Hausse des prix des carburants : des transports plus propres à l’horizon ?
Le prix du gazole peut atteindre jusqu’à 2,50 euros le litre, et un plein peut coûter jusqu’à 150 euros. Entre 2025 et 2026, les ventes de voitures électriques neuves ont augmenté de 50 %, avec un total de 112.083 nouvelles immatriculations.

Le prix du gazole atteint jusqu’à 2,50 euros le litre. Dans les stations-service, le coût d’un plein peut ainsi s’élever à 150 euros. Pour les conducteurs de voitures à moteur thermique, cette augmentation des prix des carburants impacte le budget. De nombreux automobilistes se tournent alors vers les véhicules électriques. En effet, recharger complètement une batterie de 50 kWh coûte entre 10 et 30 euros, selon le tarif de l’électricité et si la recharge se fait à domicile ou sur des bornes.
La Centrale, un site qui recense les annonces de voitures d’occasion, a enregistré une hausse de 160 % des recherches de véhicules électriques depuis le début du conflit en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz. C’est une première. Ces recherches se traduisent par un nombre accru de contacts dans des proportions similaires.
« Lorsqu’il y a un impact immédiat sur le budget quotidien, les Français cherchent des alternatives, analyse Guillaume-Henri Blanchet, directeur général de La Centrale. L’alternative la plus crédible et rationnelle aujourd’hui est le véhicule électrique d’occasion, qui coûte deux fois moins cher que le neuf. » En revanche, les recherches sur les véhicules hybrides n’ont augmenté que de 12 % durant la même période.
Ventes en hausse de 50 % au premier trimestre
Le cabinet AAA, spécialisé dans l’analyse du marché automobile, constate également un intérêt croissant pour les véhicules électriques, même s’ils restent plus coûteux à l’achat que les modèles thermiques. Ce cabinet rapporte que les ventes de voitures électriques neuves ont augmenté de 50 % au premier trimestre 2026 par rapport à la même période en 2025, avec un total de 112.083 nouvelles immatriculations. Pour les véhicules électriques d’occasion, la progression est de 27 %, avec 50.168 immatriculations, bien que ce marché soit de plus petite taille. « Les chocs comme les guerres ou les crises pétrolières influencent les choix des consommateurs entre l’électrique et le thermique, souligne Marie-Laure Nivot, responsable intelligence marchés. Mais peut-on considérer cela comme un déclencheur fort ? Ce n’est pas quelque chose que l’on peut évaluer clairement. »
Cette tendance peut-elle accélérer le verdissement des transports ? L’argument de la crise comme prise de conscience des enjeux écologiques a été souvent répété. Pendant les confinements liés au Covid-19, on a beaucoup évoqué le « monde d’après » plus sobre et résilient, un idéal qui reste à atteindre. Lors de la guerre en Ukraine, les questions de souveraineté énergétique et de dépendance aux énergies fossiles ont été relancées. En 2026, en France, 60 % de la consommation d’énergie provient encore des énergies fossiles, notamment dans le secteur des transports.
« Une vision à court terme »
« Les crises contribuent à la prise de conscience, reconnaît Clément Caudron, chef de projet stratégie transition robuste pour le think tank The Shift Project. Toutefois, elles ne suffisent pas à elles seules. Dans le débat actuel, l’attention passe rapidement d’un sujet à un autre. » Dans un rapport publié le 14 avril, le think tank propose vingt initiatives pour réussir la transition dans l’incertitude. Dans le domaine des transports, cela inclut par exemple le déploiement du vélo, l’amélioration des transports en commun, la généralisation de la voiture électrique sobre et la massification du train, entre autres.
Les constats sont clairs et les solutions existent, mais malgré les crises successives, qu’est-ce qui bloque ? « Nous avons une perspective à court terme, alors que le sujet est à long terme, précise Clément Caudron. Il faut garder en mémoire les crises passées et planifier une sortie rapide et totale des énergies fossiles, afin de devenir moins vulnérable aux futurs chocs pétroliers et gaziers. » Il salue dans ce contexte le plan d’électrification des usages, présenté par Sébastien Lecornu le 10 avril, qui va « globalement dans le bon sens même s’il pourrait être plus ambitieux. »
Des obstacles à surmonter pour la voiture électrique
Ce plan vise à soutenir l’électrification des usages à hauteur de 10 milliards d’euros d’ici 2030, contre 5,5 milliards aujourd’hui. « L’énergie est un enjeu de sécurité nationale, a affirmé le Premier ministre. Lorsque nous importons du pétrole ou du gaz, nous importons aussi les crises des autres. » Ce plan prévoit que deux voitures neuves sur trois soient électriques d’ici 2030, incluant par exemple un outil de leasing social pour les foyers modestes.
Cependant, le manque d’ambition politique, les contraintes budgétaires, les comportements des consommateurs et les questions d’infrastructures freinent toujours cette transition. « Ces enjeux sont bien identifiés, mais ils n’avancent pas assez rapidement », déplore Clément Caudron.
Concernant la voiture électrique, il appelle à ne pas relâcher la réglementation. En effet, l’Union européenne a abandonné, en décembre dernier, son projet d’interdire la vente de nouveaux véhicules thermiques à partir de 2035. Elle exige plutôt des constructeurs automobiles qu’ils réduisent de 90 % leurs émissions de CO2 et qu’ils compensent les 10 % restants. De plus, les voitures électriques demeurent trop onéreuses. « Nous plaidons pour un véhicule électrique compact et abordable, qui consomme moins d’électricité et moins de cuivre », soutient Clément Caudron. En outre, dans les zones rurales ou les parkings d’habitations collectives, il y a encore un manque de bornes de recharge.
Malgré tous ces défis, Guillaume-Henri Blanchet de La Centrale estime que cette crise laissera des séquelles et pourrait engendrer des changements. « Il y a une véritable prise de conscience concernant notre dépendance aux énergies pétrolières et de l’impact que cela a directement sur le budget des ménages. Les automobilistes commenceront de plus en plus à réfléchir en termes de coût d’utilisation et pas uniquement de coût d’achat », conclut-il.

