La Cour des comptes dénonce les failles de la politique gouvernementale.
Le Groupe socialiste-Opposition ittihadie a critiqué le rapport de la Cour des comptes 2024-2025 lors d’une séance plénière à la Chambre des représentants, mettant en lumière que près de 11 millions de Marocains ne bénéficient pas d’une couverture effective. Selon ce rapport, 71% des crédits budgétaires sont concentrés sur des projets de construction et d’aménagement de routes, laissant peu de ressources pour d’autres secteurs sociaux essentiels.
C’est un réquisitoire sévère, méthodique et sans concession que le Groupe socialiste-Opposition ittihadie a présenté lors d’une séance plénière à la Chambre des représentants, dédiée à la discussion du rapport de la Cour des comptes 2024-2025. Loin d’être une simple formalité parlementaire, cette session a été transformée par l’USFP en tribune pour dénoncer, chiffres à l’appui, «l’abîme» entre le discours gouvernemental qui vante l’émergence de l’«État social» et la réalité vécue par des millions de Marocains, marquée par la hausse des prix, la dégradation des services publics et des disparités territoriales flagrantes.
Sur la question de la protection sociale, un chantier Royal, le Groupe socialiste a critiqué une politique gouvernementale qu’il accuse d’en avoir dévoyé l’esprit. La critique centrale est éclairante : la majorité aurait réduit les objectifs structurants de cette réforme à «un ensemble de mesures de rafistolage et de politiques conjoncturelles». S’appuyant sur le rapport de la Cour des comptes, l’opposition ittihadie a mis en lumière une faille majeure : près de 11 millions de Marocains demeurent sans couverture efficace. «Quel sens donner à ce chantier si plus de 30% de nos concitoyens restent privés de leur droit aux soins?», s’est interrogé le Groupe socialiste, soulignant l’incapacité du gouvernement à corriger les défauts dans le recouvrement des cotisations, où l’arrêt du paiement suspend immédiatement le droit à la couverture sanitaire.
Plus préoccupant encore, le reste à charge pour les assurés reste «élevé», oscillant entre 30 et 37% des coûts réels des soins en 2023 et 2024, avec des pics pour les maladies chroniques et onéreuses. La promesse de l’accès universel aux soins se heurte ainsi à la réalité d’une couverture qui protège mal les plus vulnérables. Selon le Groupe socialiste, le rapport a non seulement soulevé la question de l’absence de justice sociale, mais a également mis en exergue l’absence de justice territoriale. Il a confirmé que le véritable problème ne réside pas dans la faiblesse des ressources financières, mais dans la mauvaise gouvernance, la nature même des mécanismes de ciblage et la manière dont les priorités sont réparties, toutes responsabilités incombant directement à l’exécutif.
Dans ce contexte, la Cour des comptes a souligné un déséquilibre flagrant dans la distribution des crédits entre les secteurs, révélant que 71% de l’ensemble des crédits sont concentrés sur des projets de construction et d’aménagement de routes, alors que les crédits pour les autres secteurs sociaux essentiels restent limités. «Comment prétendre réduire les inégalités sociales quand l’éducation et les services sociaux essentiels sont relégués au second plan des priorités gouvernementales?», s’est insurgé le Groupe. Pour le Groupe socialiste, ce choix budgétaire démontre que l’«État social» n’est, dans l’action de l’Exécutif, qu’un slogan.
Concernant le stress hydrique, le Groupe socialiste a noté l’absence de planification stratégique face à la crise de l’eau. Bien que les récentes pluies aient apporté un répit historique, le rapport souligne l’absence d’une stratégie nationale claire et intégrée pour la mobilisation des ressources non conventionnelles, accompagné d’un flou institutionnel et d’une multiplication désordonnée des intervenants. À cet égard, le Groupe parlementaire de l’USFP a mis en garde contre deux dangers majeurs : tout d’abord, la marchandisation rampante de l’eau, l’exécutif misant sur les partenariats public-privé pour le dessalement sans encadrement suffisant. Ensuite, le Groupe socialiste a alerté «sur le risque que le problème du stress hydrique au Maroc ne se transforme en l’une des causes d’aggravation des inégalités sociales et territoriales». Le rapport de la Cour des comptes indique en effet que le système actuel de tarification de l’eau potable n’est pas adapté au coût élevé du dessalement, situation qui engendre un déficit opérationnel de plusieurs centaines de millions de dirhams.
Enfin, concernant la culture, l’USFP a dénoncé sa négligence. Le rapport constate un déficit important : seulement 3,2 établissements culturels pour 100 000 habitants, bien en deçà des normes internationales. De plus, ces établissements sont principalement concentrés dans un quart des collectivités territoriales, tandis que les zones rurales et semi-urbaines sont exclues de l’action culturelle publique. Pour le Groupe socialiste, une telle carence, gérée avec «improvisation» par le gouvernement, est structurelle. «La culture n’est pas un luxe institutionnel, elle est le fondement de toute émancipation sociale et démocratique, et l’on ne peut bâtir une véritable société démocratique sans un niveau culturel élevé garantissant la conscience, la participation et l’ouverture. Chose impossible à concevoir sous un gouvernement libéral qui prétend la modernité, mais qui est en réalité incapable de mettre en place des projets culturels viables, durables, et porteurs de créativité et d’encadrement au service de l’investissement dans le capital matériel et immatériel», a conclu le Groupe socialiste.
Mourad Tabet

