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UBB – Bath : Matthieu Jalibert, est-il « un joueur différent » à l’étranger ?

L’UBB a réalisé une victoire face au Stade Toulousain pour se qualifier en finale et décrocher le premier titre européen de son histoire. Matthieu Jalibert, demi d’ouverture international, a signé un essai face au MHR la semaine dernière et sera l’une des principales menaces pour Bath ce dimanche.


Les Bordelais y voient un signe. L’an passé, battue dans sa forteresse de Chaban-Delmas en Top 14 avant la demi-finale de Champions Cup, l’UBB avait ensuite réalisé un exploit en remportant un match face au Stade Toulousain (qu’elle a également vaincu cette année en quart de finale), ce qui l’a propulsée en finale, où elle a décroché quelques jours plus tard le premier titre européen de son histoire.

Cette année, le même scénario se profile. Après avoir été surclassée par la puissance du MHR la semaine précédente, Bordeaux se prépare à affronter Bath en demi-finale de Champions Cup ce dimanche, avec l’espoir de réaliser le doublé. Matthieu Jalibert, auteur d’un essai lors du match contre les Héraultais, sera l’une des principales menaces pour les Anglais. Le demi d’ouverture international connaît une saison remarquable, lui permettant de retrouver une place de titulaire au sein du XV de France. Loué en France, le n°10 reçoit également des éloges à l’international.

Lisandro Arbizu (Argentine), ancien ouvreur international de Brive, Pau ou Bordeaux-Bègles, déclare : « Matthieu, c’est un joueur différent, hors série, qui sort du système. C’est bien pour le rugby parce qu’il n’y en a pas beaucoup. Il a toujours sa créativité mais il a plus d’expérience, de savoir-faire, notamment grâce à l’équipe de France. Lors du Tournoi des VI Nations, il a franchi un cap, prouvant qu’il s’intégrerait bien à sa sélection. Son style rappelle un peu celui de Carlos Spencer [ancien n°10 des All Blacks], avec ce côté créatif. Il peut devenir une source d’inspiration pour les jeunes ouvreurs, comme l’Argentin Tomas Albornoz, qui joue à Toulon et possède un style similaire.

J’adore cette folie chez les joueurs, cela me réjouit. Il faut cependant maîtriser cette folie et savoir quand il est temps d’être sérieux, c’est un défi en soi. S’il maintient le niveau qu’il a à l’UBB lors de matches cruciaux, comme cette demi-finale de Champions Cup, il pourra rejoindre les meilleurs au monde. Son plus grand défi sera d’être titulaire lors de la Coupe du monde avec l’équipe de France.

En Argentine, il est perçu comme un joueur à part. Avec Romain Ntamack, qui sont tous deux d’excellents joueurs en pleine confiance, ils représentent un danger pour notre sélection. »

Michael Aylwin (Angleterre), journaliste au Guardian, déclare : « C’est un joueur brillant et il incarne le rugby français actuel. Les gens évoquent toujours Antoine Dupont comme le meilleur joueur que l’on ait jamais vu. Jalibert ne reçoit pas les mêmes éloges, mais il est tout aussi exceptionnel, comme il l’a prouvé lors du Tournoi des VI Nations. L’affrontement de ce dimanche contre Finn Russell sera passionnant. L’ouvreur de Bath a connu des hauts et des bas dans sa jeunesse, mais il a mis du temps à réaliser des performances consistently élevées.

Jalibert avait une tendance similaire, mais il a su développer sa maturité et sa régularité plus vite que Russell. Bien qu’il soit cinq ans plus jeune que l’Écossais, il présente un niveau de calme que ce dernier commence à atteindre. Dans la culture britannique, l’accent est mis uniquement sur l’ouvreur, ce qui a pu nuire à de bons joueurs comme Marcus Smith ou Danny Cipriani. Jalibert, quant à lui, est un peu dégagé de cette pression puisqu’il ne gère pas les pénalités ou les transformations (souvent prises par Maxime Lucu).

In England, Finn Smith (ouvreur de Northampton) est un joueur intéressant et, tout comme Jalibert, il semble agir naturellement. Ils ne cherchent pas à forcer les choses. Jalibert est un joueur très spécial ; s’il continue sur cette lancée pendant cinq à dix ans, il sera le meilleur joueur du monde. Pour l’instant, c’est encore un peu tôt. »

Mirco Bergamasco (Italie), ancien troisième ligne international du Stade Français, explique : « Il est bien entouré à l’UBB, mais il est aussi capable de faire les bons choix, que ce soit au pied ou à la main. À ce stade, il a atteint une telle maturité qu’il peut devenir le joueur clé d’un match. Peut-être qu’auparavant, il manquait un peu de confiance ou de courage. Chaque week-end, il est le protagoniste. Avoir un joueur comme lui n’est pas anodin.

Il n’est pas unique, mais il se démarque des autres. Il a la capacité de faire la différence à lui seul ou de le faire collectivement avec les talents qu’il a autour de lui. Pour un n°10, avoir autant de talent à ses côtés doit être un réel plaisir. Exprimer son propre talent tout en s’intégrant à celui des autres n’est pas évident en raison de la pression, mais il réussit admirablement.

Faire jouer les jeunes comme Matthieu Jalibert en Italie, je ne suis pas sûr que ça fonctionnerait. Le jeune doit aspirer à devenir comme lui, mais surtout comprendre ce qu’il a fait pour en arriver là. C’est cela l’essentiel. En Italie, il n’est pas vu comme une menace pour les Bleus, tout simplement parce que le danger est omniprésent. »

John O’Sullivan (Irlande), journaliste au Irish Times, affirme : « En Irlande, Matthieu Jalibert est considéré comme un joueur très talentueux qui a mûri pour devenir un excellent coéquipier. Il a toujours eu un instinct naturel, un sens du jeu et un vrai talent, mais il avait parfois tendance à vouloir tout faire seul, se montrant égoïste par moments. Aujourd’hui, il comprend l’importance de veiller à ce que son jeu n’entrave pas les schémas de l’équipe. Il conserve sa capacité à réaliser des exploits, mais sait aussi se mettre au service des besoins de ses équipes, à Bordeaux et en France.

Je pense qu’il a trouvé le bon équilibre lors du Tournoi des Six Nations et du match contre l’Irlande. J’adore sa façon de jouer, ses compétences, la confiance qu’il a en lui et sa capacité à décomposer les défenses qui lui laissent trop de liberté. L’Irlande a été médiocre lors de ce match et n’a pas su le mettre au défi d’une quelconque manière. Cependant, si l’on compare la relation que Matthieu entretient avec son club (Yannick Bru) et celle avec le sélectionneur (Fabien Galthié), on note une différence dans son jeu selon le maillot qu’il porte.

Il y a peut-être un aspect un peu piquant de sa personnalité qui divise certaines opinions. Pour le public neutre, néanmoins, c’est un régal de le voir évoluer. Les jeunes joueurs cherchent toujours l’inspiration auprès des meilleurs, indépendamment de leur nationalité. Le style de Jalibert ressemble davantage à celui de l’ancien demi d’ouverture irlandais David Humphreys qu’à celui de Johnny Sexton. Sexton projette une ombre imposante, dont plusieurs jeunes joueurs irlandais tentent de se dégager, avec son soutien, puisqu’il est membre de l’équipe des entraîneurs nationaux. »