
Marché des IPO en Tunisie : Les secrets du rebond
La Bourse de Tunis, malgré un ralentissement des introductions en bourse (IPO) ces dernières années, présente un bilan positif pour la période 2008-2025, avec 41 IPO contre seulement 16 sorties. L’année 2026 pourrait marquer un tournant significatif pour le marché, entre défis à relever et nouvelles opportunités à saisir.
Une étude récente de la Bourse de Tunis analyse l’évolution du marché des IPO en Tunisie, en mettant en lumière les conditions nécessaires à sa relance. Cette étude examine divers aspects, tels que le nombre d’introductions, le renouvellement de la cote, les modalités d’introduction choisies par les entreprises et le profil des sociétés cotées. Elle aborde également les limites structurelles du marché et ses perspectives d’avenir.
L’étude révèle que, sur la période étudiée, le rythme des introductions a connu un net ralentissement, particulièrement après 2017, malgré un pic d’activité en 2012 et 2013. En moyenne, seulement 2,3 IPO ont été réalisées chaque année, avec une chute notable à partir de 2017, où le rythme est tombé à environ une opération par an. L’année 2025 a toutefois marqué une reprise, avec l’admission de BNA Assurances, après deux années sans aucune introduction.
Concernant les sorties, 16 ont été enregistrées entre 2008 et 2025. Ces sorties ne sont pas nécessairement le reflet de difficultés financières, car 56 % d’entre elles résultent de fusions-acquisitions ou de retraits volontaires. En analysant la comparaison entre IPO et sorties, l’étude conclut que la Bourse de Tunis a connu une évolution favorable, surtout par rapport à d’autres places boursières internationales où le nombre de sociétés cotées diminue.
L’analyse des introductions montre que le marché principal a accueilli 27 des 41 IPO, tandis que le marché alternatif, réformé en 2019, n’a pas enregistré de nouvelles introductions depuis. Cette réforme a transféré les sociétés vers le marché principal, laissant le marché alternatif réservé aux investisseurs avertis. L’étude suggère une réflexion sur les conditions nécessaires pour relancer ce segment et son rôle dans le financement des PME.
En ce qui concerne les modalités d’introduction, l’étude souligne un manque de diversité, avec 93 % des IPO réalisées par le biais d’une offre à prix ferme, privilégiée pour sa simplicité. L’offre à prix ouvert peine à s’imposer, en raison de la faible participation des investisseurs institutionnels, tandis que l’inscription directe reste rare.
Les secteurs représentés à la cote incluent la santé, l’agroalimentaire et les services financiers, avec une forte présence du secteur de la distribution. Cependant, l’absence de secteurs clés comme les télécommunications et l’énergie est notable, ces derniers ayant le potentiel d’attirer de nouveaux investisseurs.
Les IPO sont principalement orientées vers le financement de la croissance, avec 49 % des opérations de cash in. Les 10 plus importantes IPO ont permis de lever 927 millions de dinars, représentant près des deux tiers des fonds levés durant la période. L’étude met en avant que l’attractivité des opérations influence directement le nombre de souscripteurs.
Malgré le ralentissement, l’étude conclut que le marché tunisien des IPO conserve un potentiel de développement. Des leviers tels que l’élargissement de la cote à de nouveaux secteurs, le renforcement de la présence d’investisseurs institutionnels et la redynamisation du marché alternatif sont essentiels pour revitaliser l’activité.
Les enjeux futurs ne se limitent pas à l’augmentation des introductions, mais concernent aussi la capacité du marché à maintenir durablement les sociétés cotées, grâce à une liquidité suffisante et un environnement attractif. L’étude avertit que la suppression, en 2025, de l’avantage fiscal pour les sociétés s’introduisant en bourse pourrait affecter la dynamique des introductions dans les années à venir.
En somme, l’année 2026 pourrait offrir une réelle opportunité pour relancer les IPO, soutenue par une liquidité abondante, une baisse des taux d’intérêt et une stabilisation de l’inflation. La Bourse de Tunis pourrait ainsi renforcer son rôle dans le financement de l’économie, à condition d’implémenter des réformes visant à améliorer l’attractivité et la profondeur du marché financier.
