Tunisie

12 mai : défis stratégiques à la fête de l’évacuation agricole

La Tunisie célèbre, ce 12 mai, le 62e anniversaire de l’évacuation agricole, déclarée en 1964, avec la reprise de ses terres agricoles des colons français. Malgré des précipitations hivernales importantes permettant de remplir les barrages à près de 70 % de leur capacité, de nombreux défis structurels demeurent non résolus dans le secteur agricole, notamment l’absence de données statistiques exhaustives et la fragmentation des exploitations.

La Tunisie commémore, ce 12 mai, le 62e anniversaire de l’évacuation agricole, un moment clé dans la récupération de ses terres et la consolidation de sa souveraineté nationale. Toutefois, au-delà de la signification historique de cette date, les enjeux contemporains se concentrent désormais sur la sécurité alimentaire, l’autonomie en matière de semences et l’adaptation d’un secteur agricole confronté aux impacts du changement climatique et aux évolutions des marchés internationaux.

La Presse — La Tunisie célèbre ce mardi 12 mai le 62e anniversaire de l’évacuation agricole, proclamée en 1964, suite à la reprise de ses terres agricoles des colonisateurs français.

Cette indépendance foncière reste néanmoins soumise au double défi de l’autosuffisance alimentaire, atteinte dans certains secteurs, qui est elle-même liée à la question des semences, dominée à l’échelle mondiale par des groupes influents et historiquement incontournables.

Le défi stratégique des semences et de la recherche scientifique

À cela s’ajoute le défi climatique, de plus en plus instable, et, récemment, les perturbations ainsi que les incertitudes sur les marchés internationaux, causées par les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, ce qui a des conséquences sur les prix, la sécurité de l’approvisionnement et la disponibilité des engrais.

Ces éléments, de nature structurelle, engendrent, malgré des précipitations hivernales significatives qui ont permis de remplir cette année les barrages à près de 70 % de leur capacité et d’annoncer une récolte céréalière relativement bonne, une attention accrue aux défis de la sécurité alimentaire et à l’indépendance totale de la production, y compris en ce qui concerne les semences stratégiques.

Dans ce contexte précis, une avancée majeure a été récemment annoncée, consistant à « séquencer et à publier les génomes complets de deux variétés locales emblématiques de blé dur tunisien : Mahmoudi et Chili », une performance qui ouvre « des perspectives concrètes intéressantes pour la sélection de nouvelles variétés de blé dur plus résistantes au changement climatique, au stress hydrique, aux maladies, tout en améliorant la qualité technologique de la semoule », selon l’expert Ridha Bergaoui, s’exprimant sur le site de l’Onagri.

« Dans un pays où le blé dur est lié à la fois à l’alimentation, à l’économie rurale et à la stabilité sociale, cette avancée pourrait représenter une étape significative vers une plus grande sécurité alimentaire et une meilleure autonomie semencière », souligne l’expert.

Un secteur encore sous-financé

Dans le domaine des grandes cultures, la Tunisie s’approche, d’année en année, de l’autosuffisance, en particulier pour le blé dur. Cependant, pour de nombreuses variétés, notamment légumineuses, la production locale dépend considérablement des semences importées qui, bien qu’elles soient adaptées aux conditions climatiques et présentant une productivité supérieure, ne peuvent pas être reproduites localement, d’où l’importance d’investir davantage dans la recherche scientifique pour développer des solutions adaptées au climat et aux conditions de production locales. Ainsi, plusieurs incitations ont contribué à accroître les investissements agricoles d’année en année : 15,9 % en 2025 par rapport à 2024 et 37,6 % au premier trimestre 2026, par rapport à la même période de l’année précédente.

Malgré cette performance, le secteur agricole demeure en troisième position, selon les données de la « Tunisian investment authority », avec 18 % des investissements en Tunisie, derrière les secteurs industriel et des services.

Ce secteur emploie pourtant plus de 15 % de la main-d’œuvre active, contribue à hauteur de 13 % au PIB et représente 10 % des exportations.

De nombreux défis structurels persistent néanmoins, notamment l’absence de données statistiques complètes, en particulier dans le domaine de la production animale, la fragmentation des exploitations et la continuité de méthodes de production traditionnelles dans de nombreuses filières agricoles.