
Textile euro-méditerranéen : La Tunisie ne renonce pas à une nouvelle synergie
Une centaine de professionnels du secteur textile euro-méditerranéen se sont récemment rassemblés à Tunis pour explorer des pistes de collaboration visant à renforcer les synergies au sein de cette filière. Dans un contexte où la compétitivité, la durabilité et la résilience sont des enjeux cruciaux, les participants ont identifié de nombreuses opportunités pour établir une chaîne de valeur plus intégrée et performante entre les pays riverains de la Méditerranée.
Les 3 et 4 septembre, Tunis a été le théâtre d’un événement majeur, organisé par la Fédération tunisienne du textile et de l’habillement (Ftth) en partenariat avec la Confédération européenne de l’habillement et du textile (Euratex). Plus de 150 industriels, provenant non seulement d’Europe mais aussi d’Égypte, du Maroc, de Turquie et de Jordanie, ont participé à cette rencontre placée sous le thème « Promouvoir une chaîne de valeur textile euro-méditerranéenne résiliente ». L’objectif principal était de renforcer la coopération régionale en tirant parti de la proximité géographique des pays méditerranéens, surtout dans un contexte mondial où le nearshoring prend de plus en plus d’importance.
Lors de l’ouverture de la conférence, le ministre par intérim de l’Industrie, de l’Énergie et des Mines, Slah Zouari, a souligné la pertinence de cet événement au regard des transformations profondes que connaît le monde. Il a évoqué les défis liés à la recomposition des chaînes de valeur, aux tensions géopolitiques, ainsi qu’aux exigences croissantes en matière de durabilité et de transition énergétique. Selon lui, la proximité entre la Tunisie et l’Europe doit être envisagée non seulement comme un atout logistique, mais comme la base d’un partenariat industriel renouvelé, axé sur la complémentarité et l’innovation.
Zouari a également affirmé que le secteur textile et de l’habillement est un pilier fondamental de l’économie tunisienne, contribuant à l’équilibre économique et social du pays. Ce secteur, qui a su faire preuve d’une résilience remarquable face aux mutations des deux dernières décennies, a généré en 2025 des recettes d’exportation dépassant les 9 milliards de dinars, représentant 16 % des exportations totales. Plus de 1 400 entreprises industrielles, soit 30 % des entreprises manufacturières, emploient environ 140 000 personnes, ce qui équivaut à 28 % de l’emploi industriel manufacturier.
Le ministre a mis en avant les atouts compétitifs du secteur, qui permettent à la Tunisie de se positionner favorablement sur le marché européen. Grâce à son savoir-faire et à la qualité de sa production, la Tunisie est en mesure de répondre à la demande croissante des segments moyen et haut de gamme.
Concernant le plan de développement 2026-2030, Zouari a souligné l’importance de l’innovation et de la transformation numérique. Ce plan vise à améliorer la compétitivité et la résilience des secteurs économiques, en intégrant des stratégies axées sur la recherche et le développement, ainsi que sur l’économie verte et circulaire. Il a précisé que l’objectif n’est pas seulement d’augmenter la production, mais de la rendre plus intelligente et créatrice de valeur.
Le ministre a également abordé les défis liés à la transition énergétique, en soulignant que le changement climatique est désormais une réalité à laquelle il faut faire face. Il a insisté sur la nécessité d’adopter des modes de consommation responsables et de développer les énergies renouvelables pour garantir la sécurité énergétique du pays. Une série de mesures à court, moyen et long termes est mise en place pour renforcer la résilience du système électrique tunisien et améliorer l’approvisionnement en électricité, notamment lors des périodes de forte chaleur.
Haithem Bouagila, président de la Ftth, a également pris la parole pour souligner que l’industrie textile se trouve à un tournant. Il a mis en avant les défis liés à la logique d’approvisionnement mondial, qui a éloigné les chaînes de valeur de la région. Selon lui, la proximité géographique, le savoir-faire industriel et l’engagement envers une production durable doivent être considérés comme des atouts stratégiques pour l’avenir.
Mario Jorge Machado, président d’Euratex, a quant à lui insisté sur l’importance de la coopération entre les acteurs du secteur. Il a présenté des chiffres illustrant les échanges entre l’Union européenne et les pays méditerranéens, soulignant que les importations de textiles en provenance de ces pays sont encore en deçà du potentiel. Il a évoqué la nécessité de développer des chaînes d’approvisionnement plus courtes et transparentes, permettant ainsi de répondre aux exigences croissantes en matière de durabilité.
En conclusion, les intervenants ont convenu que la création d’une chaîne de valeur textile euro-méditerranéenne résiliente pourrait générer des emplois de qualité et renforcer les économies des deux rives de la Méditerranée. Ils ont exprimé leur volonté de travailler ensemble pour transformer cette vision en réalité, en consolidant les liens et en mettant en commun les atouts de chaque pays.
