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Essai d’une fausse Apple Watch Ultra à 8 euros : un danger.

Un collègue a offert une GS Wear S11 Ultra, une montre connectée achetée pour 8 euros en Chine, qui présente des mesures de santé potentiellement dangereuses. La montre intègre des fonctionnalités comme la mesure de la fréquence cardiaque et de la température cutanée, mais les données fournies sont souvent fausses et peu fiables.


Un collègue m’a offert une fausse Apple Watch Ultra achetée 8 euros en Chine. Résultat ? Un cadeau empoisonné, dont les fausses mesures de santé s’avèrent potentiellement dangereuses.

À l’occasion de son dernier voyage en Chine en février, mon collègue Ulrich Rozier a eu la gentillesse de m’acheter un petit souvenir. Une montre au look, aux dimensions et à l’aspect d’une Apple Watch Ultra 3… mais qui n’est pas un produit Apple.

Il s’agissait en fait d’une montre connectée GS Wear S11 Ultra achetée à l’équivalent de 8 euros à Shenzhen, dans un marché où les produits originaux côtoient les copies les plus éhontées. Après trois mois à louvoyer, et surtout à mettre la priorité sur des montres connectées plus pertinentes, il est temps de faire le point : est-ce qu’une montre achetée à 8 euros en Chine peut avoisiner la pertinence d’une vraie montre connectée ?

Pour le savoir, j’ai passé quelques jours avec la GS Wear S11 Ultra au poignet. L’occasion de découvrir son interface logicielle, son suivi de santé et son expérience au quotidien. Et autant le dire d’emblée, ça avait tout d’un cadeau empoisonné.

### Un look d’Apple Watch Ultra… lorsque l’écran reste éteint

De prime abord, la Wear S11 Ultra remplit bien son office. On a effectivement affaire à une belle copie d’une Apple Watch Ultra. Attention, si on a pu écrire sur Frandroid que certaines montres comme la Huawei Watch Fit 5 Pro ou la Xiaomi Redmi Watch 5 avaient des allures d’Apple Watch, on est ici dans une tout autre catégorie. Il ne s’agit pas seulement d’une inspiration, mais d’une véritable copie. On retrouve ainsi l’écran plat aux angles arrondis, les larges bordures, la couronne, les quatre vis au dos, les deux boutons physiques — dont un orange — ainsi que la légère excroissance sous la couronne ou le même système d’attache de bracelet.

C’est bien simple, même le capteur cardio optique au dos de la montre est un copier-coller des cardiofréquencemètres d’Apple.

Seuls quelques éléments de finition permettent en fait de distinguer la GS Wear S11 Ultra d’une véritable Apple Watch. C’est le cas des angles un peu moins marqués sur les bordures de l’écran ou, évidemment, des mentions circulaires autour du capteur cardio : « Smart Watch Ultra. 49 mm. Metallic & plastic ceramic case. Made in China. Bluetooth. IP68 waterproof ».

Les choses se gâtent d’entrée dès qu’on allume la montre. Ici, ne comptez pas profiter d’un écran « Retina » à la sauce Apple avec ses 326 pixels par pouce. La montre de GS Wear se contente d’un affichage particulièrement limité. Non seulement l’écran de la montre est basé sur une simple dalle LCD (donc avec un contraste bien plus faible que l’Oled), mais la définition est moins élevée qu’une Apple Watch Ultra. En d’autres termes, les pixels sont bel et bien visibles à l’œil nu, réduisant drastiquement le confort de lecture. On notera aussi l’absence de mode d’affichage always-on, probablement trop coûteux en énergie avec un affichage LCD. Pour compenser, la montre embarque bel et bien une option pour allumer la dalle quand on lève le poignet.

Dernier bémol et non des moindres, l’interface logicielle, extrêmement calquée sur celle d’Apple, est bien moins réactive. Les textes affichés (uniquement en anglais) défilent avec énormément de saccades, tant et si bien qu’on a parfois l’impression d’avoir un écran 10 Hz.

### Une application compagnon ni faite ni à faire

Du côté de l’application sur smartphone, ce n’est guère mieux. La montre nécessite l’installation de l’application GS Fit compatible aussi bien avec les smartphones Android que sur iOS.

Cette application est certes disponible cette fois en français, mais avec des traductions que l’on qualifiera généreusement d’approximatives. « Réglage de l’unité », « rappel assis », « poussée météo », « centre commercial cadran », « japonais » (pour quotidien) et j’en passe. Parfois on pourra deviner les options proposées, parfois il faudra y aller un petit peu au hasard.

Plus dérangeantes, les notifications proposées par la montre. En effet, elle saura vous notifier en cas de notification reçue sur votre smartphone signalant un message ou un appel… mais pas seulement. Étrangement, l’application GS Fit permet bien de régler les notifications Telegram, WhatsApp ou Instagram… même si vous n’avez pas ces applications sur votre téléphone. En fait, elle part du principe que vous pouvez avoir toutes les applications de messagerie les plus populaires (dont Line, WeChat, Kakotalk ou Weibo) et vous permet de gérer les autorisations pour chacune.

Le problème des notifications ne vient pas tant de ces applications fantômes que du son extrêmement strident envoyé par le haut-parleur de la montre à chaque message reçu. Alors qu’elle pourrait se contenter de vibrer comme la plupart des modèles classiques, la GS Wear S11 Ultra émet un son particulièrement désagréable qui m’a poussé à couper les notifications après seulement trois messages reçus.

J’ai aussi connu un problème particulièrement embêtant au moment de configurer la montre. Alors que je me baladais dans les menus de l’application, elle a commencé à émettre des chants d’oiseau, apparemment sans raison. Après 10 minutes à farfouiller, j’ai compris que j’avais lancé malgré moi des sons de méditation depuis l’application mobile… impossibles à désactiver. Il m’aura fallu redémarrer la montre pour que ces bruits s’arrêtent finalement. Et ça ne s’arrête pas là.

### Une montre dangereuse

Jusqu’à présent, je n’ai certes pas apprécié les finitions logicielles de la montre, mais difficile de s’en plaindre pour un modèle acheté à moins de huit euros. Non, le principal souci de cette copie d’Apple Watch vient en fait de sa dangerosité et des fausses données de santé.

En naviguant dans les applications, on se rend rapidement compte que la GS Wear S11 Ultra intègre un suivi de santé apparemment complet : mesure de la fréquence cardiaque, oxymètre de pouls, mesure de la température cutanée, électrocardiogramme. Elle serait même dotée de mesures qui ne sont pas proposées sur les véritables Apple Watch : tension artérielle et glycémie.

Bien évidemment, la santé et le suivi d’activité étant au cœur des montres connectées ces dernières années, j’ai voulu vérifier ces allégations. Pour évaluer le suivi de la SpO2, j’ai d’abord soulevé la montre pour vérifier la couleur des diodes. Alors qu’un oxymètre de pouls envoie généralement de la lumière rouge ou infrarouge, la GS Wear S11 Ultra ne pulse que de la lumière verte.

Alors, certes, elle m’affiche une SpO2 de 99 ou 100 %, mais rien d’anormal pour quelqu’un en bonne santé au niveau de la mer. Pourtant, c’est aussi le cas lorsque j’effectue la mesure avec la montre posée sur sa boîte blanche, sur mon tapis de souris noir, ou en plein air. Bon point, la boîte, le tapis et l’air extérieur seraient eux aussi en pleine forme…

Pour l’électrocardiogramme aussi, c’est plus que suspect. L’option de la montre indique qu’il faut appuyer sur la couronne rotative pour le lancer. Un choix étrange, puisqu’avec un électrocardiogramme, il faut la présence de deux électrodes, et il ne semble donc pas nécessaire de garder un bouton appuyé pour transmettre le courant (ou même pour déclencher le test). Pour vérifier si un courant électrique passe effectivement d’une électrode à l’autre, j’ai appuyé sur la couronne non pas avec mon doigt, mais avec des baguettes en bois. Ce matériau, isolant électrique, aurait dû empêcher toute mesure, mais là encore, ce n’est pas le cas. Heureusement, GS Wear a le bon sens de préciser que « la montre ne peut pas détecter les signes de crise cardiaque », malgré un message, en fin de (faux) test, indiquant qu’aucun signe de fibrillation auriculaire n’a été détecté. Heureusement.

On notera aussi une mesure de la pression artérielle sur la montre. Pour évaluer la mesure, j’ai cette fois pris ma tension avec un véritable tensiomètre à brassard pour constater une tension de 12/7. La montre a quant à elle mesuré, dix secondes plus tard, une tension de 9/8. Bref, encore une fois, on est loin du compte et les mesures semblent relever davantage de la simulation que de réelles données physiologiques.

Plus inquiétant, la montre propose une mesure de test de « glucose » non invasive. Or, on sait que cette technologie, étudiée à la fois par Apple, Samsung ou Huawei, en est encore à ses balbutiements malgré une forte attente de la part des personnes diabétiques. Si la GS Wear S11 Ultra y parvient, ce serait une première.

Vous vous doutez là encore du résultat. Sans même comparer les données à un capteur de glucose en continu, il paraît évident que les données sont faussées quand la montre, juste après m’être enfilé un sachet de bonbons, m’indique un résultat de 5,6 mmol/L de sucre dans le sang — pile dans la norme malgré le pic de glycémie.

Pour une personne diabétique ou souffrant d’hypertension, se fier à une montre qui invente des données de glycémie ou de tension artérielle peut avoir des conséquences médicales dramatiques. Rappelons à ce sujet que l’Allemagne a recensé 1200 montres affirmant mesurer le taux de sucre dans le sang alors que, dans les faits, il n’en est rien. Des montres qui ont par la suite été retirées du marché, ce qui explique sans doute pourquoi la GS Wear S11 Ultra n’est plus disponible à la vente sur les sites de revente chinois.

Enfin, par acquis de conscience, j’ai voulu vérifier que le capteur cardio optique au dos de la montre ne se limitait pas à de simples diodes vertes. J’ai donc couru avec la montre et comparé les mesures à celles d’une ceinture cardio de référence, la Garmin HRM 600. Cette fois, alors que je suis resté tout du long entre 130 et 144 bpm lors d’un footing de 40 minutes, la montre a conservé, tout au long de la séance, une fréquence cardiaque comprise entre 80 et 97 bpm, avec une actualisation très sporadique de la valeur. Pour vérifier, je l’ai soulevée du poignet à quelques reprises : aucune diode n’était allumée. Difficile dès lors d’analyser quoi que ce soit. En outre, et sans surprise, la GS Wear S11 Ultra n’intègre aucune puce GPS et se repose exclusivement sur le suivi GPS du téléphone. Enfin, l’application ne va pas permettre de retrouver le détail des entraînements passés au-delà de la durée, des calories supposément dépensées ou d’une vitesse moyenne largement sous-évaluée — mais comme les données sont factices, rien de bien grave.

### Une montre qui joue à faire de la lumière

Concrètement, on a donc ici une montre connectée qui saura donner l’heure… et éventuellement vous stresser avec ses notifications stridentes.

Pour le reste, la GS Wear S11 Ultra est une montre qui fait de la lumière et c’est à peu près tout. Ne comptez surtout pas sur elle pour des mesures de santé, de bien-être ou de suivi d’activité. Tout au mieux, ce type de montre vous permettra d’avoir un look d’Apple Watch à votre poignet, mais c’est à peu près tout.

Nous n’avons même pas abordé ici la question épineuse des données personnelles, mais c’est une raison supplémentaire pour se méfier de ce type d’appareils. Compte tenu du peu d’états d’âme quant aux prétentions de santé, difficile de leur faire confiance quant au devenir de vos données. Mais, au moins, comme elles sont complètement fausses, vous n’avez pas grand-chose à perdre.

Bref, après ces quelques jours avec cette copie de l’Apple Watch Ultra 3, je ne saurais que vous conseiller de vous abstenir. Même pour une dizaine d’euros. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire de dépasser les 300 euros pour acquérir une montre connectée fiable et digne de ce nom. Vous pouvez donc vous tourner sans problème vers notre guide d’achat des meilleures montres connectées pas chères.