Tunisie

Métro de Sfax : la BAD doit trancher sur coûts, financement et investisseurs.

Le projet du métro de Sfax, attendu depuis plus de dix ans, amorce une nouvelle phase cruciale de son développement. La Banque africaine de développement (BAD) est actuellement en quête d’un bureau d’ingénieurs-conseils pour mettre à jour les études techniques, économiques et financières liées à la première tranche de la ligne T1, tout en préparant les conditions nécessaires à sa réalisation dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP).

Un avis de manifestation d’intérêt a été diffusé le 22 juillet 2026, soutenu par un don du Urban and Municipal Development Fund (UMDF) intégré à la BAD. Les candidats intéressés ont jusqu’au 17 août 2026 à 16h00 GMT pour soumettre leurs propositions.

La mission, prévue pour une durée de dix mois, va au-delà d’une simple mise à jour des études existantes. Le consultant sélectionné devra notamment évaluer la demande de transport actuelle et future, analyser la rentabilité économique du projet ainsi que sa viabilité budgétaire. Il sera également chargé de réviser les coûts d’investissement et d’exploitation, d’examiner le cadre juridique applicable et de concevoir un modèle financier permettant d’explorer divers scénarios de structuration.

Un aspect essentiel de cette nouvelle phase est le « market sounding », un processus visant à sonder le marché pour identifier de potentiels investisseurs intéressés par le projet. À partir de ses analyses, le consultant devra proposer la structure optimale du PPP et accompagner la Société du Métro Léger de Sfax (SMLS) ainsi que le gouvernement dans le choix du modèle contractuel définitif. Il devra également préparer les documents nécessaires à la procédure de mise en concurrence, incluant les dossiers d’appel d’offres et les projets de contrats.

Cette initiative fait suite à l’approbation du recours au PPP pour la première tranche de T1 par l’Instance générale de partenariat public-privé en novembre 2021, puis par le ministère des Finances en juin 2022. La BAD indique que la SMLS se prépare à lancer un appel d’offres international pour sélectionner un partenaire privé.

Le projet de « métro de Sfax » s’inscrit dans un cadre plus large de transport collectif en site propre (TCSP) pour le Grand Sfax. Il comprend principalement deux lignes de tramway et trois lignes de bus à haut niveau de service, totalisant un réseau d’environ 70 kilomètres. La première tranche de la ligne T1 s’étendra sur 13,5 kilomètres.

Ce projet revêt une importance capitale pour une agglomération où le transport collectif peine à répondre aux besoins croissants de mobilité. L’Instance générale de partenariat public-privé a noté une chute significative de la part des déplacements urbains effectués en transport public, qui est passée de 43 % à 21 % au cours des dernières décennies.

La Société du Métro Léger de Sfax (SMLS), créée en juillet 2015, est responsable du développement du réseau de transport collectif à Sfax et dans ses environs. Cependant, après onze ans d’attente, le projet n’a toujours pas débuté. En juillet 2026, le gouvernement a réaffirmé que le projet n’était pas abandonné et qu’il restait une priorité parmi les projets structurants. Les autorités ont évoqué des avancées dans les études, le déplacement des réseaux et l’acquisition des biens nécessaires, tout en précisant que le début des travaux dépendait de l’achèvement des procédures foncières, notamment les expertises et la libération de l’emprise du projet.

Le ministère du Transport avait déjà confirmé en mars 2025 la poursuite du soutien de la BAD au projet, avec l’objectif d’entamer la première phase dans les meilleurs délais.

La récente intervention de la BAD marque une étape de maturation, sans pour autant annoncer le lancement des travaux. Cette démarche vise à répondre à des questions cruciales : quel sera le coût réel du projet après actualisation des investissements et des coûts d’exploitation ? Quel modèle de PPP sera viable ? Quelle contribution l’État devra-t-il apporter ? Et surtout, quels investisseurs seront prêts à s’engager ?

Ainsi, après plus d’une décennie de retards, le défi du métro de Sfax ne se limite plus à établir un tracé ou à réaliser des études techniques, mais consiste à construire un modèle financièrement soutenable et suffisamment attractif pour passer enfin aux étapes de contractualisation et de travaux.