Maroc

L’Opep+ ne mentionne pas le départ des Emirats arabes unis.

L’Arabie saoudite, la Russie, l’Irak, le Koweït, le Kazakhstan, l’Algérie et Oman ont augmenté leurs quotas « de 188.000 barils par jour » pour le mois de juin. En mars, la production des pays de l’Opep+ soumis à des quotas « est tombée à 27,68 millions de barils par jour », tandis que l’addition de leurs quotas pour le même mois représentait 36,73 millions de barils par jour, « soit un déficit d’environ 9 millions de barils par jour ».


L’Arabie saoudite, la Russie et cinq autres pays membres de l’Opep+ ont, comme prévu, augmenté leurs quotas de production de pétrole dimanche. Cette décision vise à montrer la continuité du groupe après le départ des Émirats arabes unis. Ensemble, l’Arabie saoudite, la Russie, l’Irak, le Koweït, le Kazakhstan, l’Algérie et Oman ont augmenté leurs quotas « de 188.000 barils par jour » pour le mois de juin, selon un communiqué publié sur le site de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole.

La déclaration du groupe ne fait pas mention des Émirats arabes unis, une omission qui, selon Jorge Leon de Rystad Energy, reflète « en effet » des tensions dans les relations avec Abou Dhabi suite à son retrait de l’alliance cette semaine. M. Leon estime que, « en s’en tenant à la même trajectoire de production – simplement sans les Émirats arabes unis – elle fait comme si de rien n’était, minimisant volontairement les fractures internes et affichant une image de stabilité ».

**Une production en berne**
Cette augmentation annoncée ne pourra probablement pas se traduire par une production supplémentaire. Les principales capacités inutilisées de l’Opep+ se trouvent dans des pays du Golfe, dont les exportations sont entravées par le blocage du détroit d’Ormuz, orchestré par l’Iran depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

Parmi les pays de l’Opep+ soumis à des quotas, la production « est tombée à 27,68 millions de barils par jour en mars », alors qu’ensemble leurs quotas pour ce même mois représentaient 36,73 millions de barils par jour, soit un déficit d’environ 9 millions de barils par jour, précise Priya Walia, analyste chez Rystad Energy. Le choc touche principalement l’Arabie saoudite, l’Irak, le Koweït et les Émirats arabes unis, dont la production ne sera plus comptabilisée pour l’alliance (l’Iran, bien que membre de l’Opep+, n’est pas soumis à des quotas).

La situation profite le plus à la Russie, le deuxième plus grand producteur du groupe, qui bénéficie de prix de l’énergie très élevés, mais elle semble déjà avoir des difficultés à produire au niveau de ses quotas actuels. L’industrie pétrolière russe fait face à un désinvestissement des Occidentaux depuis le début de la guerre causée par l’invasion de l’Ukraine en 2022, avec une production régulièrement entravée par des frappes de drones ukrainiens.

**L’Opep+ très affaiblie**
Pour le groupe, le départ des Émirats arabes unis « est un événement majeur », plus significatif que le départ du Qatar en 2019 ou de l’Angola, a estimé Amena Bakr, analyste chez Kpler, lors d’une visioconférence. En plus d’être le quatrième producteur de l’Opep+ en volume, Abou Dhabi possède d’importantes capacités de production non exploitées, un atout essentiel pour le groupe lorsqu’il doit réguler le marché.

Dès 2021, « les Émirats arabes unis avaient fait part de leurs griefs concernant leurs quotas », souligne Mme Bakr. Le pays a investi massivement dans ses infrastructures ces dernières années, et sa compagnie pétrolière nationale Adnoc prévoit une capacité de production de 5 millions de barils par jour d’ici 2027, bien au-delà de son dernier quota de 3,447 millions de barils par jour.

Adnoc s’est également engagé dimanche à investir 55 milliards de dollars dans de nouveaux projets au cours des deux prochaines années, confirmant que l’entreprise « accélère la croissance et la mise en œuvre de sa stratégie ». Cela positionne Abou Dhabi comme un concurrent sur le marché, capable de produire à des coûts très bas et de limiter l’impact des mesures prises par Riyad et ses alliés, une fois le marché revenu à une certaine normalité après le déblocage du détroit d’Ormuz.

Pour l’Opep+, le risque est aussi que d’autres pays soient tentés de quitter l’organisation : le Kazakhstan et l’Irak ont notamment souvent été critiqués pour avoir dépassé leurs quotas.