Augmentations salariales : un expert note « jusqu’à 40 % absorbés par les prélèvements »
Les augmentations salariales récemment annoncées en Tunisie portent sur les salaires bruts et ne se traduisent pas nécessairement par une amélioration significative du revenu net des salariés, selon le conseiller fiscal Anis Ben Saïd. Il a également pointé des disparités entre les secteurs public et privé, notamment en matière de fiscalité et de mécanismes de prélèvement.
Les récentes augmentations salariales annoncées en Tunisie concernent les salaires bruts, mais ne garantissent pas une amélioration significative du revenu net des salariés, a prévenu le conseiller fiscal Anis Ben Saïd.
Lors d’une intervention sur Express Fm, l’expert a indiqué que ces hausses sont directement soumises aux cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu, ce qui réduit considérablement le gain réel perçu par les employés.
D’après lui, dans le secteur privé, les salariés supportent un prélèvement d’environ 9,68 % au titre des cotisations sociales, auquel s’ajoute une imposition progressive selon les tranches de revenus. Une augmentation brute de 5 % peut ainsi n’entraîner qu’une hausse nette d’environ 4 %, voire moins. Dans certains cas, les prélèvements peuvent atteindre jusqu’à 40 % de la valeur de la hausse.
Le fiscaliste a de plus souligné les disparités entre les secteurs public et privé, en particulier en matière de fiscalité et de mécanismes de prélèvement. Il a mentionné des imprécisions possibles dans l’application du prélèvement à la source dans la fonction publique, ce qui pourrait induire des régularisations lors de la déclaration annuelle.
Dans ce contexte, il a insisté sur l’importance pour tous les salariés de faire leur déclaration annuelle de revenus, même en cas de prélèvement à la source, afin d’éviter des arriérés fiscaux. Il a rappelé que le contrôle fiscal peut s’étendre jusqu’à dix ans en cas de non-déclaration.
Sur le plan économique, Anis Ben Saïd considère que ces augmentations, dans un contexte d’inflation élevée et de croissance limitée, auront un impact réduit sur le pouvoir d’achat. Selon lui, sans amélioration de la production, la hausse des salaires pourrait stimuler la consommation et exercer une pression supplémentaire sur les prix, surtout dans une économie fortement dépendante des importations.
Il a également averti que ces revalorisations salariales pourraient augmenter les charges des entreprises privées, engendrant des conséquences possibles sur l’emploi et l’investissement.
Par ailleurs, le conseiller fiscal a souligné les disparités concernant les retraites entre les secteurs public et privé, précisant que les pensions peuvent atteindre jusqu’à 90 % du dernier salaire dans le public, contre environ 80 % dans le privé, souvent plafonnées.
Il a critiqué le maintien de l’imposition sur les pensions de retraite malgré la baisse des revenus, tout en soulignant que certains retraités étrangers bénéficient d’importants avantages fiscaux, notamment une réduction pouvant atteindre 80 % lors du transfert de leurs pensions en devises.
Anis Ben Saïd a également appelé à une réforme globale et profonde du système fiscal tunisien, visant à renforcer l’équité entre les contribuables, à simplifier les procédures, à améliorer le recouvrement et à mieux aligner les augmentations salariales sur la croissance économique réelle, afin d’en assurer un impact durable sur le pouvoir d’achat et l’économie nationale.

