Tunisie

Pratiques commerciales illicites : Normalisation de l’escroquerie et de l’arnaque

Le consommateur tunisien n’est jamais à l’abri des pratiques malsaines des acteurs économiques, tous secteurs d’activités compris. Les grandes surfaces réalisent d’importantes marges bénéficiaires en écoulant des produits à des prix inimaginables, et la « petite monnaie » n’est jamais rendue à la caisse.

Où qu’il aille, le consommateur tunisien est confronté aux pratiques malhonnêtes de nombreux acteurs économiques dans son propre pays.

Tous les secteurs d’activités sont concernés. Certains pourraient juger cela trop pessimiste. Ce n’est pas le cas.

La Presse — À vous de vous faire votre propre opinion, étayée par des preuves indiscutables et des expériences vécues par beaucoup d’entre nous.

Les failles exploitées 

Aucune pratique commerciale n’échappe aux arnaques et aux opérations illicites.

Ce phénomène est devenu si courant que l’on a du mal à le considérer comme répréhensible. À vrai dire, c’est une normalisation des interdits.

Les failles dans le système sont pleinement exploitées au profit des commerçants. Le prix officiel de la baguette de pain est de 190 millimes, mais c’est devenu courant de devoir payer 200 millimes. Personne n’ose contester cette pratique, considérée comme acquise.

Les abus vont même plus loin ; le consommateur fait face à des hausses de prix de la part de l’épicier, du marchand de légumes, du quincaillier ou encore du pharmacien. Lors de l’achat d’un médicament, le prix est souvent arrondi à la hausse. Les sommes de 30, 40 millimes, et plus, ne sont jamais restituées. Tous en tirent profit, espérant leur part.

Dans le secteur de la quincaillerie, les produits sont vendus à des prix exorbitants. Les tarifs ne sont que rarement affichés, laissant le client dans l’incertitude et l’impression d’être floué.

Cet secteur, tout comme celui des pièces détachées pour automobiles, nécessite un contrôle rigoureux. Ce sont deux domaines où l’enrichissement sur le dos du consommateur est assuré.

Mais il y a plus terre à terre

Les bouchers et les marchands de fruits et légumes ne sont pas en reste. En plus des fraudes sur les poids et les balances truquées, nos commerçants ont de nombreux tours dans leur sac.

Les fanes ou les feuilles des légumes achetés sont laissées chez le marchand, bien qu’elles puissent représenter jusqu’à un tiers du poids. Et pourtant, le consommateur les paie.

Les marchands revendent ces déchets pour nourrir les animaux. De la même manière, le marchand de volaille enlève certains morceaux du poulet après la pesée, gardant pour lui 200 ou 250 grammes. Cette viande, tout comme les carcasses, sera utilisée pour l’alimentation animale.

Le boucher, aussi, use de ses subterfuges.

Les clients ne reçoivent jamais la quantité de viande qu’ils souhaitent. Le boucher “nettoie” le poids de la viande en retirant de la graisse et d’autres morceaux jugés de moindre qualité. Par exemple, sur 1 kg de viande ovine coûtant environ 60 dinars, s’il enlève 100 grammes, cela signifie que le kilo est vendu à 66 dinars, incluant ainsi 6 dinars pour les 100 grammes prélevés sans consentement.

Et les grandes surfaces ?

Il ne faut pas croire que les problèmes s’arrêtent là. Les grandes surfaces ne sont pas exemptes de critiques.

Elles affichent des marges bénéficiaires importantes et se font de l’argent en vendant des produits à des prix exorbitants. Même les articles de base sont souvent proposés à des tarifs absurdes.

Les rayons des produits d’hygiène, comme les dentifrices, savons ou crèmes à raser, sont particulièrement touchés. Les prix des fruits et légumes n’ont également rien à voir avec leur valeur réelle.

Un autre aspect problématique concerne la “petite” monnaie.

Il est courant que les prix se terminent par le fameux 9. Ainsi, un produit affiché à 9 d.990 est généralement vendu à 10 d.

À la caisse, les comptes sont souvent ronds. La “petite monnaie” n’est jamais restituée. Parfois, la caissière excuse le fait de ne pas avoir de petites coupures à rendre, mais souvent, cela se fait sans commentaire. Que vous le réalisiez ou non, cette pratique profite aux patrons, permettant aux employés de collecter ainsi des sommes non négligeables sans trop revendiquer d’augmentations salariales.

Ces anecdotes du quotidien illustrent la banalisation par les Tunisiens des pratiques illicites et l’accoutumance à l’arnaque. Ce n’est là que la partie visible de l’iceberg.

Il existe des niveaux plus élevés où des centaines de dinars sont en jeu dans des secteurs nettement plus lucratifs.

Pendant ce temps, le consommateur continue de subir ces abus sans pouvoir se défendre ni trouver une quelconque parade.