Real Madrid : Mbappé au centre du plus gros « shitstorm » sportif moderne ?
Kylian Mbappé est le meilleur buteur du Real Madrid cette saison avec 41 buts en 40 apparitions. Une pseudo-pétition pour réclamer son départ a réuni près de 72 millions de « signatures » en quelques jours.
Ça sonne peut-être mieux en anglais, le « shitstorm », mais c’est bien en français que cette expression prend tout son sens et sa puissance. Dans le cas de Kylian Mbappé, il s’agit réellement d’une tempête de merde. Cible de toutes les critiques depuis son apparition avec sa compagne lors d’un week-end en Sardaigne, sirotant un chardonnay sous le soleil couchant de Cagliari, le numéro 9 du Real Madrid traverse sans doute la période la plus mouvementée de sa carrière.
Et on parle pourtant d’un garçon qui a été sous le feu des projecteurs après – liste non exhaustive – et prenez votre respiration :
– Le « pivot-gang »
– Le char à voile-gate
– Une sortie à Stockholm entre amis qui a fini devant la justice suédoise
– Un procès contre son ancien club parisien pour harcèlement moral
– Un renvoi dans le loft du PSG après avoir refusé de prolonger
Cependant, ce que vit Mbappé depuis une semaine et alors que le Clasico face au Barça se profile dimanche soir semble parfaitement inédit dans l’histoire du sport moderne. Fondateur et CEO de « La French Com », une agence communicative spécialisée dans la gestion de crises, Florian Silnicki évoque une « industrialisation du lynchage numérique qui n’avait jamais atteint un tel degré pour un sportif ». « Mbappé n’est pas victime d’un shitstorm, il est victime du premier shitstorm à l’échelle industrielle de l’histoire du sport », ajoute-t-il.
« Ce qui lui arrive est inédit dans l’histoire du sport », déclare Silnicki. « Dans le volume, la vitesse et la violence, ce qui arrive à Mbappé est inédit. Il y a eu des précédents de shitstorms sportifs, comme Neymar au PSG en 2019 avec les banderoles « Casse-toi » au Parc, Griezmann au Camp Nou, ou Cristiano Ronaldo fin 2022 avec Manchester United, mais aucun n’a atteint ce niveau de volumétrie agrégée. Pétition virale, raid de commentaires, mèmes industriels, fuites dans les médias, prise de parole de l’entraîneur en sous-texte hostile. Tous les compteurs explosent en même temps, et c’est cela qui est nouveau. »
Meilleur buteur du Real cette saison avec 41 buts en 40 apparitions, le champion du monde 2018 agace une partie des supporters madrilènes, qui lui reprochent, comme les supporters parisiens auparavant, de vouloir prendre toute la lumière sans se mouiller. Suite au « Sardaigne Gate », des internautes ont lancé une prétendue pétition pour réclamer son départ, qui a réuni près de 72 millions de « signatures » en quelques jours, soit l’équivalent de deux fois et demie la population espagnole.
Avec un visuel simple mais percutant, la pétition a fait le tour du monde numérique. « Le tampon rouge « FUERA » est le genre de spontanéité communicationnelle populaire qui fait mal, confirme le spécialiste. Visuel, instantané, reproductible, « mémétique ». C’est l’équivalent moderne de l’autodafé : au lieu de brûler le maillot, on le tamponne. »
Mbappé est également attaqué par la presse espagnole, qui tire son contenu des fameuses « sources proches du vestiaire », qui critiquent un joueur gênant pour trop d’ego. Dans les jours suivant l’escapade romantique de « Kyks », des informations affirment qu’il aurait insulté un membre du staff du Real à l’entraînement, tandis que Jude Bellingham, dont l’affection pour Mbappé est aujourd’hui mise en question, publiait une photo de lui et de l’assistant, souriant à Valdebebas. Ce manque de subtilité en communication non verbale a été remarqué.
« C’est ce qu’on appelle une attaque polyphonique : plusieurs voix, plusieurs canaux, plusieurs registres qui frappent simultanément la même cible », explique le spécialiste en buzz négatif. Cela donne l’illusion d’une convergence spontanée. En réalité, cela est généralement un mélange de trois couches : des supporters réellement en colère, des comptes opportunistes qui surfent sur la vague, et une couche organisée avec des acteurs intéressés à amplifier le mécontentement. Cela peut provenir de fractions du club lui-même, de concurrents, ou de l’entourage de coéquipiers.
On ne saura sans doute jamais vraiment d’où viennent ces fuites. Cependant, certaines personnalités ressortent davantage lors de l’analyse, comme Bellingham et Vinicius, dont les relations avec Mbappé seraient devenues glaciales, ne sachant pas gérer l’ombre du phénomène qu’est devenu le Français ces dernières années.
Le peuple madridista est partagé : si beaucoup critiquent Mbappé, d’autres le soutiennent et visent Vinicius, impliqué dans des tensions antérieures. Pablo Parada, supporter du Real depuis toujours, déclare : « Mbappé a sa part de responsabilité, mais il n’est pas juste de lui mettre toute la faute. Pour moi, Vini’ est le coupable numéro un, il a fomenté le complot contre Xabi Alonso. Et Florentino Perez est le principal responsable de la situation actuelle au club. »
La question se pose maintenant de savoir comment sortir de cette impasse, non pas par le haut, mais par le « moins bas » possible. Pablo souligne que Mbappé est arrivé à un moment délicat, avec le départ de cadres ayant tenu le vestiaire, et que les capitaines comme Valverde ou Vinicius ne sont pas de vrais leaders. Il suggère que Florentino doit nommer un nouveau coach, lui donner les pleins pouvoirs, et écarter ceux qui veulent agir à leur guise. « Le Real doit construire une équipe autour de Mbappé et non de Vinicius », conclut-il.
Concernant Mbappé, Florian Silnicki préconise une approche différente de celle traditionnellement adoptée dans la gestion de crise, qui favorise souvent le silence. « À l’ère des réseaux sociaux, le silence n’est plus une parole, c’est une démission. Il faut parler, et rapidement. Le « silence stratégique » est une recette dépassée. Ne rien dire crée un vide auquel vos adversaires remplissent. »
Après avoir proposé un programme de gestion de crise, basé sur des posts bien ciblés sur X et Instagram, ainsi que sur des photos de lui à l’entraînement, notre expert entrevoit une seconde étape. « J’opterais pour une interview-confession avec un journaliste espagnol exigeant. Il faut un grand entretien avec un journaliste réputé difficile, où l’on accepte des questions dures. Parler à un Français pour rassurer les Espagnols, c’est manquer sa cible. »
La stratégie est bien pensée, mais les faits montrent que le vice-champion du monde français n’a pas choisi cette solution offensive. Silencieux depuis le début de la crise, il a été vu à l’entraînement à Valdebebas, optant pour une communication basée sur la sueur, le sang et le travail, qui séduit les puristes madrilènes.
Annoncé comme probable titulaire ce dimanche, aux côtés de son ami Vinicius, Mbappé a l’occasion de prouver ses compétences en marquant des triplés pour faire taire les critiques. « T’es pas content ? », pourrait-il répondre. Cependant, il n’est pas certain que cela suffise à apaiser un public madrilène lassé par de nombreux revers. Quant à l’ancien jeune de Bondy, il attend avec impatience la fin de saison et les retrouvailles avec l’équipe de France dirigée par son père Didier, l’unique endroit où il est encore le maître incontesté.

