Suisse

L’Eurovision ne montre plus son côté ringard.

Dans les années 1990 et 2000, l’Eurovision était devenu extrêmement ringard, et le public de ce genre d’événement avait vieilli. Dans les dix dernières années, je ne vois que le groupe Maneskin qui ait réussi à lancer une carrière grâce à l’Eurovision.

Comment peut-on expliquer l’engouement du public pour l’Eurovision ?
Dans les années 1990 et 2000, l’Eurovision était perçue comme très démodée. Le public de ce type d’événement avait vieilli. Cependant, vers 2010, les jeunes ont commencé à s’y intéresser. L’engagement de la communauté LGBTQ+ a notamment contribué à ce regain d’intérêt, entraînant avec lui un public plus jeune. Parallèlement, l’Eurovision a évolué sur le plan musical, proposant des compositions plus contemporaines que celles des décennies précédentes.

L’Eurovision peut-elle inspirer les futur⋅es professionnel⋅les de l’HEMU ?
L’Eurovision est avant tout un divertissement. Il s’agit d’un show télévisé qui se rapproche des télécrochets musicaux, tels que The Voice ou Star Academy. La musique ne constitue pas toujours le point central. L’exécution musicale est souvent peu captivante, car cela relève principalement du playback, à l’exception du chant. Pour nous, l’intérêt ne repose donc pas forcément sur cet aspect. En revanche, la scénographie et le spectacle en soi présentent des éléments intéressants. Concernant la présence scénique, il y a des leçons à retenir pour nos étudiantes et étudiants. En ce qui concerne la composition, la qualité est variable. De nombreux morceaux sont très conventionnels. Toutefois, certains se démarquent, comme celui qui a permis à Nemo de remporter l’Eurovision l’an passé. J’ai trouvé très fascinante la façon dont ce morceau allie différentes influences, notamment l’opéra. On y trouve également un aspect moderne, avec des sections très rythmées. En ce qui concerne la rythmique, plusieurs influences se mêlent, comme le jungle. Malgré cette diversité, l’ensemble du morceau demeure très cohérent. Pour nos étudiantes et étudiants, c’est un exemple particulièrement intéressant à analyser.

Si vous deviez enseigner « l’art de composer une chanson pour l’Eurovision », quelles en seraient les grandes lignes ?
Il est clair qu’il faut partir de la pop music. Le thème doit être rassembleur et éviter d’être trop personnel. Ensuite, en suivant l’exemple de Nemo, il est important d’intégrer des codes extérieurs à la pop, tout en veillant à rester homogène. J’ajouterais que l’ensemble doit dégager une certaine énergie et un optimisme.

Que représentait l’Eurovision lorsque vous étiez actif dans la scène musicale en tant que compositeur et producteur ?
Dans les années 1990, j’étais dans la vingtaine et j’ai ensuite évolué dans le milieu du rap, qui n’a jamais été véritablement associé à l’Eurovision. La manifestation ne m’intéressait pas du tout. Aujourd’hui, il me semble que le concours évolue vers une approche moins consensuelle, tant au niveau des paroles que de la musique. La diversité est bien présente. Cela correspond tout à fait aux tendances actuelles. Si cela s’était produit il y a vingt ans, cela aurait été plus surprenant.

L’Eurovision permet-elle encore de lancer une carrière ?
Remporter l’Eurovision a initialement porté de nombreuses carrières à l’international, sinon nationalement. Je pense à des artistes comme Abba, Céline Dion ou France Gall. De nos jours, il est plutôt rare qu’une carrière émerge grâce à l’Eurovision. Au cours de la dernière décennie, je ne vois que le groupe Maneskin qui ait réussi cet exploit. Toutefois, il est indéniable que le vainqueur bénéficie d’une visibilité sans égale. L’Eurovision attire 160 millions de téléspectateurs. Il est donc essentiel d’avoir une équipe solide pour capitaliser rapidement sur cette visibilité avec d’autres morceaux. Il faut également être prêt à gérer cette notoriété. Cependant, une autre difficulté réside dans le fait que l’Eurovision étant d’abord un show télévisé, afin de plaire au plus grand nombre, l’identité artistique n’est souvent pas clairement définie. C’est peut-être pour cela que le public peut apprécier le morceau gagnant sans pour autant suivre l’artiste par la suite.