Au Nigeria, 40 éleveurs peuls tués par des miliciens.
Une milice nigériane, accompagnée de miliciens béninois, a tué une quarantaine d’éleveurs peuls, accusés d’être des informateurs du groupe jihadiste Ansaru, lors d’une attaque dans l’Etat du Niger, au centre du Nigeria. Selon un habitant de Kabe, l’opération était un « raid préventif » suite aux menaces des éleveurs peuls de perturber les activités agricoles dans la zone, après le meurtre de deux de leurs proches dans la communauté voisine de Sabalunna.
Une milice nigériane, aux côtés de l’armée, ainsi que des miliciens venus du Bénin, ont tué environ quarante éleveurs peuls, soupçonnés d’être des informateurs du groupe jihadiste Ansaru, lors d’une attaque jeudi dans le centre du Nigeria, ont rapporté des sources locales à l’AFP dimanche.
L’attaque s’est produite dans l’État du Niger, situé au centre du pays le plus peuplé d’Afrique. Ansaru, qui est issu d’une scission avec les jihadistes de Boko Haram en 2021, s’est allié depuis à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).
Les miliciens nigérians du district voisin de Bussa ont mené une attaque contre des campements d’éleveurs peuls autour de Kabe, dans le district de Borgu, selon les mêmes sources. Ils ont arrêté des jeunes hommes suspectés d’être des informateurs d’Ansaru et ont tué ceux qui résistaient, a affirmé Ahmad Ali, un chef communautaire du village voisin de Konkoso. « Ils ont tué 41 informateurs présumés d’Ansaru lors des raids, au cours desquels de nombreux autres ont été arrêtés », a-t-il précisé.
Ahmad Ali a ajouté : « C’était une opération conjointe entre les miliciens communautaires et ceux du Bénin, avec l’aide de soldats nigérians. » Un porte-parole de l’armée nigériane a refusé de commenter pour l’instant.
On ignore si l’armée béninoise était au courant de l’opération ou si elle y a participé. Un porte-parole de l’armée béninoise n’a pas répondu à une demande de commentaire.
L’État du Niger fait partie d’une vaste zone du centre et du nord-ouest du Nigeria qui, depuis des années, est la cible de bandes de voleurs de bétail et de ravisseurs, surnommés localement « bandits ». Ces groupes attaquent diverses communautés, tuent des habitants et pillent des maisons.
Ces dernières années, des groupes jihadistes, menant une insurrection dans le nord-est du pays depuis dix-sept ans, se sont également établis dans l’État du Niger, qui est une région agricole riche en or. La coopération occasionnelle entre « bandits » et jihadistes suscite des préoccupations parmi les observateurs.
Le recrutement de Peuls, appelés Fulanis au Nigeria, par des groupes jihadistes dans le Sahel voisin a entraîné des représailles meurtrières de la part des forces gouvernementales et des milices contre des civils peuls dans ces pays. Selon des experts, ces représailles pourraient pousser certains Peuls à rejoindre des groupes jihadistes pour garantir leur propre sécurité.
Au Nigeria, la présence de Peuls au sein des bandes de « bandits » a parfois amené les autorités à fermer les marchés de bétail, touchant durement la communauté peule, qui est majoritairement composée d’éleveurs. Les Peuls sont eux-mêmes souvent victimes de groupes armés.
Une source humanitaire aidant les communautés déplacées par la violence dans la région a fait état d’un bilan légèrement inférieur, avec 38 morts, et a accusé des « miliciens d’autodéfense du Nigeria et du Bénin ».
Un habitant de Kabe, nommé Abubakar et qui a préféré garder l’anonymat, a déclaré que l’opération était un « raid préventif » consécutif aux menaces des éleveurs peuls de perturber les activités agricoles de la région, après le meurtre récent de deux de leurs proches, accusés d’être des informateurs d’Ansaru dans la communauté voisine de Sabalunna.
En réponse au meurtre de ces deux personnes, Ansaru a attaqué et incendié Sabalunna, avertissant qu’il ne tolérerait jamais le meurtre de ses membres, selon Abubakar, qui a confirmé le bilan de 41 morts. « Les éleveurs peuls ont ouvertement menacé de perturber les activités agricoles pendant cette saison des pluies en attaquant les paysans lorsqu’ils travaillent dans leurs champs en brousse », a-t-il précisé.
Les campements d’éleveurs ont été désertés, les bergers ayant fui la région avec leur bétail, d’après des sources locales.

