Tunisie

Intelligence artificielle : Accélérateur incontournable des infrastructures numériques

La Tunisie se trouve à un moment charnière de son développement, avec l’opportunité de capitaliser sur son potentiel solaire pour se positionner en tant que leader dans le secteur numérique. Amir Ben Gacem, Co-Founder et CEO de Solecrypt, souligne que la transformation de cette ressource en un atout compétitif pourrait faire de la Tunisie un carrefour numérique entre l’Afrique et l’Europe. Cependant, pour réaliser cette ambition, le pays doit surmonter des défis liés à ses infrastructures énergétiques et à son cadre réglementaire.

Le pays est confronté à un déficit énergétique qui limite sa capacité à s’imposer sur le marché numérique. Ben Gacem insiste sur l’importance de développer des infrastructures capables de convertir l’énergie solaire en électricité utilisable à grande échelle. L’idée est de transformer cette énergie en actifs numériques et en puissance de calcul, à l’instar de ses exportations traditionnelles comme l’huile d’olive. Pour ce faire, il est crucial de renforcer les connexions en fibre optique, et la Tunisie bénéficie déjà de trois câbles sous-marins, ce qui lui confère un potentiel intéressant. Toutefois, la création d’un écosystème complet est indispensable pour concrétiser cette vision.

Des travaux sont en cours pour établir des infrastructures dans certaines régions, avec la construction d’un centre de données prévue dans un délai de 12 à 18 mois. Cette initiative s’inscrit dans une volonté de déploiement rapide, tout en respectant des normes techniques rigoureuses, similaires à celles requises dans des secteurs sensibles comme la santé. En pratique, la construction d’unités énergétiques peut être réalisée en environ un an, ce qui est compétitif à l’échelle internationale.

La Tunisie aspire à devenir un « microprocesseur » à l’échelle mondiale, en s’appuyant sur son expérience passée dans l’industrie 3.0, notamment dans les années 1970 et 1980. Le pays a déjà démontré sa capacité à établir des zones industrielles efficaces, reliant ports et aéroports. Cette expertise pourrait être répliquée dans le secteur numérique, en intégrant davantage les énergies renouvelables. Les défis principaux incluent l’amélioration du cadre réglementaire et le développement de réseaux de fibre optique, qui sont essentiels pour soutenir la puissance de calcul.

Ben Gacem souligne également que la proximité géographique de la Tunisie avec l’Europe, notamment avec une latence d’environ 10 millisecondes, constitue un atout stratégique. Cela permet des échanges plus rapides qu’avec des destinations plus éloignées. En s’appuyant sur ses infrastructures existantes, comme le câble Medusa, l’un des plus avancés au monde, le pays peut se positionner comme un acteur clé dans le domaine numérique.

Malgré quelques occasions manquées dans le secteur des énergies renouvelables, la Tunisie a encore une chance de briller dans le domaine de l’intelligence artificielle et de l’économie numérique. Selon Ben Gacem, le temps est un facteur déterminant, et il est impératif d’agir rapidement pour saisir cette opportunité de transformation.