Tunisie

Feryel Lakhdar témoigne : Un jour comme un oiseau.

Feryel Lakhdar a présenté une exposition d’art de la table durant trois journées, comprenant deux ensembles de plats et objets, caractérisés par une série florale à dominante bleu et vert, et une seconde gamme inspirée par des roses de douceurs. Leyla Saadallah, en tant que technicienne du projet, a collaboré pour maintenir un équilibre entre la liberté artistique de Feryel Lakhdar et la rigueur technique nécessaire à la réalisation des pièces.


Feryel continue de se réinventer et d’explorer de nouvelles avenues, présentant une série de sculptures ainsi qu’une collection de tableaux médaillons où la toile devient capiton et acquiert relief et profondeur.

La Presse — C’est à partir d’un poème d’Aragon que l’oiseau s’est envolé vers l’atelier de Feryel Lakhdar. Il s’y est rapidement acclimaté, découvrant un savant mélange de genres et de styles dans cet atelier-maison au charme désuet, avec de jolies collections d’objets où l’oiseau retrouvait plusieurs similitudes, comme un moineau en Lalique, des colombes amoureuses en porcelaine, et des cacatoès exotiques. L’oiseau a donc pris place dans l’imaginaire de l’artiste, d’autant plus qu’Aragon affirmait qu’il annonçait « un temps où les gens s’aimeront ».

C’est de cette manière que l’aventure a commencé. Elle a duré plus d’un an, durant lequel l’artiste a tenté d’apprivoiser cet oiseau fugace, souvent en dehors des formes qu’elle souhaitait lui donner dans l’art de la table qu’elle souhaitait créer. Oiseau indomptable, fantasque et primesautier, il acceptait de se poser sur le marli d’une assiette, mais plus difficilement sur le bord d’une tasse.

Tandis que les plats à servir à la générosité ample se prêtaient à son imagination, les plats à cake et les assiettes à pain lui demandaient un effort de concentration et de stylisation qu’il n’acceptait qu’en échange d’éclats de dorure et d’une explosion de couleurs. Feryel Lakhdar a donc laissé libre cours à sa créativité, tandis que sa collaboratrice Leyla Saadallah, en tant que technicienne du projet, imposait des limites et des contraintes nécessaires.

Cette équipe féminine performante, soutenue par la commissaire d’exposition Leila Sellami, a présenté récemment, pendant trois jours trop brefs, une superbe exposition d’art de la table. Feryel Lakhdar, qui y signait son cinquième service et dont le talent et le brio se renouvellent constamment, a conçu deux ensembles de plats, d’objets et de bougies, en deux gammes de couleurs différentes : une série florale, végétale, avec des dominantes de bleu et de vert, et une seconde, une digression gourmande vers des roses de douceur.

Pour réaliser ces créations, de nombreux dessins ont été réalisés, si variés que l’artiste elle-même en perd le compte après tant de mois de préparation. Leyla Saadallah, qui collabore pour la troisième fois avec Feryel, maîtrise parfaitement le processus et l’équilibre à maintenir entre la liberté de l’artiste et la rigueur technique nécessaire, car il est rare de concevoir un service avec autant de couleurs.

De plus, Feryel continue d’explorer de nouvelles pistes en présentant un ensemble de sculptures ainsi qu’une collection de tableaux médaillons où la toile se fait capiton, acquérant relief et profondeur. L’inspiration, qu’elle a découverte plus tard, est née d’une petite reproduction d’un tableau de Greuze dénichée dans une brocante, représentant dans un cadre ovale une jeune fille tenant un oiseau. « C’est incroyable le nombre de choses inconscientes qui entrent en jeu dans le processus de création. »

Elle évoque surtout la poésie, la liberté et l’espoir de temps meilleurs chantés par Aragon. « Sur la surface lisse et immaculée de la porcelaine, j’ai tenté de déposer ce vœu pieux, ces fragments d’un paradis dont je cherche les signes dans la beauté des petites choses. Les dessins, les peintures et les sculptures que ce poème m’a inspirés ne sont rien d’autre qu’une longue, longue et patiente incantation au bonheur. »