Plages tunisiennes : l’accès se restreint, le sable devient payant.
Chaque été, le littoral tunisien connaît des transformations avec des portions de plages aménagées, louées ou confiées à des exploitants privés pour installer des cafés saisonniers, des parasols et des espaces de restauration. Selon Boutheina, à Kram, l’occupation des plages par des structures privées a profondément modifié la relation des habitants à leur propre littoral.
Le constat : des plages de plus en plus “occupées” et des accès payants
Chaque été, le littoral tunisien connaît une transformation récurrente. Des portions de plages sont aménagées, louées ou confiées à des exploitants privés qui installent cafés saisonniers, parasols, transats et espaces de restauration. Si ces initiatives visent à organiser l’activité estivale et à améliorer les services offerts aux vacanciers, elles suscitent de plus en plus de tensions avec les citoyens, en particulier les riverains.
Sur plusieurs plages du pays, l’accès libre à la mer semble diminuer progressivement. Les zones “gratuites” sont parfois restreintes à des espaces réduits, souvent moins confortables ou surchargés. Le reste du littoral est occupé par des installations commerciales, où la présence est conditionnée à une consommation ou à une location.
Dans certains cas, les tarifs varient entre 15 et 20 dinars pour un parasol seul, et peuvent atteindre 35 à 45 dinars pour un ensemble avec parasol et table. Ces prix sont jugés élevés par de nombreuses familles, surtout dans un contexte de pouvoir d’achat limité.
“On ne peut plus accéder à la plage librement”
À Kram, dans la banlieue nord de Tunis, Boutheina décrit une situation devenue difficile à supporter au fil des étés. Selon elle, l’occupation des plages par des structures privées a profondément modifié la relation des habitants à leur propre littoral.
Dans son témoignage, elle évoque des plages bondées de parasols payants, laissant peu de place aux visiteurs non consommateurs. “Il faut payer ou ne pas s’installer”, résume-t-elle, décrivant une pression implicite qui s’installe dès l’arrivée sur le sable.
Elle précise également que certaines zones publiques sont devenues difficilement accessibles ou réduites à des portions étroites, parfois rocailleuses, loin du confort des espaces aménagés. Pour elle, même les habitants vivant à quelques mètres de la mer se retrouvent désormais contraints de payer pour en profiter.
Au-delà du coût, c’est surtout la question de l’appropriation de l’espace public qui ressort dans son discours. Elle dénonce une situation où le littoral semble progressivement “partagé entre zones privées et espaces résiduels”, limitant selon elle la liberté d’accès pour les familles.
Un modèle de gestion entre organisation et dérives perçues
Les municipalités côtières recourent chaque été à des concessions ou des autorisations temporaires accordées à des exploitants privés. L’objectif affiché est double : structurer les plages, encadrer les activités saisonnières et générer des revenus pour les collectivités locales.
Ces dispositifs permettent également l’installation de services considérés comme utiles par certains usagers : points de restauration, locations de matériel, surveillance ou entretien.
Cependant, sur le terrain, la mise en œuvre de ce modèle est souvent contestée. Plusieurs observateurs et citoyens estiment que l’équilibre entre service public et logique commerciale est parfois rompu, donnant l’impression d’une privatisation progressive de l’espace balnéaire.
La question du contrôle et de la régulation revient fréquemment dans les débats, notamment en ce qui concerne le respect de la continuité de l’accès public au littoral, principe pourtant fondamental dans la gestion des domaines maritimes.
Un débat récurrent sur le droit à la mer
Au-delà des aspects économiques et organisationnels, la controverse touche à un enjeu plus symbolique : celui du droit à la plage comme espace public ouvert à tous.
Pour de nombreux citoyens, la mer reste un bien commun qui ne devrait pas être soumis à une capacité de paiement. Le sentiment d’exclusion, même partiel, génère chaque été des frustrations, en particulier dans les zones urbaines densément peuplées du littoral.
À Kram, comme dans d’autres villes côtières tunisiennes, ce débat revient régulièrement. Il met en lumière une tension persistante entre attractivité touristique, gestion municipale et attentes sociales des habitants.
Entre nécessité d’organiser les plages, recherche de recettes locales et préservation de l’accès libre au littoral, les municipalités se heurtent à une équation complexe. Mais sur le terrain, pour une partie des citoyens, la sensation demeure la même : celle d’un espace public qui se rétrécit progressivement au profit d’usages commerciaux saisonniers.
Ce débat, chaque été, revient au centre des préoccupations et questionne la place réelle du citoyen dans son propre littoral.

