Tunisie

Encadrement de la jeunesse : Mettre en œuvre tous les moyens disponibles

Plus de 50% de la population tunisienne est constituée de jeunes de moins de trente ans. Selon le dernier recensement de la population, ceux de la tranche 20/24 ans comptent 750.000 et ceux de la tranche 25/28 ans sont au nombre de 800.000.

La société tunisienne se caractérise par une population jeune, avec plus de 50 % de ses habitants âgés de moins de trente ans. Selon le dernier recensement, la tranche d’âge 20/24 ans compte 750.000 individus, tandis que ceux de la tranche 25/28 ans s’élèvent à 800.000.

La Presse — Cela constitue à la fois un atout et un handicap. Un atout en raison du potentiel humain évident qu’elle représente, et un handicap car les conditions nécessaires à son épanouissement n’ont pas été mises en place.

Des voies divergentes

Quoi qu’il en soit, la Tunisie fait face à un défi majeur. Cette jeunesse est, malheureusement, en quête de repères. Qu’elle provienne d’institutions éducatives ou de centres de formation professionnelle, elle peine encore à s’intégrer dans le marché du travail.

Les secteurs publics et semi-publics ne lui ouvrent pas facilement leurs portes. Des centaines de milliers de demandeurs d’emploi encombrent les listes d’attente. D’autres milliers participent, sans grande conviction, aux concours proposés.

Certains choisissent des voies risquées, comme l’émigration clandestine, en quête d’une issue incertaine.

Les titulaires de diplômes ou de formations professionnelles poursuivent quant à eux leur quête d’emploi, beaucoup espérant une carrière dans la fonction publique, sans envisager d’autres alternatives.

Il est illusoire de croire que le diplôme seul suffit à garantir un emploi. Les employeurs exigent compétences et expériences, particulièrement dans le secteur privé.

À cet égard, on déplore le manque d’engagement de la part des organisations patronales dans l’activation de l’emploi. Cette absence est d’autant plus frappante compte tenu du retrait de ces organisations des principales instances décisionnelles. Nous espérons être dans l’erreur en présentant ce constat, mais c’est le sentiment partagé par de nombreux observateurs de l’économie tunisienne.

Il n’y a pas l’enthousiasme d’années précédentes.

Ne compter que sur soi

Les chercheurs d’emploi ont été habitués à compter sur l’État pour leur trouver une place dans le monde professionnel. Cette situation n’est plus tenable. Il est temps d’abandonner l’assistance perpétuelle et l’État-providence. La priorité doit être donnée à l’initiative personnelle. Les rares initiatives des jeunes doivent être encouragées, soutenues non par des mesures symboliques mais par des dispositifs d’accompagnement administratif.

La prise d’initiative doit primer. En éliminant les nombreux obstacles qui se dressent devant les jeunes, nous pourrons les soutenir jusqu’à ce qu’ils parviennent à s’autonomiser.

Il existe toutefois une importante masse d’adolescents, scolarisés ou non, qui engendrent de sérieux problèmes pour la société. Près d’un million d’entre eux seraient quasiment laissés à eux-mêmes, sans espérance d’encadrement. Un nombre similaire se trouve dans les collèges et lycées, sans oublier les 60 à 70.000 qui quittent l’école chaque année, malheureux sans diplôme ni qualification. Ils se retrouvent dans la rue, exposés à tous les dangers de cet environnement.

C’est de cette situation que proviendront tous les dangers menaçant la société tunisienne.

Étonnamment, il semble qu’il n’y ait pas de stratégie durable visant à contrer ce fléau dont les contours sont déjà visibles.

L’impression générale est que cette tranche de la population est abandonnée à elle-même. Il n’est donc pas surprenant d’assister à une recrudescence des actes de violence (braquages, vols, agressions diverses, incivilités, etc.).

En somme, l’espace public est perçu comme de moins en moins sûr, selon de nombreux témoignages. Rien n’échappe à la violence d’une partie de la jeunesse.

Dans les quartiers, dans les transports en commun, dans les stades, devant et à l’intérieur des établissements scolaires, la violence est omniprésente. Il n’y a plus de respect pour les normes de vie commune ou même pour les règles de courtoisie.

Ces jeunes n’ont rien à craindre, car ils se considèrent maîtres des lieux occupés, se sentant libres de faire ce qu’ils souhaitent, allant jusqu’à créer des nuisances dans les transports en commun (train, métro, bus…), de faire preuve d’agressivité et de violence envers des personnes tranquilles ou des enfants sans défense, et même de commettre des délits et des crimes.

Le développement sans précédent du trafic de drogue en est un exemple parmi d’autres.

Ce tableau, bien qu’alarmant, ne doit en aucun cas nous inciter à abandonner nos efforts.

Le rôle des organisations nationales

Les politiques mises en place pour faire face à ces problématiques sociales ne doivent pas faiblir. Au contraire, elles devraient s’intensifier et diversifier. Peut-être est-il encore plus crucial de s’ouvrir à des acteurs fiables de la société civile.

Comment raviver l’engagement des jeunes dans des activités sportives au sein d’associations ou de groupes de musique, comme c’était le cas il y a peu de temps ?

Il est regrettable de constater que de nombreuses associations sportives ne peuvent plus assumer ce rôle, faute de moyens adéquats. Aujourd’hui, elles sont réduites à leur plus simple expression.

L’attrait pour ces activités est-il en déclin ? Cela se discute, d’autant plus que le sponsoring est en chute libre, ce qui ne favorise pas les clubs et restreint leur capacité à proposer des opportunités aux nombreux jeunes désireux d’y participer. Les contributions de certaines entreprises ne sont plus aussi généreuses qu’auparavant.

En musique, de jeunes aspirent à former des groupes à partir de contacts établis en milieu scolaire, mais rencontrent des obstacles réglementaires. Les portes se ferment donc !

Que reste-t-il ?

Nous attendons un véritable élan en faveur de la jeunesse dynamique.

Pour les catégories « inclassables », des mesures plus fermes sont nécessaires.

D’autres solutions sont envisageables, notamment l’encadrement et l’éducation à la citoyenneté.

L’Armée nationale pourrait jouer un rôle primordial dans la formation de certains jeunes, leur inculquant discipline et patriotisme.

Des organisations reconnues pour leur action en faveur de la jeunesse, comme les Scouts de Tunisie, peuvent également avoir un impact positif à travers des activités de camping, d’escapades et d’excursions.

C’est une école de civisme et de volontariat. Le Croissant-Rouge tunisien offre également de bonnes opportunités pour les jeunes souhaitant s’engager dans des actions bénévoles et humanitaires.

Concernant les plus récalcitrants, qui existent bel et bien, des mesures plus strictes doivent être envisagées, spécialement face à la délinquance juvénile (un chemin direct vers la criminalité). Dans ce cas, il n’y a pas à hésiter. La rééducation par le biais de travaux d’intérêt général s’impose, voire des solutions extrêmes.