Tunisie

Marché du travail : Le diplôme ne suffit plus désormais !

L’accès à l’emploi pour les jeunes diplômés est devenu un véritable défi en Tunisie. Alors que le marché du travail évolue rapidement, la question de l’employabilité prend une dimension cruciale. Les récents chiffres de l’Institut national de la statistique (INS) révèlent que 26,6 % des diplômés de l’enseignement supérieur étaient au chômage au deuxième trimestre 2026, une hausse alarmante par rapport aux 22,5 % enregistrés six mois plus tôt. Ce constat met en lumière la nécessité pour les jeunes de développer des compétences supplémentaires au-delà de leur diplôme.

Dans un contexte où les attentes des recruteurs se transforment, il ne suffit plus d’avoir un diplôme. Les employeurs recherchent des candidats capables de s’adapter, d’acquérir rapidement de nouvelles compétences et de prouver concrètement leurs capacités. Wafa Laâmiri, PDG de Crit Tunisie, souligne l’importance de l’intelligence artificielle (IA) comme un levier potentiel pour améliorer l’employabilité des jeunes diplômés. Elle explique comment les nouveaux outils technologiques peuvent être utilisés pour renforcer les compétences et mieux répondre aux exigences du marché.

L’impact de l’IA sur le marché du travail est indéniable. L’« African AI Governance Index » met en avant les pays africains qui se démarquent dans l’intégration de l’IA, comme le Rwanda, qui a su développer une stratégie avancée en matière de gouvernance de l’IA. Cette dynamique souligne l’importance de l’IA non seulement pour les entreprises, mais aussi pour les jeunes en quête d’un emploi. Toutefois, il est essentiel de rappeler que l’IA ne résoudra pas à elle seule le problème du chômage. Les politiques publiques et les établissements de formation doivent également jouer un rôle clé.

Wafa Laâmiri partage l’expérience de son agence, qui a intégré un agent d’intelligence artificielle dans son processus de recrutement. Ce dispositif a permis d’améliorer la productivité de 50 % et de réduire le délai de recrutement de quatre à six semaines à seulement deux ou trois. Ce succès démontre que l’IA peut transformer le recrutement et offrir aux jeunes diplômés des outils pour mieux valoriser leurs compétences.

Les jeunes peuvent tirer parti de l’IA pour réaliser un diagnostic de leur profil, en intégrant des informations sur leurs diplômes, compétences et aspirations professionnelles. L’objectif n’est pas de laisser l’IA décider à leur place, mais de l’utiliser comme un outil d’analyse et d’orientation. Cela permet d’identifier les compétences à développer et de construire un parcours de formation adapté aux besoins du marché.

Il est crucial de passer de la simple possession d’un diplôme à la démonstration de compétences concrètes. Par exemple, un diplômé en ressources humaines peut utiliser l’IA pour acquérir de nouvelles compétences et réaliser des projets concrets, comme la conception d’un processus de recrutement assisté par l’IA. Ce type d’initiative peut faire la différence lors d’un entretien, en permettant au candidat de présenter des compétences pratiques et des réalisations tangibles.

Wafa Laâmiri insiste sur plusieurs compétences clés à développer dans ce contexte. La maîtrise des outils d’intelligence artificielle est primordiale. Les jeunes doivent non seulement connaître ces outils, mais aussi savoir les utiliser efficacement dans leur travail. De nombreuses formations, gratuites ou certifiantes, sont disponibles pour les aider dans cette démarche. Par ailleurs, la capacité d’analyse et l’esprit critique restent essentiels, car l’IA produit des résultats qui doivent être vérifiés et interprétés.

La capacité à démontrer ce que l’on sait faire devient également cruciale. Les recruteurs cherchent des candidats capables d’identifier des problèmes et de proposer des solutions concrètes. Les projets et réalisations prennent ainsi de l’importance dans l’évaluation des candidats. Cependant, cela ne signifie pas que les qualités humaines, telles que la communication, la créativité et l’intelligence relationnelle, perdent de leur valeur. Au contraire, ces compétences deviennent de plus en plus précieuses à mesure que la technologie progresse.

Enfin, l’adaptabilité et l’apprentissage continu apparaissent comme des compétences fondamentales dans un monde professionnel en constante évolution. Les jeunes doivent apprendre à s’adapter aux changements rapides du marché et à développer une culture de l’apprentissage tout au long de leur carrière. Le diplôme, bien qu’important, ne doit pas être considéré comme une fin en soi, mais comme un tremplin vers une carrière dynamique.

À l’ère de l’intelligence artificielle, il est essentiel de se concentrer sur ce que l’on peut apporter à une entreprise, en utilisant l’IA comme un outil d’accompagnement. La véritable valeur ajoutée réside dans la capacité à apprendre, à analyser et à s’adapter. Wafa Laâmiri encourage donc les jeunes à ne pas se limiter à leur diplôme, mais à développer leurs compétences et à démontrer concrètement ce qu’ils savent faire.