Tunisie

« Labes » de Selim Ben Safia et Nadia Kaabi-Linke : une mémoire dansée

Ce soir, place à la danse contemporaine et engagée à l’amphithéâtre de Hammamet, avec Selim Ben Safia et son spectacle « Labes », consacré à la mémoire du « Quartier maghrébin de Jérusalem », disparu en 1967. Ce soir, le 20 juillet 2026, aura lieu le live de « Gnawa Diffusion » au Festival International de Hammamet, édition 60, sous le slogan « Endless Memories ».


Ce soir, l’amphithéâtre de Hammamet accueille un spectacle de danse contemporaine et engagée. Cet événement se distingue des autres, car il représente la seule soirée entièrement dédiée à la danse. Selim Ben Safia présente son œuvre « Labes », un spectacle scénique et conceptuel, enrichi par la contribution de l’artiste conceptuelle Nadia Kaabi-Linke.

Cinq chorégraphes investissent la scène, créée de manière à ce que le public se questionne et puisse librement interpréter la performance. Un univers mêlant musique, danse contemporaine et concepts maîtrisés se dévoile, captivant les spectateurs venus découvrir une performance de 50 minutes interprétée par Malek Zoueidi, Ilyes Triki, Mohamed Aissaoui, et Romane Piffault, avec une musique signée Marine-Suzanne de Loye et Hazem Berrabeh.

Ce spectacle est un voyage dans l’histoire. Il éclaire un passé pour mieux appréhender le présent. « Labes », qui évoque le mot tunisien, ne se présente pas comme une question mais comme une affirmation. Le spectacle fait référence au « Quartier maghrébin de Jérusalem », disparu en 1967. Les interprètes expriment cet oubli, redessinant une mémoire collective précieuse et faisant écho aux douleurs et aux fragments de mémoire. La scène retrace ce quartier avant sa destruction, et les cinq danseurs retracent des vies fragiles, des récits personnels brisés afin d’opposer un rempart à l’oubli. Le langage corporel prend ici davantage de puissance que les discours et les mots.

Les chorégraphes possèdent des connaissances artistiques variées et promeuvent diverses formes de danse. « J’ai voulu intégrer un élément sur scène qui transforme et revisite l’espace. En pleine recherche à Berlin, j’ai découvert le travail de Nadia Kaabi-Linke qui m’a encouragé à mener à bien cette collaboration », déclare Selim Ben Safia avant le spectacle. Il précise encore : « La thématique de la résilience et de la résistance à l’oubli m’a immédiatement évoqué l’extinction de l’ancien Quartier maghrébin, régulièrement désigné comme « Haaret el Maghariba », qui s’établissait dans l’ancien Jérusalem. J’ai appris l’existence de ce quartier en 2017 et ma première rencontre avec Selim Ben Safia a eu lieu deux ans plus tôt, en plein génocide. Ce quartier, qui a existé au 12ème siècle sous Salaheddine El Ayoubi, accueillait des maghrébins en pèlerinage à la Mecque, selon des sources coraniques. Pendant plus de sept siècles, jusqu’à son effacement total en 1967, ce quartier a porté un nom bien mérité mais reste méconnu. Ces événements m’ont marqué et se sont manifestés à nouveau. Ils relient une mémoire commune à deux peuples, la Palestine et, plus précisément, la Tunisie et le Maghreb. Ce travail résonne avec la résistance palestinienne et l’actualité actuelle », explique Nadia Kaabi-Linke.

Chaque chorégraphe présente sa propre forme de résistance, en tissant des récits qui donnent vie à une mémoire collective, liée à l’existence de cette cité historiquement riche, mais désormais oubliée. « Labes » est une célébration de la résistance, offrant un travail de mémoire qui se distingue tant sur le plan visuel que musical.

Ce soir, le 20 juillet 2026, le public attend avec impatience le live de « Gnawa Diffusion », lors du Festival International de Hammamet. La 60ème édition se déroule sous le slogan « Endless Memories », plaçant la mémoire au cœur de toutes les préoccupations.