
La Tunisie et le débat sociologique mondial : du local au global.
L’ouvrage collectif intitulé “Theory Reimagined: Voices of Sociologists from Around the World”, publié en 2025, s’inscrit dans une démarche visant à décoloniser la théorie sociologique. Ce projet ambitieux donne la parole à des chercheurs provenant d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et d’Europe de l’Est, tout en remettant en question la prééminence des théoriciens euro-américains.
La Tunisie, à travers cette publication, se positionne comme un acteur incontournable dans le paysage des sciences sociales. En effet, des chercheurs tunisiens, dont Mounir Saidani, apportent une perspective unique qui allie une compréhension profonde des réalités locales à une volonté d’engagement dans le dialogue international. Cette contribution tunisienne représente une avancée significative : elle témoigne d’une sociologie capable de remettre en cause les paradigmes dominants et d’enrichir les débats théoriques à l’échelle mondiale.
Mounir Saidani, éminent sociologue, se distingue par son analyse des transformations sociales dans le contexte postcolonial. Dans son chapitre intitulé « Social Change and Shifts in Sociology in Tunisia », il explore l’évolution de la sociologie en Tunisie, oscillant entre l’héritage colonial et le désir d’une pensée autonome. Saidani plaide pour une décolonisation intellectuelle, soulignant l’importance de développer une sociologie qui s’ancre dans les réalités tunisiennes, tout en dépassant les modèles importés du Nord.
Il met également en avant les défis que représente la traduction des concepts locaux en anglais, et défend une sociologie émancipatrice, inspirée par bell hooks, qui puisse véritablement refléter les dynamiques sociales du pays et enrichir le débat mondial.
L’apport de Saidani ne se limite pas à une simple perspective nationale ; il s’inscrit dans un échange global. En soulignant les spécificités tunisiennes, il incite les chercheurs occidentaux à s’intéresser aux réalités du Sud et encourage les sociologues maghrébins à valoriser leurs propres traditions intellectuelles. Son intervention s’harmonise avec celles de collègues d’autres régions, comme le Brésil, l’Inde ou l’Éthiopie, qui interrogent à leur tour les limites des théories dominantes et proposent des alternatives ancrées dans leurs contextes respectifs.
Ainsi, Mounir Saidani émerge comme un acteur central du débat international sur l’avenir de la sociologie. Son chapitre ne se contente pas de retracer l’évolution de la sociologie tunisienne ; il interpelle la communauté scientifique mondiale sur l’importance de reconnaître et d’intégrer les savoirs issus du Sud. En mettant en lumière la sociologie tunisienne, il rappelle que les sciences sociales doivent être envisagées à travers une pluralité de voix et d’expériences.
