Echos de Cannes : le Festival n’offre pas que des possibles
Le film « L’abandon » parle de l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géo décapité en 2020 en région parisienne par un terroriste islamiste. Hier soir, le festival de Cannes célébrait les 25 ans du premier épisode de la saga Fast and Furious.
Le premier moment fort du festival a eu lieu hier soir avec la projection hors compétition du film « L’abandon ». Ce long-métrage, qui se veut dépouillé et sans artifice, aborde un sujet essentiel : l’assassinat de Samuel Paty. Ce professeur d’histoire-géographie a été décapité en 2020 en région parisienne par un terroriste islamiste. Le film retrace le lynchage numérique dont l’enseignant a été victime après avoir montré des caricatures de Charlie Hebdo à ses élèves, jusqu’à sa mort dix jours plus tard. La question se pose alors : que pouvait-on encore dire par la fiction sur cette affaire tragique ?
Vincent Garanci, le réalisateur, explique : « Il y avait tout à dire parce que quand on approfondit un peu cette histoire, on se rend compte que les gens ont compris. Évidemment, ils ont compris la tragédie. Ils ont compris peut-être pour ceux qui en savent un peu plus qu’il y a une collégienne qui a menti. Mais alors pour arriver d’un mensonge intrafamilial à une tragédie nationale, je pense que là, les gens n’ont pas compris les mécanismes. Et ça, c’est le cinéma qui permet ça. On peut passer un an à écrire un scénario, un mois à assister à un procès, retourner au scénario. Et c’est un travail en profondeur pour arriver à figer l’histoire de Samuel Paty pour la mémoire collective, finalement. »
Pour rendre son récit le plus fidèle possible, le réalisateur a assisté au procès des accusés et a pu compter sur la participation de sa sœur, Mickaelle Paty, présente à Cannes pour soutenir le film. Elle a monté les marches avec l’équipe du film hier soir.
Une comédie a ouvert la 79e édition de Cannes, racontant une histoire d’amour dans le Paris des années 20, mêlant fausse voyante et cupidité. L’oeuvre est décrite comme maîtrisée et inventive. Lors d’une conférence de presse, une journaliste a interrogé le réalisateur sur la pertinence d’ouvrir le festival avec une comédie, genre souvent sous-estimé dans les festivals.
Pierre Salvadori a répondu clairement : « Faire l’ouverture du festival, je l’ai dit, je le redis, c’est un festival qui célèbre les auteurs. Et je n’ai jamais fait un film avec autant de croyance dans mon métier et autant d’amour de mon métier, de confiance dans les outils du cinéma, le hors-champ, l’ellipse, le montage. J’ai essayé tout le temps, constamment, de nourrir le film d’idées. Pour ça, c’est merveilleux d’ouvrir un festival qui célèbre de cette façon-là le cinéma, c’est-à-dire par les auteurs et pour les auteurs. »
Hier soir, le festival de Cannes a également célébré les 25 ans du premier épisode de la saga Fast and Furious, avec la présence des acteurs et actrices, véritable symbole du blockbuster hollywoodien.
Thierry Frémaux, le délégué général du festival, a défendu ce choix. « Fast and Furious est un phénomène dans l’histoire contemporaine du cinéma, de ce qui est un cinéma important pour le public, important pour un studio, parce que c’est aussi des franchises qui rapportent beaucoup d’argent. Et donc Cannes, là encore, montre qu’on accueille tous les types de cinéma, ils sont à la maison. »

