
Sécurité sociale : un actif pour les retraités en 2035 ?
Le professeur Hafedh Laamouri, spécialiste en droit du travail et de la sécurité sociale, a récemment exprimé des réserves quant à l’application de méthodes traditionnelles pour réformer le système de sécurité sociale dans le secteur privé. Lors de son intervention sur Diwan FM le 22 août 2026, il a souligné que des mesures telles qu’un relèvement de l’âge de départ à la retraite ou une augmentation des cotisations ne seraient pas viables, car le secteur privé ne pourrait pas supporter de charges supplémentaires. Il a également averti qu’un tel relèvement pourrait aggraver le chômage, notamment en raison de l’usure précoce que subissent certains métiers.
Laamouri a également écarté l’idée de réduire les prestations sociales ou la couverture de l’assurance maladie, arguant que ces prestations sont déjà à des niveaux trop bas pour envisager de nouvelles diminutions. Il a mis en lumière le déficit financier comme la principale raison des réformes nécessaires dans le système de sécurité sociale, une situation exacerbée par la dégradation du ratio démographique qui finance les caisses.
Actuellement, le ratio est de 2,3 actifs pour un retraité, mais il pourrait chuter à un actif pour un retraité d’ici 2035, en raison de l’augmentation de l’espérance de vie en Tunisie, qui dépasse maintenant 76 ans. Dans ce contexte, il a proposé une augmentation des cotisations de deux points dans le secteur public, répartie sur deux ans entre employeurs et employés, tout en insistant sur la nécessité d’une réforme structurelle plutôt que de simples ajustements financiers.
Parmi ses suggestions, Laamouri a évoqué la création d’une caisse unifiée des pensions, regroupant les différentes missions liées à la retraite, ainsi qu’un organisme dédié au recouvrement. Il a également plaidé pour la mise en place d’un Observatoire national de la sécurité sociale, qui aurait pour mission d’anticiper les évolutions du système et de coordonner la gouvernance entre les différentes structures concernées, afin de prévenir les déséquilibres financiers.
Concernant les retraités actuels, le professeur a voulu les rassurer en précisant que les réformes s’étendraient sur une période de 30 ans, garantissant le respect des droits acquis. Il a assuré que les mesures envisagées n’affecteraient pas le montant des pensions versées aux retraités, ni celles destinées aux veuves et orphelins. Il a également noté que les lois de finances des années 2025 et 2026 avaient déjà amorcé une diversification des sources de financement pour la sécurité sociale.
Enfin, Laamouri a salué l’initiative récente du gouvernement d’intégrer les nouvelles formes d’emploi, telles que celles des travailleurs des plateformes numériques et des services de livraison, dans le système de couverture sociale. Selon lui, élargir l’assiette des cotisants et adapter le système aux transformations du marché du travail sont des leviers cruciaux pour assurer la pérennité financière de la sécurité sociale en Tunisie.
