Tunisie

La diaspora tunisienne, force silencieuse au service de la mère patrie : Portrait d’une communauté dispersée (1ère partie)

La diaspora tunisienne, constituée par les Tunisiens vivant à l’étranger, est le fruit d’un important mouvement migratoire vers le nord de la Méditerranée, amorcé après l’indépendance du pays en 1956. Ce phénomène a été accentué dans les années 1960 et 1970 par des conditions économiques favorables dans certains pays européens, entraînant un afflux de migrants. Au début des années 1980, la communauté tunisienne a connu une croissance significative, notamment en France, où plus de 22 000 régularisations ont été effectuées.

D’après les dernières statistiques de l’Office des Tunisiens à l’étranger (OTE), la diaspora tunisienne compte actuellement plus de 1,8 million de membres, majoritairement en Europe. Cependant, ce chiffre pourrait être sous-estimé, car les données consulaires ne reflètent pas toujours la réalité des immatriculations. Parmi les Tunisiens faiblement enregistrés, on trouve notamment la troisième génération en France, où une personne sur dix pourrait ne pas être immatriculée, ainsi que les enfants de couples mixtes. De plus, de nombreux sans-papiers, particulièrement en Italie, échappent également à cette comptabilisation.

Environ 970 000 Tunisiens, soit 54 % de la diaspora, résident en France, où ils constituent l’une des plus grandes communautés étrangères. La majorité d’entre eux détient la double nationalité et se concentre dans les grandes villes, avec 40 % à Paris, 12 % à Lyon et 8 % à Marseille. D’autres pays européens, tels que l’Italie avec environ 270 000 Tunisiens et l’Allemagne avec près de 140 000, accueillent également des communautés significatives, suivies par la Belgique, le Luxembourg et le Royaume-Uni. En outre, des communautés tunisiennes notables se trouvent dans des pays du Maghreb, du Moyen-Orient, ainsi qu’au Canada, qui abrite plus de 45 000 Tunisiens, et aux États-Unis, où la population tunisienne est en augmentation.

Depuis le 14 janvier 2011, un grand nombre de Tunisiens, dont beaucoup font partie de l’élite dans divers domaines tels que l’économie et l’éducation, ont quitté leur pays non pas par opposition au changement, mais pour poursuivre de nouvelles ambitions. Ils se sont installés à travers le monde, cherchant des opportunités de réussite. Cette diaspora, qu’elle soit récente ou ancienne, possède des compétences précieuses qui pourraient être mises au service de la Tunisie, qui leur a tant donné.

Il est donc crucial que les autorités tunisiennes prennent des mesures pour identifier et mobiliser ces talents, en les incitant, ainsi que leurs contacts dans les pays d’accueil, à revenir en Tunisie pour créer des entreprises et investir. Une attention particulière doit être accordée à cette élite, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, afin de les encourager à promouvoir des projets en Tunisie, profitant des incitations offertes par le Code des investissements.

Des experts en émigration soulignent que l’élite de la diaspora opère souvent dans des secteurs innovants, comblant ainsi les lacunes en matière de ressources humaines dans les pays développés. Ils distinguent entre les membres les plus qualifiés ayant quitté leur pays pour des raisons politiques et ceux qui émigrent aujourd’hui pour d’autres motifs. Par exemple, les migrants d’Asie du Sud et du Sud-Est jouent un rôle essentiel dans les entreprises des pays industrialisés, notamment dans les technologies de l’information et la recherche.

Un expert a également noté que les professionnels africains en Europe et en Amérique du Nord font face à des défis, notamment l’absence de structures de contact avec les autorités de leur pays d’origine. Il est essentiel de créer un environnement accueillant permettant aux diasporas de valoriser leurs compétences, tout en évitant de générer des tensions entre elles et ceux restés au pays.

Chaque diaspora a ses spécificités qui doivent être reconnues pour établir des liens productifs avec leur pays d’origine. Les membres désireux d’investir ou de revenir ne doivent pas être perçus comme une menace. En Afrique, les pays qui réussissent à attirer leur diaspora sont ceux qui favorisent la double nationalité et instaurent un cadre de gouvernance transparent. Il est important de ne pas considérer les membres de la diaspora comme de simples sources de financement, car les transferts d’argent vers leur pays d’origine sont des fonds privés.

Les contributions des diasporas en matière d’investissement et de développement doivent être volontaires et libres. Les membres d’une diaspora ne pourront pas être productifs dans leur pays d’origine s’ils n’y trouvent pas de relais ou de réseaux de soutien. Ils doivent pouvoir faire confiance à des personnes et des structures lorsqu’ils souhaitent investir leurs ressources. À l’intérieur des diasporas, il est également nécessaire de créer des cadres facilitant les rencontres et l’identification de secteurs d’investissement prometteurs.

Le rôle des consulats et des chancelleries est crucial dans ce contexte. Les initiatives isolées ont souvent peu de résultats. La notion de codéveloppement, bien que critiquée par le passé, commence à être reconnue comme un concept viable, notamment au Mali et au Maroc, où les migrants peuvent investir dans des microprojets et des petites entreprises.

Tout en encourageant la diaspora à investir, il est essentiel de rester réaliste quant aux risques d’échec. Un réseau de soutien doit être établi pour accompagner ces initiatives. En investissant dans leur pays d’origine, la diaspora peut agir comme un catalyseur, signalant aux entreprises de leurs pays d’accueil que la Tunisie est stable et propice à l’investissement.

Face à la pauvreté dans les zones rurales, il est légitime de se demander comment la diaspora peut soutenir la création d’entreprises exploitant les ressources naturelles et agricoles. Mme Wanja Michuki, fondatrice de la Highland Tea Company au Kenya, souligne que les membres des diasporas, souvent mieux informés, peuvent tirer parti des cadres commerciaux préférentiels offerts par les pays riches aux pays en développement. Elle évoque l’Accord commercial préférentiel pour les opportunités de croissance (Agoa) des États-Unis, notant que de nombreux pays africains n’en bénéficient pas en raison d’un manque de capacités humaines et d’investissements.

Ces accords visent à développer un secteur privé capable de valoriser les produits locaux et de créer des emplois. Ils offrent aux diasporas et à leurs gouvernements d’origine un cadre de coopération fructueuse, alliant expertise et investissements, tout en favorisant un environnement propice à l’accueil d’investissements étrangers directs.