Suisse

Redevance et formation audiovisuelle : enjeux à ne pas négliger.

La SSR, pilier incontournable du cinéma suisse, joue un rôle essentiel dans la formation et le soutien des jeunes talents, notamment ceux issus de la HEAD. En tant que coproducteur et diffuseur, elle permet aux films indépendants de trouver leur public, contribuant ainsi à la visibilité des œuvres de jeunes réalisateurs. Les récentes distinctions au Prix du Cinéma Suisse illustrent cette dynamique : Elene Naveriani, diplômée du Bachelor Cinéma de la HEAD-Genève, a été couronnée en 2024, tandis que Klaudia Reynicke, issue du Master Cinéma ECAL-HEAD, a remporté le prix en 2025. De plus, Marie-Elsa Sgualdo, également diplômée de la HEAD, est en lice avec son film « A bras-le-corps », qui a reçu sept nominations pour l’édition 2026.

Au-delà des réalisateurs, l’écosystème audiovisuel est vaste et riche. La SSR collabore activement avec les diplômés de la HEAD, non seulement en produisant des films de fin d’études, mais aussi en intégrant des chefs opérateurs, ingénieurs du son et monteurs dans ses projets. Ces professionnels jouent un rôle clé dans les productions de la SSR, qui est également un employeur direct pour de nombreux jeunes talents, qu’ils travaillent sur des productions internes ou des événements de grande envergure comme l’Eurovision. Une diminution du soutien de la SSR pourrait avoir des répercussions significatives sur l’ensemble du secteur, y compris sur l’expertise technique qui le soutient.

La question se pose alors : d’autres acteurs, comme l’État ou les plateformes de streaming, pourraient-ils compenser une éventuelle baisse de la redevance ? La réponse est claire : ni l’Office fédéral de la culture ni le marché privé ne peuvent remplacer le soutien que la SSR apporte à la création audiovisuelle. Avec un investissement annuel de 34 à 50 millions de Francs dans la coproduction de divers formats, la SSR dépasse largement les capacités des plateformes de streaming, qui, malgré leurs obligations légales, n’ont pas de mandat culturel similaire. La SSR permet de raconter des histoires suisses avec une profondeur et une complexité que le marché seul ne peut garantir.

L’impact d’un affaiblissement de ce système serait particulièrement préjudiciable pour la Suisse romande et ses diplômés. La SSR assure une régulation essentielle pour maintenir l’équilibre entre les différentes régions linguistiques du pays, garantissant ainsi un accès équitable à des créations de qualité. Si le marché devenait le seul moteur, la diversité culturelle de la Suisse romande et du Tessin serait mise en péril, risquant d’être noyée dans un ensemble plus vaste.

Enfin, la question de la baisse de la redevance soulève des enjeux bien plus profonds que le simple aspect financier. Elle touche à notre identité nationale et à notre capacité à raconter nos propres histoires. Produire en Suisse est coûteux, et sans le soutien de la SSR, le cinéma helvétique perdrait un partenaire crucial. Une réduction de la redevance signifierait moins de productions, moins d’emplois et un affaiblissement du marché du travail pour les nouvelles générations. En diminuant le soutien au cinéma suisse, nous ne faisons pas qu’économiser des fonds : nous privons les futurs créateurs des ressources nécessaires pour façonner les récits de la Suisse de demain. Dans un monde dominé par les images, il est essentiel de former des spécialistes et des artistes capables de contribuer aux récits contemporains et futurs.