Belgique

L’ère de l’économie de l’abonnement : des services qui emprisonnent notre quotidien

1. L’augmentation spectaculaire de plaintes auprès du SPF Économie démontre qu’aujourd’hui, ces abonnements sont partout dans divers domaines, allant des services de musique et de vidéo aux applications de stockage dans le cloud.

2. L’économie de la souscription change le modèle économique des entreprises en alignant les intérêts des vendeurs et des clients, où chacun bénéficie lorsque le service fonctionne de manière optimale.


Il est indéniable que l’augmentation considérable des plaintes déposées auprès du SPF Économie illustre la présence omniprésente des abonnements dans notre vie quotidienne. Après une séance à la salle de sport à laquelle vous êtes abonné, vous prenez le bus ou un véhicule partagé, également sous contrat. En chemin, vous écoutez Spotify et, une fois rentré chez vous, vous regardez Netflix tout en savourant un repas HelloFresh, livré chaque semaine.

Ensuite, vous devez encore utiliser des logiciels dont vous ne possédez pas la licence, mais pour lesquels vous réglez un montant chaque mois. S’ajoutent à cela la facture de téléphone, l’abonnement TV, et le stockage de vos photos dans le cloud. Il est désormais possible de s’abonner à presque tout, ce qui, pour certaines familles, peut représenter des centaines d’euros chaque mois. Cet argent s’évapore de votre compte dès le premier jour du mois, rendant ainsi difficile la gestion des achats suivants.

## Les abonnements à tout va : un glissement vers la servicisation de l’économie

La distinction majeure entre un achat unique et un abonnement récurrent réside dans l’automaticité, entraînant ainsi une perte de contrôle sur son budget. Lorsqu’un mois s’avère un peu plus difficile sur le plan financier, on peut choisir de renoncer à une sortie ou à un restaurant. En cas de travaux à effectuer à la maison, on peut décider de reporter ses vacances ou d’opter pour une destination moins lointaine. Pour le paiement des assurances, il se peut que l’on attende avant d’acheter un nouvel vêtement.

Les dépenses considérées autrefois comme secondaires, que l’on pouvait ajuster selon son budget, sont désormais des engagements financiers fixes et inévitables. Ce phénomène, désigné sous le terme de servicisation de l’économie, signifie que l’on ne paie plus pour posséder un bien (comme une voiture), mais pour en faire usage, pour bénéficier d’un service (comme se déplacer). Cela s’applique non seulement aux services numériques, mais également à des abonnements pour des vélos, des machines à laver ou des vêtements, touchant ainsi tous les secteurs économiques.

## L’industrie prend goût aussi au phénomène

Dans l’industrie, historiquement orientée vers la vente de machines, de pièces et de matières premières, les services représentent de plus en plus une source de revenu majeur. Par exemple, Rolls Royce, un fabricant de moteurs d’avion, privilégie maintenant la fourniture de moteurs aux compagnies aériennes, leur facturant l’utilisation à l’heure de vol, tout en prenant en charge la maintenance, les pièces de rechange et les techniciens.

Dans des secteurs tels que la défense, l’agriculture ou les véhicules de chantier, des abonnements à des services sont proposés. Bien que le véhicule lui-même soit toujours vendu, il est de plus en plus connecté. Par conséquent, le fabricant propose désormais des abonnements pour les logiciels de fonctionnement, les mises à jour, la maintenance prédictive (qui permet d’anticiper des pannes grâce à des capteurs et un monitoring à distance), ainsi que le suivi de flotte et des données GPS.

## Un modèle économique qui s’aligne sur les vendeurs et consommateurs

L’économie de la souscription dépasse donc largement le cadre du streaming que nous connaissons déjà. Elle modifie en profondeur les modèles économiques des entreprises, les incitant à revoir leurs sources de revenus. Payer pour un service ou un résultat plutôt que pour un objet aligne les intérêts des vendeurs et des clients. Que ce soit pour un moteur d’avion ou une machine à laver, dans le cadre de la vente, le vendeur a tendance à privilégier l’obsolescence programmée. En optant pour un abonnement, les deux parties ont intérêt à garantir un fonctionnement optimal et durable, chaque partie profitant lorsque l’avion est en vol ou la machine à laver dure des années sans nécessiter de réparations. Cela modifie par conséquent la logique économique.