
Sécurité alimentaire : L’importance d’investir dans le stockage agricole
La Tunisie a travaillé depuis plusieurs années sur deux enjeux stratégiques liés à la sécurité alimentaire : la gestion de l’eau potable et le stockage des produits agricoles. Il est crucial pour l’avenir du pays de se concentrer sur ces deux aspects essentiels.
Dans le contexte socioéconomique actuel, il est impossible de minimiser l’importance de l’un des deux défis que le pays doit relever. La raison en est simple : la sécurité alimentaire ne s’achète pas, elle se construit.
La Presse — La sécurité alimentaire est l’une des priorités nationales majeures. En effet, la Tunisie accorde une grande importance à ce sujet en intensifiant ses efforts pour développer une agriculture résiliente, capable de répondre aux besoins de la population, tout en renforçant les capacités nationales de stockage. Le stockage est le maillon le plus crucial de notre chaîne alimentaire.
Cette chaîne devient une condition sine qua non pour faire face à d’éventuelles perturbations ou crises internationales. La perturbation des lignes maritimes et la hausse des prix des différents produits obligent les pays, y compris la Tunisie, à anticiper en reconstituant les stocks stratégiques de produits de première nécessité, tels que les céréales.
Cependant, ces mesures sont limitées par des contraintes structurelles persistantes. Les infrastructures de stockage restent insuffisantes, la logistique est coûteuse et les circuits de commercialisation sont souvent entachés de dysfonctionnements récurrents.
Le stockage constitue un outil de régulation conjoncturelle et une réponse durable aux faiblesses de la production agricole nationale. Il devrait permettre de conserver les récoltes dans de bonnes conditions, d’absorber les excédents de production pendant la période de moisson et de constituer une réserve stratégique régulière.
Bien que cela soit une opération logistique simple, le stockage est également un levier stratégique pour stabiliser les prix et garantir la sécurité alimentaire. Sans infrastructures de stockage adéquates, les efforts des agriculteurs peuvent être réduits.
Il permet aussi de conserver les produits alimentaires dans des conditions appropriées, afin qu’ils puissent être commercialisés progressivement, sans perte de qualité et sans rupture d’approvisionnement. Selon des médias spécialisés, « cette fonction est d’autant plus importante dans un contexte marqué par le changement climatique, les fluctuations des marchés internationaux et l’augmentation des coûts de production ».
De plus, le stockage est l’un des principaux moyens de lutter contre le gaspillage alimentaire.
D’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 13,3 % des aliments produits dans le monde sont perdus entre la récolte et la vente au détail. Ces pertes surviennent principalement lors des étapes de récolte, de manutention, de transport et de stockage.
Les fruits et légumes sont parmi les produits les plus fragiles : plus d’un quart de leur production mondiale (25,4 %) est perdu avant d’atteindre le consommateur.
Les produits d’origine animale enregistrent également des pertes significatives, estimées à 14 %, tandis que les céréales et les légumineuses présentent des pertes de l’ordre de 8,4 %.
À l’échelle mondiale, ces pertes représentent plus de 400 milliards de dollars de valeur économique chaque année, selon la FAO. Au-delà de leur impact financier, elles mobilisent inutilement de l’eau, des terres agricoles, de l’énergie et de la main-d’œuvre.
Tous les acteurs de la chaîne alimentaire tirent profit des avantages du stockage. Pour l’agriculteur, « il offre davantage de liberté dans la commercialisation de sa production. Au lieu de vendre sous la pression du temps, il peut choisir une période où les prix sont plus favorables ».
Pour les entreprises agroalimentaires, il garantit un approvisionnement régulier en matières premières, essentiel à la continuité de leur activité.
Pour les consommateurs, il assure une disponibilité plus constante des produits agricoles et limite les flambées des prix. Enfin, pour l’État, il constitue un outil stratégique de sécurité alimentaire, particulièrement en période de crise économique, climatique ou géopolitique.
La chaîne du froid permet de ralentir le développement des micro-organismes, de limiter les pertes et de prolonger la durée de conservation des produits.
Selon les experts, la construction et l’entretien de chambres froides représentent des investissements importants, difficilement accessibles pour de nombreuses exploitations agricoles, notamment les petites et moyennes fermes.
En Tunisie, « les épisodes de tension observés ces dernières années sur certains produits agricoles illustrent parfaitement les conséquences d’un stockage insuffisant. La filière de la pomme de terre en constitue un exemple révélateur ».
En effet, les difficultés rencontrées dans la gestion des stocks ont conduit à des périodes de pénurie, suivies d’une hausse significative des prix sur le marché national.
La difficulté dans le stockage pourrait ainsi « entraîner des perturbations dans la commercialisation, affecter les revenus des producteurs, influencer les décisions d’importation, provoquer des tensions sur les marchés et, au final, se répercuter directement sur le consommateur ».
Renforcer les capacités de stockage, moderniser les chambres froides, accompagner les coopératives, encourager les partenariats public-privé et développer des outils de prévision des marchés figurent parmi les leviers indispensables pour bâtir une agriculture plus résiliente.
