Tunisie

A l’Institut du monde arabe, Elyzad célèbre ses 20 ans

Le 29 septembre 2026, l’Institut du monde arabe sera le théâtre d’une célébration mémorable : les éditions elyzad fêteront leurs vingt ans d’existence. Fondée à Tunis en 2005, cette maison d’édition indépendante a su, au cours de deux décennies, bâtir un catalogue riche, alliant exigence littéraire et ouverture sur les imaginaires du Sud, tout en favorisant la circulation des voix au-delà des frontières.

À l’époque de sa création, la Tunisie est encore marquée par un contexte politique restrictif. Elisabeth Daldoul, la fondatrice d’elyzad, évoque une « douce asphyxie » qui pèse sur les esprits. Dans ce climat, publier devient un acte de résistance, permettant de donner une voix à ceux qui peinent à se faire entendre. Les romanciers, qualifiés de « historiens de l’imaginaire », sont invités à explorer des récits qui échappent aux discours dominants, abordant des thématiques intimes et universelles.

Dès ses débuts, elyzad s’engage à transformer les dynamiques de circulation littéraire. L’objectif est de faire voyager les œuvres du Sud vers le Nord, inversant ainsi une tendance longtemps dominée par les flux nord-sud. Cette démarche est à la fois culturelle et symbolique, et se traduit par une rigueur dans la sélection des manuscrits et une attention particulière portée à la qualité des livres.

Au fil des ans, le catalogue s’est élargi pour inclure des voix venant de divers horizons : Tunisie, Liban, Palestine, Maroc, Libye, Togo, Mauritanie, et bien d’autres. La littérature chez elyzad devient un moyen d’explorer l’Autre, tout en favorisant la reconnaissance des points communs qui nous unissent.

Les œuvres d’auteurs comme Beyrouk, Emilienne Malfatto ou Karim Kattan illustrent cette volonté de mettre en lumière des réalités souvent méconnues. À travers leurs récits, des thèmes universels émergent : la condition des femmes, l’identité, l’exil, la relation à la nature, la mémoire et le sentiment d’appartenance.

Cette aventure éditoriale a été ponctuée par des distinctions notables. Le roman Que sur toi se lamente d’Emilienne Malfatto a remporté le Prix Goncourt du premier roman, tandis que L’amas ardent de Yamen Manai a été honoré par le Prix des cinq continents de la Francophonie. D’autres auteurs du catalogue ont également été primés, tant en Tunisie qu’à l’international, et la maison a reçu le Prix Alioune Diop de l’Édition africaine.

Au-delà des récompenses, elyzad s’est toujours attaché à défendre une ligne éditoriale claire : promouvoir des textes qui portent une pensée libre, faire entendre des voix singulières et établir des passerelles entre différentes cultures.

Pour cet anniversaire, l’IMA accueillera trois écrivains emblématiques du catalogue. Jadd Hilal, d’origine libano-palestinienne, enseigne les lettres et la philosophie en région parisienne. Après ses précédents ouvrages, il présentera en 2026 son nouveau livre Ici commence la terre.

Karim Kattan, écrivain palestinien né à Jérusalem, est également docteur en littérature comparée. Il écrit en français et en anglais, et son dernier roman, Septentrionale, sera également publié cette année.

Yamen Manai, quant à lui, est né à Tunis et vit à Paris, où il exerce en tant qu’ingénieur tout en poursuivant une carrière littéraire. Son œuvre inclut La marche de l’incertitude et La sérénade d’Ibrahim Santos. La rencontre sera animée par Zineb Soulaimani, journaliste et productrice du podcast Le Beau Bizarre.

Ces trois auteurs illustrent une littérature en mouvement, qui traverse les frontières géographiques et refuse les étiquettes. Ils abordent des questions contemporaines à travers le prisme de l’intime.

Vingt ans après sa création, elyzad réaffirme son engagement : « découvrir l’Autre dans sa singularité, dans son universalité, combattre les préjugés, faire entendre les battements du cœur du Monde ». La célébration du 29 septembre à l’Institut du monde arabe sera ainsi un hommage à la littérature comme vecteur de liberté, de dialogue et de circulation entre les rives de la Méditerranée.