Guerre au Moyen-Orient : la diplomatie pakistanaise ne faiblit pas
Le maréchal Asim Munir a effectué une visite à Téhéran mercredi, porteur des propositions américaines pour de nouvelles discussions éventuelles entre Washington et Téhéran. Le premier cycle de pourparlers de paix entre les Etats-Unis et l’Iran, qui a eu lieu à Islamabad le 11 avril, n’a pas abouti à un accord, mais a permis des négociations à un niveau sans précédent entre les deux pays.
Durant plusieurs jours de négociations diplomatiques intenses, des responsables militaires et civils pakistanais, parmi lesquels le maréchal Asim Munir, ont œuvré au Moyen-Orient pour faciliter un deuxième cycle de pourparlers entre Washington et Téhéran, qui pourrait se tenir cette semaine à Islamabad.
Le maréchal Munir, à la tête des forces armées, a effectué un voyage à Téhéran mercredi, portant, selon les dirigeants iraniens, des propositions américaines pour de potentielles nouvelles discussions. Parallèlement, le Premier ministre Shehbaz Sharif et son ministre des Affaires étrangères ont entrepris une tournée diplomatique rapide auprès de leurs alliés régionaux, l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie.
Ces deux voyages illustrent la coordination au sein de ce qui est régulièrement qualifié de « régime hybride » au Pakistan, et le rôle central d’Asim Munir dans le processus de négociation. « La synergie qui s’opère actuellement porte ses fruits, et pour poursuivre sur cette lancée, toute cette synergie sera nécessaire », déclare Sheharyar Khan, directeur exécutif du Forum national pour le dialogue, basé à Islamabad. M. Munir était l’un des deux médiateurs pakistanais présents lors des premiers pourparlers entre les États-Unis et l’Iran à Islamabad, le 11 avril.
« Ce ne sont pas les dirigeants politiques qui prennent les décisions dans ce genre de situation, mais les dirigeants militaires », souligne un responsable pakistanais sous couvert d’anonymat, qualifiant la visite d’Asim Munir en Iran d' »importante » pour ramener les deux parties à la table des négociations. « L’accord est presque conclu. (Munir) est la seule personne capable de convaincre les Iraniens de conclure un accord — et cela tient au niveau de confiance qu’il inspire », insiste ce responsable.
Bien que le premier cycle de pourparlers de paix entre les États-Unis et l’Iran n’ait pas abouti à un accord, il a permis des négociations à un niveau sans précédent entre les deux pays depuis la Révolution islamique de 1979, et les canaux de communication sont restés ouverts via le Pakistan.
S’appuyant sur cette dynamique, les dirigeants pakistanais ont exercé des pressions pour qu’un deuxième cycle de pourparlers ait lieu à Islamabad, où la sécurité a été renforcée dimanche en prévision de cet événement potentiel.
Le président Donald Trump a annoncé dimanche l’envoi d’une délégation lundi dans la capitale pakistanaise. L’ascension d’Asim Munir sur la scène internationale a coïncidé avec un renforcement du pouvoir militaire au Pakistan, qui lui a accordé une immunité juridique sans précédent et un mandat prolongé.
L’armée dans son ensemble a également joué un rôle accru dans la gouvernance. Les critiques et l’opposition soutiennent que ces mesures, ainsi que les grandes réformes constitutionnelles, ont érodé la démocratie dans le pays. L’armée a démenti à plusieurs reprises toute ingérence dans les affaires civiles, bien qu’elle ait dirigé le Pakistan durant près de la moitié de son existence à travers une série de coups d’État depuis l’indépendance en 1947.
Bien que les dirigeants civils et militaires collaborent étroitement dans le système actuel, c’est M. Munir qui détient le pouvoir décisionnel, note Sheharyar Khan. « Qui est la personne capable d’obtenir des résultats? Qui est l’homme fort? Qui tire les ficelles ? Qui est aux commandes ? C’est évidemment M. le maréchal », affirme-t-il.
Le militaire a également tissé des liens étroits avec le président américain Donald Trump – qui le qualifie fréquemment de son « maréchal préféré » – depuis une courte mais intense guerre avec l’Inde l’année dernière. Cette relation est jugée cruciale, selon Adam Weinstein, directeur adjoint du programme Moyen-Orient au Quincy Institute de Washington : « Munir s’est concentré sur l’Iran car c’est l’acteur clé et qu’il est considéré comme ayant la relation la plus étroite avec Trump ».
Muhammad Saeed, un général pakistanais à la retraite, explique à l’AFP qu’Asim Munir est en « communication directe » avec les dirigeants américains pour négocier les points de blocage dans le dialogue avec l’Iran. « Sa présence permet aux deux parties de se rapprocher », conclut-il.

