Tunisie

Phosphates : 230 millions de dollars pour relancer la CPG et sécuriser le Groupe chimique tunisien

La Commission des finances et du budget de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a validé trois projets de loi relatifs à des accords de garantie et de financement destinés à soutenir la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) ainsi que le Groupe chimique tunisien (GCT).

Ces financements, totalisant plusieurs centaines de millions d’euros et de dollars, ont pour objectif de moderniser les équipements miniers, d’améliorer la gestion des ressources hydriques, de sécuriser l’approvisionnement en matières premières et d’accompagner la restructuration de deux acteurs clés de l’économie nationale.

Réunie le 21 juillet 2026, la commission a entendu les dirigeants de la CPG et du GCT, ainsi que des représentants des ministères de l’Économie et de la Planification, et de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie.

Le premier projet examiné concerne l’accord de garantie établi entre l’État tunisien et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), relatif à un prêt de 110 millions d’euros destiné à financer le projet CAPSA porté par la Compagnie des phosphates de Gafsa.

Ce programme prévoit l’acquisition d’équipements miniers modernes, le renouvellement du parc de machines d’exploitation ainsi que l’installation d’unités avancées de filtration sous haute pression pour le traitement des eaux industrielles.

D’après les responsables de la CPG, ce projet devrait permettre d’augmenter la capacité d’extraction d’environ 30 %, tout en améliorant le taux de récupération des eaux utilisées dans les activités minières, qui devrait passer d’environ 60 % à plus de 90 %.

L’objectif affiché est double : accroître la production et réduire l’impact environnemental du secteur grâce à une meilleure gestion des ressources hydriques.

Cependant, au cours des débats, les députés ont souligné la nécessité d’accompagner ces investissements par une réforme en profondeur de la gouvernance et de la gestion de l’entreprise.

Les parlementaires ont soulevé plusieurs questions concernant la baisse de la production observée ces dernières années, l’état des équipements, les coûts d’extraction et de transformation, ainsi que l’adéquation entre les effectifs et les capacités réelles de production.

Ils ont également demandé des précisions sur l’efficacité des financements publics déjà mobilisés et sur la capacité de la compagnie à retrouver un équilibre financier durable.

En réponse aux interrogations des élus, le président-directeur général de la CPG a reconnu que l’entreprise traverse une crise structurelle, notamment en raison du recul de la production, de l’accumulation des pertes, du vieillissement des équipements et des perturbations sociales.

Il a assuré que la priorité actuelle est de rétablir progressivement le rythme de production, de réhabiliter les équipements, d’améliorer le système de transport et de revoir la gestion des ressources humaines afin d’augmenter la productivité.

Le responsable a également affirmé que les réserves de phosphate dont dispose la Tunisie permettent au secteur de retrouver sa place stratégique, soulignant que l’exportation de phosphate brut ou son importation ne constituent que des solutions temporaires.

La CPG élabore actuellement une stratégie globale de réforme fondée sur un diagnostic détaillé de ses difficultés. Cette feuille de route prévoit une augmentation progressive de la production, un rétablissement des équilibres financiers et une amélioration de la performance environnementale.

Selon la direction de l’entreprise, la mise en œuvre de cette stratégie nécessitera une période de cinq à sept ans, avec comme priorité immédiate la continuité de l’activité et le traitement des dossiers urgents.

La commission a également examiné deux projets de loi relatifs à des accords de financement conclus entre le Groupe chimique tunisien et la Société internationale islamique de financement du commerce.

Ces accords permettront de mobiliser 120 millions de dollars, destinés exclusivement à financer l’importation de soufre et d’ammoniac, deux matières premières essentielles à la production d’engrais.

Les responsables du GCT ont précisé que ces financements ne serviront pas à couvrir les dépenses courantes ni à combler le déficit financier de l’entreprise, mais uniquement à garantir la continuité de l’activité industrielle.

Ils ont souligné le rôle stratégique du groupe dans la sécurité alimentaire, la génération de devises et la préservation des emplois.

Les discussions parlementaires ont également abordé la situation financière du Groupe chimique tunisien, qui fait face à une accumulation des pertes, une baisse de production et une augmentation de son endettement.

Les députés ont appelé à accélérer les réformes liées à la gouvernance, à améliorer la transparence financière et à fournir davantage de données sur l’endettement et les créances de l’entreprise.

La situation de la Société tuniso-indienne des engrais a également été évoquée, les parlementaires plaidant pour une approche globale intégrant les dimensions techniques, financières et commerciales.

Le président-directeur général du GCT a expliqué que les difficultés actuelles ne sont pas liées à la disponibilité du phosphate, mais principalement au vieillissement des installations industrielles et à la nécessité d’investir dans leur modernisation.

Il a indiqué que la CPG et le GCT forment une chaîne intégrée et que la reprise de la production minière permettra d’améliorer l’approvisionnement du secteur chimique.

Concernant les accords de Mourabaha conclus avec l’institution financière islamique, il a expliqué qu’ils reposent sur un mécanisme d’achat puis de revente des matières premières ou équipements avec une marge bénéficiaire connue, conformément aux principes de la finance islamique.

À l’issue des débats, le projet de loi relatif à l’accord de financement de la CPG avec la BERD a été adopté à la majorité des membres présents.

Les deux projets concernant les accords de financement du Groupe chimique tunisien avec la Société internationale islamique de financement du commerce ont, quant à eux, été adoptés à l’unanimité des membres présents.

Ces approbations ouvrent la voie à la mobilisation de nouveaux financements destinés à accompagner la relance d’un secteur considéré comme stratégique pour l’économie tunisienne, mais qui fait face depuis plusieurs années à d’importants défis industriels, financiers et sociaux.

R.I