
Tunisie : un expert alerte sur 750.000 m³ d’eau perdus quotidiennement par évaporation
La situation de l’eau en Tunisie est devenue alarmante, dépassant le cadre d’une simple crise temporaire. Selon Houcine Rahili, expert en gestion des ressources hydriques, cette problématique est le résultat d’années de politiques publiques inadaptées face à la croissance démographique, aux évolutions des modes de vie et à la demande croissante en eau.
Lors d’une intervention sur Express Fm le 3 septembre, Rahili a noté que, malgré une amélioration des précipitations durant la saison 2025-2026 et un taux de remplissage des barrages atteignant presque 50 %, cela n’a pas suffi à garantir un approvisionnement adéquat en eau.
Un des principaux enjeux réside dans l’état des infrastructures. L’expert a souligné que de nombreuses installations de transport, de pompage et de distribution, mises en place il y a 20 à 30 ans, ne sont plus adaptées aux besoins actuels. Cette vétusté des réseaux est un facteur clé expliquant pourquoi une amélioration des ressources disponibles ne se traduit pas par une meilleure distribution de l’eau.
Rahili a également averti sur les conséquences de la dépendance excessive aux barrages, surtout dans un contexte de réchauffement climatique. Il a estimé que l’évaporation pourrait causer une perte quotidienne de 700.000 à 750.000 mètres cubes d’eau pendant les périodes de forte chaleur, aggravant ainsi la pression sur les ressources en eau. Dans ce cadre, il a plaidé pour une révision des politiques de gestion de l’eau, suggérant de diversifier les sources d’approvisionnement, de protéger les nappes phréatiques et de moderniser les réseaux de distribution. Pour lui, la construction de nouveaux barrages ne doit pas être la seule solution à la crise hydrique.
L’expert a également rappelé que la Tunisie fait face à un stress hydrique important, avec une disponibilité annuelle en eau ne dépassant pas 350 à 380 mètres cubes par habitant, alors que la moyenne mondiale se situe entre 700 et 900 mètres cubes. Il a mis en lumière le lien entre les crises de l’eau et de l’énergie, notamment dans les régions intérieures, où les coupures d’électricité peuvent entraîner l’arrêt des stations de pompage, provoquant ainsi des interruptions de l’approvisionnement en eau.
De plus, les difficultés d’approvisionnement ne se limitent plus aux zones intérieures. Des gouvernorats côtiers tels que Nabeul, Monastir, Sousse et Sfax subissent également une augmentation des coupures d’eau. Rahili a conclu que cette situation confirme que la crise hydrique est désormais une question nationale, nécessitant des mesures structurelles et urgentes plutôt que des réponses ponctuelles.
