Migration irrégulière et crise sahélienne : La Tunisie ne doit pas céder à la pression régionale
La détérioration de la situation sécuritaire au Mali, marquée par la prise de la ville de Kidal par des rebelles touareg alliés à des groupes djihadistes, suscite des inquiétudes liées à la migration irrégulière en Tunisie. En janvier 2026, la Tunisie a reçu de nouveaux équipements fournis par l’Union européenne dans le cadre du Programme de gestion des frontières, visant à renforcer la surveillance terrestre et maritime du pays.
La dégradation de la situation sécuritaire au Sahel, en particulier au Mali, suscite des inquiétudes en Tunisie concernant la migration irrégulière et les menaces sécuritaires. Face à ces tensions régionales, les autorités tunisiennes renforcent la coopération internationale et les mesures de contrôle aux frontières.
La presse rapporte que la question de la migration irrégulière revient régulièrement sur le devant de la scène en Tunisie. Cela coïncide avec la détérioration dramatique de la sécurité au Mali, où des rebelles touaregs associés à des groupes djihadistes ont pris le contrôle de la ville stratégique de Kidal, au nord du pays. Les experts craignent un exode massif des habitants vers les pays du Maghreb, y compris la Tunisie.
En réponse à la détérioration de la situation au Mali, le ministère des Affaires étrangères a publié, le mardi 28 avril, un communiqué exprimant une profonde inquiétude face aux « graves attaques armées » dans plusieurs villes du Mali, y compris la capitale Bamako, qui ont causé de nombreuses victimes. La Tunisie a fermement condamné la violence armée visant ce pays africain et a réaffirmé sa solidarité avec le peuple malien, tout en rejetant toute atteinte à l’unité, à la souveraineté, à la sécurité et à la stabilité du Mali.
Cette crise, qui s’inscrit dans une instabilité plus large au Sahel, soulève des craintes d’un effet domino vers les pays du Maghreb. Dans ce contexte, certains experts ont alerté les autorités sur les menaces pesant sur la Tunisie. Ils soulignent la nécessité de rester vigilants face au risque d’infiltration d’éléments terroristes par le biais de vagues de migration irrégulière vers la rive nord de la Méditerranée, c’est-à-dire vers l’Europe.
Lors d’une récente séance à l’Assemblée des représentants du peuple, le député Yassine Mami a exprimé ses inquiétudes concernant « une situation jugée de plus en plus préoccupante » dans un contexte régional marqué par de grandes turbulences sécuritaires. Il a souligné que les migrants africains en situation irrégulière en Tunisie, en particulier ceux d’Afrique subsaharienne, représentent une source d’inquiétude.
Yassine Mami a précisé que l’intensification des troubles au Mali, des coups d’État et un recul de la stabilité nécessitent un renforcement accru pour protéger la Tunisie. La situation au Mali est désormais un facteur de pression pour l’ensemble de la région, du Sahel à l’Afrique du Nord. La Tunisie, par sa situation géographique, pourrait faire face à d’éventuelles vagues de migration massive.
Il a également souligné que la sécurité nationale ne se protège plus uniquement par la force, mais nécessite également anticipation, planification et capacité d’analyse des transformations avant qu’elles ne deviennent des crises internes. Tout en exprimant sa confiance dans les institutions militaires et sécuritaires, il a indiqué que la protection des frontières exigeait des changements qualitatifs dans les moyens de surveillance et d’anticipation, notamment en recourant aux technologies avancées et à l’intelligence artificielle.
Le député a conclu que le peuple tunisien, à la fois sur le plan officiel et populaire, est uni dans cette opinion. « La Tunisie n’est pas une terre d’installation, ne le sera pas et ne sera pas non plus un pays de transit. Toutefois, pour concrétiser cette position, il est impératif de mettre en place des mesures concrètes qui renforcent le sentiment de sécurité chez les citoyens. De plus, les discours sur les réseaux sociaux visant à banaliser l’installation illégale de migrants sont inacceptables et doivent être fermement contrôlés. »
Les autorités militaires et sécuritaires, conscientes des défis sécuritaires accrus, mettent en œuvre des actions proactives. Face aux menaces liées au terrorisme et à la migration irrégulière, elles s’engagent à renforcer leurs capacités stratégiquement en tirant avantage de la coopération internationale et de moyens technologiques modernes.
Dans cette optique, en avril 2024, les présidents tunisien, algérien et libyen se sont réunis à Tunis lors d’un sommet consultatif tripartite, annonçant une coopération renforcée, y compris la création de groupes de travail pour lutter contre la migration irrégulière et la criminalité organisée afin de sécuriser leurs frontières communes.
Cette dynamique s’est aussi traduite par la signature, en octobre dernier, d’un nouvel accord de coopération militaire entre la Tunisie et l’Algérie, élargissant leur partenariat stratégique. Cet accord, qui complète celui de 2001, s’adresse à plusieurs domaines tels que la formation, l’échange d’informations et la participation conjointe à des exercices militaires. Les deux pays insistent sur la nécessité d’une coordination accrue face aux défis sécuritaires, économiques et géopolitiques de la région, notamment pour sécuriser leurs frontières.
En janvier 2026, la Tunisie a reçu de nouveaux équipements de l’Union européenne dans le cadre de son Programme de gestion des frontières, visant à renforcer la surveillance terrestre et maritime. L’Union européenne a réaffirmé son engagement à soutenir la Tunisie avec un montant de 130 millions d’euros, destiné à améliorer la sécurité aux frontières ainsi qu’à lutter contre les réseaux de traite et de contrebande.
Depuis 2018, ce programme a permis de renforcer les capacités de la Garde nationale et des garde-côtes grâce à des équipements modernes et à des formations, contribuant à une baisse des traversées irrégulières et des pertes humaines en mer. La troisième phase du programme, en cours jusqu’en 2028, inclut le déploiement d’une infrastructure radar avancée pour optimiser la surveillance des côtes et les missions de recherche et de sauvetage.
Enfin, il convient de souligner le partenariat solide avec les États-Unis, marqué par des échanges réguliers entre responsables sécuritaires et militaires. Les discussions menées début 2026 avec les ministres de la Défense et de l’Intérieur ont notamment traité de la lutte contre le terrorisme, la cybercriminalité, les trafics et la gestion des flux migratoires.
Sur le terrain, cette coopération se concrétise par un soutien matériel considérable, y compris la livraison d’un avion militaire C-130H pour améliorer les capacités logistiques de l’armée tunisienne et de l’équipement de sécurité d’une valeur de 1,4 million de dollars pour la lutte antiterroriste. Ces initiatives illustrent une approche proactive associant partenariats internationaux et outils de contrôle sophistiqués pour protéger nos frontières.

