurs Williams et d’autres projets, c’est que l’on voit seulement quelques joueurs arrivés au sommet avec leurs parents comme entraîneurs. On ne voit pas tous ceux qui n’ont pas réussi et qui, pire, ont une mauvaise relation avec leurs parents à cause de cette pression. Ces quelques réussites sont mise en avant et perçues comme extraordinaires. Mais qu’en est-il des autres ? Si cela nuit à la relation avec leurs parents, quel est l’intérêt de tout cela ?
Pensez-vous que vous auriez gagné à vous émanciper avant 2021 [année où elle se sépare de son père] ?
Quand on abdique, on se dit toujours « si j’avais pris cette décision à ce moment-là », cela aurait peut-être été mieux, peut-être que j’aurais gagné du temps. C’est probable. Si j’avais eu une équipe de professionnels à 20 ans, j’aurais peut-être accompli de grandes choses. J’en ai accompli, certes, mais aurais-je pu faire mieux ? Peut-être, mais c’est trop facile de dire cela après coup.

