Tunisie

Agriculture : la Tunisie ne tarde pas à réformer pour 2026-2030

La cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzri, a présidé mercredi 15 avril 2026 un conseil ministériel restreint consacré au suivi de l’exécution des programmes issus de la stratégie nationale de développement des systèmes agricoles. Elle a souligné que les systèmes agricoles constituent un levier stratégique de souveraineté nationale et un pilier de la sécurité alimentaire.

Sarra Zaafrani Zenzri, cheffe du gouvernement, a dirigé un conseil ministériel restreint mercredi 15 avril 2026, consacré au suivi de l’exécution des programmes de la stratégie nationale de développement des systèmes agricoles. Les discussions ont principalement porté sur l’accélération des réformes structurelles nécessaires pour renforcer la sécurité alimentaire, assurer la souveraineté hydrique et améliorer la résilience du secteur face aux chocs internationaux.

Lors de l’ouverture de la réunion, la cheffe du gouvernement a souligné que l’agriculture est “une composante de la sécurité nationale”, appelant à un soutien des filières végétales et animales, à leur renforcement et à la reconstitution du cheptel national de bovins et d’ovins. Elle a également insisté sur l’amélioration des capacités de stockage afin de limiter l’impact de la volatilité des marchés mondiaux et des perturbations des chaînes d’approvisionnement, dans le but de consolider la souveraineté alimentaire.

Dans cette optique, elle a mis en avant l’importance de garantir la sécurité hydrique par l’adoption de techniques d’agriculture intelligente et économes en eau. Elle a rappelé que le secteur agricole représente un pilier essentiel de l’économie et du tissu social, avec près de 10 % du PIB, 13 % des exportations, 14 % de l’emploi total et environ 70 % des moyens de subsistance des populations rurales. Elle a appelé, conformément aux orientations du président de la République Kaïs Saïed, à lever les obstacles rencontrés par les petits agriculteurs, en affirmant que le renforcement des capacités productives du secteur est “un choix stratégique national irréversible”.

Le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzedine Ben Cheikh, a présenté un exposé détaillé sur les performances du secteur entre 2021 et 2025, ainsi que sur les contraintes structurelles, les défis majeurs et les opportunités. Il a également partagé la vision stratégique pour 2026-2030, axée sur une agriculture inclusive, durable et garantissant la sécurité alimentaire et hydrique.

Cette stratégie repose sur plusieurs axes principaux : la gestion durable des ressources naturelles et l’atténuation des effets du changement climatique, le renforcement de la sécurité alimentaire grâce à des réformes structurelles, l’amélioration de la productivité et de la compétitivité, le développement des exportations, la garantie de la qualité des produits agricoles, l’instauration d’un environnement institutionnel inclusif, ainsi que l’amélioration des conditions de vie en milieu rural et la promotion du développement régional.

Filière céréalière : vers l’autosuffisance et la modernisation

Le conseil a examiné en profondeur les indicateurs du secteur céréalier, notamment l’évolution des surfaces cultivées, les capacités de collecte et de stockage, ainsi que les programmes d’amélioration génétique. Les principales contraintes des grandes cultures ont été identifiées, accompagnées de propositions de solutions.

Les orientations stratégiques comprennent : la réduction de l’impact des changements climatiques et le renforcement de la résilience du secteur, l’augmentation des rendements et la durabilité de la production, avec un objectif d’amélioration du taux de couverture des besoins nationaux en blé dur, le développement de systèmes de production via des rotations culturées adaptées à la préservation de la fertilité des sols, l’augmentation des cultures irriguées grâce à une meilleure gestion de l’eau et une intensification de la production, la numérisation du secteur et la modernisation des outils d’aide à la décision, ainsi que la cartographie des centres de collecte, le renforcement des chaînes de valeur (stockage, semences, financement), l’accroissement des capacités de stockage et d’ensilage, l’amélioration du financement des campagnes agricoles, et le recours accru au transport ferroviaire tout en valorisant les résultats de la recherche scientifique malgré les contraintes climatiques.

Un calendrier d’exécution des programmes et projets inscrits dans le plan de développement 2026-2030 a été présenté. La cheffe du gouvernement a souligné que l’État s’engage à mettre en place une réforme structurelle globale de la filière céréalière, reposant sur des mesures concrètes en faveur des agriculteurs, notamment en améliorant leurs revenus, en incitant à la production et en garantissant la disponibilité des intrants (semences et engrais) à des prix subventionnés et en temps opportun. Elle a également mis l’accent sur l’importance d’atteindre l’autosuffisance et de favoriser les semences tunisiennes.

Huile d’olive : montée en gamme et conquête de nouveaux marchés

Concernant la filière oléicole, le ministre a présenté ses principaux indicateurs ainsi que ses orientations stratégiques, axées sur : l’amélioration de la production et de la productivité, notamment par le rajeunissement des oliveraies sur les côtes, dans le centre et le sud, l’organisation professionnelle du secteur, avec la mise en place de lignes de financement dédiées aux petits agriculteurs et aux structures professionnelles, ainsi que le renforcement et la modernisation des capacités de stockage, en partenariat avec l’Office national de l’huile et l’Office des terres domaniales, tout en valorisant les exportations d’huile d’olive et en augmentant la consommation intérieure.

La cheffe du gouvernement a appelé à renforcer la compétitivité du secteur à l’international, à soutenir les petits producteurs à toutes les étapes (récolte, collecte, transformation, stockage) et à faciliter leur accès à des financements bancaires à des conditions préférentielles. Elle a également souligné l’importance de diversifier les mécanismes de financement, de développer les outils d’intervention, de promouvoir les exportations à forte valeur ajoutée et d’explorer de nouveaux marchés prometteurs.

Fourrages, élevage et lait : restructuration et résilience

Le conseil a également étudié les filières des fourrages, de l’élevage et du lait. Pour les fourrages, les orientations stratégiques pour 2026-2030 incluent : l’amélioration de la qualité des aliments pour bétail grâce à des technologies modernes et à la recherche scientifique, l’exploitation de ressources hydriques non conventionnelles pour élargir les superficies fourragères, la réhabilitation et la gestion rationnelle des parcours, l’utilisation de ressources alternatives et l’intégration de matières premières locales dans l’industrie des aliments composés, ainsi que la régulation du marché et la lutte contre les pratiques anticoncurrentielles et les monopoles.

La cheffe du gouvernement a insisté sur la nécessité de diversifier les sources d’aliments résistants à la sécheresse, d’améliorer les techniques de stockage, et d’utiliser les eaux non conventionnelles, tout en appelant à combattre la spéculation et les pratiques monopolistiques, et à renforcer le rôle de l’Office national des fourrages dans la régulation du marché.

En ce qui concerne l’élevage, les priorités à l’horizon 2030 incluent la reconstitution du cheptel national, l’amélioration de la productivité, l’augmentation de l’autonomie alimentaire du bétail à partir de ressources locales, le renforcement de la couverture sanitaire animale et la numérisation des systèmes de suivi.

Pour la filière laitière, la stratégie s’articule autour : du développement d’une production durable adaptée aux changements climatiques, de la sélection de races résistantes à la chaleur et à la sécheresse, de l’amélioration de l’efficacité de l’utilisation de l’eau dans les exploitations, et du soutien aux petits éleveurs ainsi que de la structuration de la collecte.

La cheffe du gouvernement a réaffirmé que la reconstitution du cheptel national est une priorité stratégique pour l’État afin d’assurer la sécurité alimentaire et d’atteindre l’autosuffisance.

Recommandations et feuille de route

À l’issue de ses travaux, le conseil ministériel a formulé plusieurs recommandations opérationnelles : accélérer la mise en œuvre des programmes et projets issus de la stratégie agricole nationale, activer le programme de reconstitution du cheptel ovin et bovin, diversifier la production agricole et développer l’agro-industrie, restructurer rapidement les exploitations relevant de l’Office des terres domaniales et de l’Office de l’élevage, et soutenir les petits agriculteurs et les structures professionnelles avec les financements nécessaires. Il est également recommandé de moderniser et numériser les circuits de distribution, les abattoirs et les marchés afin d’assurer la transparence des prix et de lutter contre la spéculation.

En conclusion, Sarra Zaafrani Zenzri a souligné l’urgence d’accélérer les réformes structurelles, en particulier dans les filières des céréales, de l’huile d’olive, des fourrages, du lait et de l’élevage.

Elle a insisté sur le fait que les systèmes agricoles sont un levier stratégique de souveraineté nationale et un pilier de la sécurité alimentaire, dans un contexte mondial marqué par des perturbations fréquentes et une forte volatilité des marchés.

Elle a appelé à une approche intégrée axée sur le soutien aux producteurs, la modernisation des chaînes de valeur et le renforcement de la gouvernance pour construire un système agricole plus résilient, autonome et compétitif.